Par Hanane Ben
Dans un contexte géopolitique mondial de plus en plus instable, l’ANP demeure un rempart inébranlable. Consciente des conflits armés qui embrasent de nombreuses régions – du Moyen-Orient au Sahel voisin, théâtre d’affrontements incessants entre groupes armés et forces régionales –, ainsi que des répercussions de la crise économique mondiale qui fragilise les États, l’institution militaire algérienne est préparée à toutes les éventualités.
Loin d’avoir attendu ces bouleversements récents pour se mobiliser, l’ANP cultive depuis toujours une posture de vigilance absolue. Sa doctrine de défense intègre une anticipation permanente des menaces, qu’elles soient conventionnelles ou asymétriques.
Engagée sans relâche dans la lutte contre le terrorisme résiduel et les réseaux de trafics transfrontaliers – drogue, armes et migration illégale –, l’ANP maintient un niveau d’alerte permanent. Les opérations de sécurisation des immenses frontières terrestres et maritimes du pays témoignent de cette abnégation quotidienne. Cette mobilisation constante, sans répit ni relâche, garantit non seulement la protection du territoire national, mais aussi la stabilité régionale face aux vents contraires du moment.
Les saisies records de drogue et de psychotropes opérées par les services de sécurité de l’ANP interrogent sur la nature d’une offensive délibérée. En provenance du Maroc, ces flux massifs – cannabis, cocaïne, psychotropes et autres substances synthétiques – visent directement la jeunesse algérienne, constituant une menace existentielle pour l’avenir de la nation.
L’Algérie mesure pleinement l’ampleur de cette offensive insidieuse menée par le Makhzen, car ces trafics transfrontaliers ne relèvent pas du hasard : ils s’inscrivent dans une stratégie de déstabilisation plus large cherchant à miner la cohésion sociale, à alimenter la délinquance et à fragiliser le tissu économique.
ANP : coup de filet massif contre les narcotrafiquants et le trafic de drogue
L’ANP, en première ligne, multiplie les interceptions spectaculaires aux frontières sud et ouest, détruisant des tonnes de marchandises.
Durant l’année 2025, le bilan opérationnel de l’ANP dans la lutte contre la drogue a fait état de 2 354 narcotrafiquants arrêtés et la mise en échec de l’introduction de 35 tonnes de kif traité acheminé via les frontières avec le Maroc. Parallèlement, les détachements de l’ANP ont saisi 934 kilogrammes de cocaïne et un volume colossal de 40 millions de comprimés psychotropes.
En janvier 2026, l’ANP a arrêté 146 narcotrafiquants et saisi 21 quintaux et 51 kilogrammes de kif traité, ainsi que 42,6 kilogrammes de cocaïne et 1 079 586 comprimés psychotropes.
En février 2026, l’Armée nationale populaire a arrêté 194 narcotrafiquants et neutralisé 2 Marocains à Beni Ounif, stoppant 29 quintaux et 32 kilogrammes de kif traité venant des frontières marocaines. Elle a saisi 85,3 kilogrammes de cocaïne et 10 804 982 comprimés psychotropes, plus 2 réseaux démantelés à Alger.
Pour le mois de mars, l’Armée nationale populaire a arrêté 182 narcotrafiquants et neutralisé 8 narcotrafiquants armés lors d’embuscades à Tamanrasset et In Guezzam (6e RM), stoppant 32 quintaux et 66 kilogrammes de kif traité venant des frontières marocaines. Elle a saisi 112 kilogrammes de cocaïne et 8 521 982 comprimés psychotropes.
En avril, les forces de l’ANP ont arrêté 158 narcotrafiquants, stoppant 25 quintaux et 5 kilogrammes de kif traité venant des frontières marocaines. Elle a saisi 55,75 kilogrammes de cocaïne et 3 359 582 comprimés psychotropes.
ONU : Maroc, usine à haschich du monde
L’ONU confirme le leadership du Maroc comme étant le premier producteur mondial de haschich (résine de cannabis). Selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le Maroc cultive environ 47 000 hectares de cannabis, produisant près d’un tiers de la résine mondiale, et 2 500-3 000 tonnes/an exportées vers l’Europe et l’Afrique du Nord.
Les derniers rapports de l’ONUDC et d’Europol attestent du leadership du Maroc du haschich au monde.
Depuis 2020, les rapports ONUDC (World Drug Report, Sahel, données nationales) confirment le Maroc comme leader mondial de la résine de cannabis (haschich). Le Rif reste l’épicentre avec des surfaces cultivées à 47 500 ha et une production persistante (>700 t/an, à environs 900 t en 2022) et une dominance européenne (70-90% des saisies). Le marché vaut, à près 23 milliards USD ; le transit via le Sahel vers l’Europe occidentale croît malgré les répressions, soulignant le rôle stratégique persistant du Maroc.
Le rapport du World Drug Report 2025 a recensé 244 millions d’utilisateurs de cannabis dans le monde. Le Maroc étant le principal pourvoyeur de la résine saisie en Europe.
