Le commissaire principal de police Zineddine Arroun, du Service central de lutte contre le trafic illicite des stupéfiants (SCLTIS) relevant de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), a affirmé que la drogue n’est plus un simple problème social en Algérie, mais qu’elle est devenue une question touchant à la sécurité nationale, ce qui nécessite la mobilisation de toutes les institutions de l’État ainsi que de l’ensemble des composantes de la société pour faire face à ce phénomène grandissant.

S’exprimant ce mercredi dans l’émission « L’Invité de la matinale » de la Chaîne I de la Radio algérienne, à l’occasion du lancement d’une campagne de sensibilisation contre le fléau de la drogue en partenariat avec la Radio algérienne, M. Arroun a indiqué que « le Maroc figure parmi les plus grands producteurs et exportateurs de cannabis sous toutes ses formes », précisant que « plusieurs rapports émanant d’organismes internationaux et régionaux spécialisés dans le contrôle des stupéfiants confirment cette réalité. »

Il a ajouté que le régime du Makhzen continue d’accorder des autorisations pour la culture du cannabis sur son territoire, tout en cherchant à promouvoir sa légalisation sur les scènes régionale et internationale sous prétexte de ses usages médicaux, cosmétiques et alimentaires.

Une situation préoccupante mais sous contrôle en Algérie

Évoquant la situation en Algérie, le responsable sécuritaire a expliqué que « le pays n’est plus seulement une zone de transit des drogues vers l’Europe, mais également une zone de consommation ». Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs, notamment « le ciblage des jeunes par les réseaux criminels et les trafiquants de drogue », alors que « cette catégorie représente la plus importante frange de la population algérienne. »

89 000 affaires et 96 000 personnes impliquées en cinq mois

M. Arroun a révélé que les services de la Sûreté nationale ont traité, durant les cinq premiers mois de l’année en cours, plus de 89 000 affaires liées aux stupéfiants et aux substances psychotropes, couvrant des faits de contrebande, de stockage, de transport, de vente, de détention et de consommation. Plus de 96 000 personnes ont été impliquées dans ces affaires, principalement des jeunes, avec une légère hausse du nombre de mineurs et de femmes concernés.

Concernant les saisies, il a indiqué que les services de sécurité ont confisqué, au cours de la même période, plus de 3 tonnes et 597 kilogrammes de cannabis traité (kif), près de deux quintaux de cocaïne ainsi que plus de 9,5 millions de comprimés psychotropes.

Selon lui, ces chiffres illustrent « la gravité du phénomène et ses répercussions sur la sécurité nationale et l’économie du pays ». Il a souligné que « les revenus du trafic de drogue servent notamment au blanchiment d’argent et entraînent également une mobilisation importante de ressources pour la prise en charge et le traitement des personnes dépendantes. »

Une consommation inférieure à celle de nombreux pays européens et africains

S’agissant du taux de consommation de drogue en Algérie, M. Arroun a précisé qu’il demeure « inférieur à celui enregistré dans plusieurs pays africains et européens ». Toutefois, les indicateurs actuels restent « préoccupants en raison de la progression du phénomène », ce qui impose « un renforcement des actions de prévention et de lutte », notamment auprès des jeunes et des adolescents.

Il a indiqué que le cannabis traité provenant du Maroc reste la drogue la plus répandue en Algérie. Selon lui, « la teneur en substance active a dépassé 40 % dans certaines cargaisons saisies, contre moins de 10 % dans celles destinées à d’autres pays », ce qui, selon ses propos, témoigne d’une « intention malveillante. »

Les substances psychotropes occupent la deuxième place en matière de diffusion, en particulier le médicament « Prégabaline », connu dans les milieux criminels sous le surnom de « Saroukh » (fusée), dont la consommation mélangée à d’autres produits addictifs présente de graves risques pour la santé.

Il a également évoqué la progression notable de la cocaïne au cours des dernières années, conséquence de l’augmentation de la production mondiale et de la transformation de certains pays d’Afrique de l’Ouest en plateformes de transit et de stockage pour cette substance en provenance d’Amérique latine.

Les drogues de synthèse, une menace croissante

Enfin, M. Arroun a mis en garde contre les drogues synthétiques, qu’il a qualifiées « de danger croissant en raison de la difficulté à contrôler leurs composants et leurs procédés de fabrication. »

Il a rappelé que le rapport 2023 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a recensé près de 1 250 types de substances synthétiques. Il a insisté sur « la nécessité d’intensifier les efforts afin d’empêcher l’introduction de ces poisons en Algérie et d’éviter que la situation ne devienne, à l’avenir, difficile à maîtriser. »

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