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May 29, 2026

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Le porte-parole de la CFR: «Le Mali n’a vocation à être ni une revanche contre la France, ni un relais de Moscou»

Le Malien, Etienne Fakaba Sissoko, porte-parole de la Coalition des Forces pour la République (CFR), aborde différents sujets concernant le Mali en particulier et le Sahel, en général. Des fragilités du Sahel et des zones côtières, au ralliement d’un ancien cadre du MNLA à la CFR, passant par le dialogue avec les groupes armés, et le risque de dépendances envers de nouvelles puissances étrangères et celui d’une guerre par procuration, Etienne Fakaba Sissoko décortique pour Algerie 54 les événements qui secouent la zone sahélienne. Interview 

Le Malien, Etienne Fakaba Sissoko, porte-parole de la Coalition des Forces pour la République (CFR), aborde différents sujets concernant le Mali en particulier et le Sahel, en général. Des fragilités du Sahel et des zones côtières, au ralliement d’un ancien cadre du MNLA à la CFR, passant par le dialogue avec les groupes armés, et le risque de dépendances envers de nouvelles puissances étrangères et celui d’une guerre par procuration, Etienne Fakaba Sissoko décortique pour Algerie 54 les événements qui secouent la zone sahélienne. Interview 

Algerie 54 : Le Centre africain d’étude et de recherche sur le terrorisme de l’UA aurait produit une note confidentielle décrivant les attaques coordonnées du 25 avril au Mali comme un modèle reproductible pour le Burkina Faso, le Niger et les États côtiers. Qu’entend le CAERT par « modèle reproductible » ?

Etienne Fakaba Sissoko : Il ne m’appartient pas de confirmer l’existence ou le contenu d’une note confidentielle attribuée au CAERT. Une telle note relève d’abord de l’Union africaine et des États concernés. La prudence institutionnelle impose de ne pas transformer un document de renseignement en commentaire médiatique.

Sur le plan de l’analyse, l’expression « modèle reproductible » renvoie moins à une technique militaire qu’à un type de vulnérabilité. Les attaques du 25 avril ont montré une capacité à produire simultanément un effet militaire, un effet psychologique et un effet politique : frapper plusieurs points, ébranler la confiance, tester la cohésion de l’appareil d’État et projeter l’image d’un pouvoir central exposé.

Ce qui peut être reproduit ailleurs, ce n’est donc pas un détail opérationnel. C’est un schéma de crise : territoires insuffisamment administrés, armées sursollicitées, renseignement local affaibli, institutions peu ouvertes, fractures communautaires, économie de guerre et circulation d’armes. Lorsqu’un État laisse ces failles s’élargir, les groupes armés n’ont pas seulement un terrain de combat ; ils trouvent un terrain politique.

La réponse ne peut pas se limiter à renforcer des barrages ou à multiplier les annonces sécuritaires. Elle doit reconstruire la présence de l’État, la confiance des citoyens, la justice locale, l’administration territoriale et la coordination régionale. Un État qui rétablit sa légitimité réduit mécaniquement la capacité de reproduction de ce type de menace.

Algérie54: Quand le CAERT parle de « modèle reproductible », les experts décrivent une méthode qui ne repose plus seulement sur le terrorisme des campagnes, mais sur l’infiltration, les complicités internes et la déstabilisation politique au cœur des capitales. Selon vous, qu’est-ce qui rend les États du Sahel jusqu’aux États côtiers si exposés à ce genre de menace ?

Etienne Fakaba Sissoko :La vulnérabilité du Sahel et des zones côtières voisines n’est pas une fatalité géographique. Elle résulte d’abord de la fragilité des États et de la distance qui s’est installée entre l’autorité publique et une partie des populations.

Dans beaucoup de territoires, l’État est perçu à travers l’uniforme, le contrôle ou l’impôt, mais trop rarement à travers l’école, la justice, la santé, la sécurité des routes ou la protection des familles. Là où la République n’assure plus l’arbitrage des conflits, d’autres forces s’en chargent. Là où la jeunesse n’a ni emploi, ni mobilité, ni perspective, les réseaux armés trouvent des recrues, des informateurs ou des relais contraints.

Les groupes extrémistes exploitent cette situation avec méthode. Ils s’insèrent dans les litiges fonciers, les tensions communautaires, les frustrations locales, les circuits économiques illicites et les sentiments d’abandon. Ils imposent la peur, mais ils savent aussi offrir une forme d’ordre dans des zones où l’État ne parvient plus à répondre.

Face à cela, la sécurité doit rester ferme, mais elle doit redevenir politique au sens noble : présence administrative, justice crédible, élus locaux responsables, autorités coutumières et religieuses encadrées, économie rurale protégée, jeunesse intégrée. Un État n’est pas seulement fort lorsqu’il frappe ; il est fort lorsqu’il protège, écoute et arbitre.

Algérie54: Le ralliement récent de l’ancien ministre Hamma Ag Mahmoud à la CFR est présenté comme un succès élargissant votre assise vers le Nord. Son passé de cadre du MNLA lors de la rébellion de 2012 ne risque-t-il pas de nourrir les accusations des autorités actuelles ? Est-ce une avancée républicaine ou un pari politique à haut risque pour la CFR ?