Selon Les rapports SOCTA d’Europol (Serious and Organised Crime Threat Assessment), publiés tous les 4 ans, le Maroc est identifié comme source principale (70-90%) de la résine de haschich saisie en Europe depuis 2020. L’Espagne sert de porte d’entrée clé (82% des 850 tonnes saisies en 2021). Le marché illicite pèse 11,4 milliards € par an ; les routes maritimes atlantiques, tunnels de Ceuta et transits Sahel se complexifient, malgré une herbe locale croissante en Europe.
Le rapport indique que la résine marocaine dominait les saisies dans l’Union européenne. Les réseaux communautaires utilisaient des tunnels de Ceuta et des vols planifiés pour approvisionner toute l’Europe.
Le rapport SOCTA 2025 révèle que le Maroc était devenu un hub logistique international, avec 551 tonnes de résine saisies récemment. Les routes diversifiées (Sahel, Afrique de l’Ouest) étaient liées au terrorisme, et la puissance de la résine avait doublé depuis 2011.
L’enquête d’Europol de cette année a fait savoir que l’opération «Guns-for-cannabis» avait permis de saisir 587 kg de marijuana et 76 kg de haschich sur l’axe Maroc-Balkans. Les routes maritimes marocaines, à raison de 1,5 tonne par mois, restaient une priorité du programme EMPACT 2026-2029, la plateforme UE contre la criminalité organisée transnationale.
Espagne : hub stratégique du haschich marocain vers l’Europe
Le Maroc représente une source d’inquiétudes sécuritaires sérieuses à la frontière sud de l’Espagne, étant le premier producteur mondial de haschisch et principal fournisseur pour le marché européen. La presse espagnole critique régulièrement l’ampleur du trafic (saisies records à Algésiras, Galice).
Dans une enquête récente, publiée dans les colonnes du journal, El Espanol, 61,4% des Espagnols, interrogés sur les relations diplomatiques de leur pays, voudraient un éloignement politique du régime marocain, tandis que plus de la moitié de la population soit 57,6% estiment que le Maroc constitue une menace sur la sécurité de leur pays.
Plusieurs réseaux criminels actifs dans le trafic d’êtres humains et de drogue entre le Maroc et l’Andalousie sont régulièrement démantelés par la Garde civile espagnole, des embarcations rapides utilisées pour le trafic de drogue sont confisquées et d’énormes quantités de haschich sont saisies quasi-quotidiennement.
L’implication flagrante du Makhzen est ouvertement assumée. Une enquête récente menée en avril 2026 par la Garde civile espagnole, et relayée par le quotidien El Confidencial, accuse formellement des patrouilleurs de la marine royale marocaine d’avoir collaboré directement avec des narcotrafiquants. Selon cette enquête, un patrouilleur de la marine royale marocaine aurait servi de navire-mère pour des vedettes rapides transportant des ballots de haschich à travers le détroit de Gibraltar vers l’Espagne. Les preuves incluent des images saisies sur le téléphone d’un trafiquant marocain arrêté, confirmant cette coordination.
Le 31 mars 2026, la police espagnole a découvert un vaste tunnel souterrain sophistiqué à Ceuta, équipé de plusieurs niveaux, rails, wagons, poulies et grues pour transporter des ballots de haschich entre le Maroc et l’Espagne. Cette opération, menée après plus d’un an d’enquête par la Garde civile, a permis l’arrestation de 27 personnes et de saisir 17 tonnes de résine de cannabis ainsi que 1,4 million d’euros en liquide, selon le ministère espagnol de l’Intérieur. Ce «labyrinthe ressemblant à une mine» approvisionnait toute l’Espagne et une partie de l’Europe en stupéfiants.
En 2025, les autorités espagnoles ont saisi 70,5 tonnes de haschisch et résine de cannabis, principalement en provenance du Maroc, ce qui représente 54% des 130 tonnes totales de stupéfiants interceptées cette année-là. D’autres opérations notables incluent 5,7 tonnes en Galice/Catalogne en janvier et 9 tonnes en Andalousie en février.
L’Espagne se classe ainsi troisième pays européen pour les saisies de cocaïne avec 118 tonnes, derrière la Belgique et les Pays-Bas.
Ces chiffres, issus des rapports de la Guardia Civil et de la police espagnole, confirment que la lutte antidrogue acharnée menée par l’Espagne est liée aux flux de haschich en provenance du Maroc.
Les quantité importante saisies par les forces de l’Armée nationale algériennes, dénote de l’ampleur des menaces qui ciblent notre pays et sa jeunesse.
Face à cette guerre narcotique insidieuse, la vigilance des forces armées protège avant tout la génération montante. Chaque saisie évite des milliers de destins brisés et renforce la résilience nationale. Cette lutte sans merci rappelle que la souveraineté se défend aussi sur ce front invisible, où la jeunesse algérienne demeure la première cible et la plus précieuse des priorités.
Hanane Ben.