Par Hanane Ben
Dans une déclaration incendiaire devant des élus français, dénonçant le communiqué officiel de l’Élysée concernant les massacres du 8 mai 1945, le politologue, Olivier Le Cour Grandmaison, n’a pas mâché ses mots pour critiquer ce qu’il considère comme une reconnaissance insuffisante des crimes coloniaux commis en Algérie. Il a notamment reproché aux autorités françaises de minimiser la responsabilité de l’État et de maintenir, selon lui, une mémoire sélective des événements de Sétif, Guelma et Kherrata.
«Il s’agit un minima d’un massacre d’Etat perpétré par les forces armées françaises avec l’aval des pouvoirs politiques dans l’objectif de rétablir au plus vite, l’ordre colonial établi par la France», a-t-il insisté, précisant «le rôle des milices coloniales européennes qui ont été, sollicitées et armées par le pouvoir colonial».
Il a accusé les autorités françaises de 1945 d’avoir organisé un massacre extrêmement violent contre les Algériens, avec arrestations, exécutions et torture. «Ces ministres qui se sont livré à des arrestations, des exécutions sommaires, des tortures», avant de poursuivre : «qui ont brûlés les corps d’Algériens dans les fours à chauds pour tenter d’effacer les traces du crime d’Etat, au moment même où il a été commis en faisant disparaître les corps», a-t-il dénoncé a-t-il dénoncé en des termes particulièrement virulents : «pas de corps, pas de crime, pas de responsable, pas de coupable».
Pour Olivier Le Cour Grandmaison, les massacres du 8 mai 1945 relèvent «au minimum d’un crime d’État, au pire d’un crime contre l’humanité».
Selon lui, les Algériens ont été arrêtés, torturés et exécutés pour des raisons à la fois politiques, ethno raciales et religieuses.
«En effet, celles et ceux qui ont été arrêtés, torturés et exécutés sommairement, l’ont été pour au moins trois motifs : pour des motifs politiques, parce qu’ils exigeaient le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Pour des motifs ethno raciaux, parce qu’ils étaient des arabes, et je ne reproduirais pas ici, la façon dont la langue coloniale désignait les indigènes de façon odieuse. Et Parce qu’ils étaient, enfin, des musulmans», a-t-il rappelé, soulignant que les massacres de Guelma, Sétif et Kherrata relèvent d’un plan concerté et répondent à la définition d’un crime organisée telle que prévue par l’article 212 du Code pénal, et que ces faits permettent de les qualifier de crime contre l’humanité.
Cet universitaire a fustigé le communiqué de l’Élysée, estimant qu’il minimise les faits de Sétif et Guelma en les qualifiant simplement d’«événements tragiques», ce qui serait très en deçà de la réalité selon lui.
Il a reproché au président français de reprendre le terme officiel «événements», utilisé entre 1954 et 1995, le jugeant euphémisé pour désigner ce qu’il considère comme une guerre coloniale extrêmement meurtrière ayant fait des centaines de milliers de victimes. Pour lui, «Il est inadmissible que le 8 mai 2026, les plus hautes autorités de l’Etat continuent d’euphémiser en ces termes ces massacres».
L’historien a appelé les citoyens, élus et associations à interpeller les candidats aux prochaines élections pour qu’ils s’engagent à reconnaître clairement et pleinement les événements de Sétif, Guelma et Kherrata, et à inscrire cet engagement dans leurs programmes.