Par Hanane Ben
Depuis des années, les médias français n’ont de cesse de dénigrer l’Algérie et les Algériens, les accusant de tous les maux de la France. Encouragés par une extrême droite revancharde et des nostalgiques de l’Algérie française qui ciblent continuellement le pays, ils peinent à tourner la page. Entre amusement et étonnement, les Algériens ont bien compris que l’indépendance de leur nation est restée en travers de la gorge de ces derniers.
Cela dit, depuis plusieurs mois, la lutte contre le trafic de drogue sert de nouveau prétexte. La France officielle et ses médias stipendiés, braquent désormais les projecteurs sur l’organisation criminelle baptisée «DZ Mafia», associant une nouvelle fois criminalité et identité algérienne.
L’utilisation du terme « DZ », un symbole dont la diaspora est fière, se retrouve ainsi instrumentalisée de manière éhontée. L’objectif est clair : criminaliser toute une communauté à travers les actes d’un gang de narcotrafiquants qui sévit principalement à Marseille.
Lors de sa visite éclair à Alger, le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, n’a pas manqué d’audace en évoquant la « DZ mafia » comme l’un des dossiers prioritaires à traiter avec son homologue algérien. En agissant ainsi, la France tente d’exporter un problème de sécurité purement intérieure au niveau d’une négociation diplomatique d’État à État.
Le trafic de drogue à Marseille est un problème de police et de justice français. En le liant à l’Algérie à cause du nom « DZ Mafia », la diplomatie française déplace le problème de manière illégitime. On est en droit de se demander si le ministre français de l’Intérieur, n’a pas sollicité l’aide des autorités algériennes pour gérer les conséquences de la criminalité dans les quartiers français, devenus, de véritable no man’s land.
Plutôt que d’accuser l’Algérie à tort et de ternir son image auprès de l’opinion publique, les responsables politiques et les médias français feraient mieux de se poser les vraies questions. À commencer par celle-ci : d’où vient réellement la drogue qui inonde la France ? Qui gère et profite réellement de ces circuits d’approvisionnement et de distribution sur le sol français ?
Car si ce gang marseillais s’est approprié l’étiquette « DZ », la réalité du marché est tout autre : le gros du trafic repose sur la résine de cannabis marocaine. C’est un secret de Polichinelle que les autorités françaises feignent d’oublier : les véritables racines économiques et transnationales du phénomène se trouvent sur le territoire marocain, à la frontière ouest de l’Algérie, tandis que les autres drogues (cocaïne ou drogues de synthèse) transitent par d’autres routes européennes bien loin d’Alger.
Cette réalité géographique n’a d’ailleurs rien d’une spéculation : elle est noir sur blanc dans les rapports successifs de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Année après année, le rapport mondial sur les drogues de l’ONU classe officiellement le Maroc comme le premier producteur et exportateur mondial de résine de cannabis (le hashish), destiné en priorité au marché européen. Les données unisiennes soulignent que ce trafic de masse prend sa source dans les cultures intensives de la région du Rif, avant de transiter par l’Espagne et d’inonder l’Hexagone. Face à ces rapports officiels et incontestables de l’ONU, l’obstination des autorités et des médias français à vouloir coller une étiquette algérienne sur ce réseau marseillais relève soit d’une incompétence criminelle, soit d’une mauvaise foi politique évidente.
La France, à commencer par son ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, sait pertinemment que l’Algérie subit une véritable guerre narcotique menée par son voisin de l’ouest, qui tente par tous les moyens de la déstabiliser. Aux côtés de l’Espagne, ces deux pays frontaliers du Maroc font face à un déferlement ininterrompu de stupéfiants. Les bilans officiels et les rapports des services de sécurité de ces deux nations en témoignent de manière accablante tout au long de l’année. (Lire :Guerre narcotique du Makhzen: l’ANP, rempart vital contre la déstabilisation sociale, économique et sécuritaire)
Cependant, une première réalité s’impose : la France n’a aucun intérêt à désigner le Maroc comme la racine du problème, car ce dernier reste, dans les faits, sous protectorat français. A cela s’ajoute une deuxième réalité, qui a fait scandale en hexagone, repose sur les révélations des médias français, eux-mêmes, concernant une enquête menée en 2015 : des tonnes de cannabis en provenance du Maroc y ont été supervisées et facilitées par l’office anti-drogue français lui-même.
Derrière l’appellation trompeuse « DZ mafia » se cache, en réalité, une entité criminelle purement française et dont l’activité consiste à écouler une production marocaine. Dès lors, ce groupe ne saurait engager la responsabilité de l’Algérie, qui ne peut d’aucune manière être associée à ses activités illicites.
Ce que beaucoup perçoivent comme une rancœur tenace est, en réalité, le reflet d’une France qui n’a pas encore totalement digéré son histoire coloniale. En face, la société algérienne et sa diaspora avancent, souvent en choisissant l’ironie plutôt que la colère face à ces attaques médiatiques.