Etienne Fakaba Sissoko :Le ralliement de Hamma Ag Mahmoud doit être lu comme une démarche de consolidation nationale. Un État se reconstruit aussi par sa capacité à ramener dans le champ républicain des acteurs dont le parcours a traversé des ruptures, des crises et parfois des engagements contestés.

Hamma Ag Mahmoud a exercé des responsabilités au service de l’État malien. Il a aussi été associé à une séquence politique douloureuse pour le pays. Ces deux réalités existent. Les ignorer serait une erreur ; en faire un obstacle définitif à toute réintégration nationale en serait une autre.

Son adhésion à la CFR ne transfère aucun agenda séparatiste à la coalition. Elle signifie qu’un acteur issu d’un itinéraire complexe accepte de s’inscrire dans un cadre qui affirme l’unité du Mali, refuse la partition, rejette l’indépendance d’une partie du territoire et privilégie une solution politique nationale.

La paix ne se construit pas avec des biographies sans aspérités. Elle se construit lorsque des trajectoires différentes consentent à se soumettre à une règle commune. Le risque existe toujours dans une démarche d’ouverture ; il se maîtrise par des principes. Les nôtres sont connus : unité nationale, intégrité territoriale, République, abandon de la violence et décision souveraine du peuple malien.

Algérie54:Vous êtes pour le dialogue avec les groupes armés en fixant des conditions très républicaines. Mais comment dialoguer avec des groupes comme le JNIM, affilié à Al-Qaïda, qui rejettent par essence la République et la laïcité ? Vos conditions ne rendent-elles pas ce dialogue impossible dans la réalité ?

Etienne Fakaba Sissoko :La République ne négocie pas son existence. L’unité du Mali, les libertés fondamentales, la souveraineté nationale et le refus de toute imposition religieuse ou politique par la force ne sont pas des variables de discussion.

Cela posé, gouverner consiste aussi à ouvrir des voies de désescalade lorsque la guerre détruit le pays. Le dialogue avec des acteurs armés n’est pas une adhésion à leur idéologie. C’est un instrument politique permettant de séparer les agendas, d’isoler les irréductibles, de protéger les populations et d’offrir une issue à ceux qui peuvent revenir dans une logique strictement malienne.

Concernant le JNIM, la difficulté majeure est son affiliation transnationale. Elle est incompatible avec un processus national de paix. Toute discussion crédible supposerait donc des engagements préalables : rupture avec les agendas extérieurs, arrêt des attaques contre les Maliens, acceptation de l’unité du pays, renoncement à l’imposition par la force et garanties vérifiables pour les populations.

Ces conditions ne rendent pas le dialogue impossible ; elles le rendent sélectif. Ceux qui les refusent assument de rester en dehors du processus. Ceux qui les acceptent doivent être testés dans un cadre malien, contrôlé, progressif et réversible. L’objectif n’est pas de céder la République, mais de reprendre l’initiative politique et de réduire l’espace de la guerre.

Algérie54: L’Alliance des États du Sahel justifie sa politique par la reconquête d’une souveraineté totale et la rupture avec les anciennes puissances occidentales. Pourtant, le poids de la Russie, de la Chine et de la Turquie ressemble parfois à un simple changement de tutelle. A-t-on remplacé Paris ou Washington par Moscou, Pékin et Ankara ?

Etienne Fakaba Sissoko :La souveraineté n’est pas la solitude. Aucun État sérieux ne vit sans alliances, sans échanges, sans coopération militaire, économique ou diplomatique. La question décisive n’est donc pas de savoir s’il faut avoir des partenaires ; elle est de savoir qui décide, dans quelles conditions, avec quel contrôle et au bénéfice de qui.

Remplacer une dépendance par une autre ne produit pas de souveraineté. Cela déplace seulement le centre de gravité de la décision. La souveraineté réelle suppose une stratégie nationale, des accords transparents, une diversification des partenariats, un contrôle institutionnel et une capacité de dire non lorsque l’intérêt malien l’exige.

Le Mali peut coopérer avec la Russie, la Chine, la Turquie, les États-Unis, l’Europe, les pays arabes, l’Algérie, la Mauritanie, les pays d’Afrique de l’Ouest et les organisations africaines. Mais aucun partenaire ne doit devenir le directeur de notre sécurité, le gestionnaire de nos ressources ou l’arbitre de nos choix institutionnels.

La doctrine que je défends est simple : coopération avec tous ceux qui respectent notre souveraineté, dépendance envers personne. Un partenariat est utile lorsqu’il renforce l’État malien. Il devient une tutelle lorsqu’il se substitue à lui.

Algérie54: Des rapports de renseignement craignent que le Sahel devient le théâtre d’une guerre par procuration entre puissances mondiales. Si le terrain militaire est aujourd’hui internationalisé, quelle formule diplomatique proposez-vous pour sortir le Mali de ce grand jeu géopolitique ?

Etienne Fakaba Sissoko :Le Mali doit redevenir un sujet diplomatique, non un théâtre d’affrontement entre puissances. Un État affaibli attire les influences concurrentes ; un État légitime les met à distance et négocie à partir de ses intérêts.

La formule diplomatique que je propose repose sur trois piliers. Le premier est le non-alignement responsable : parler avec tous les partenaires utiles, sans s’enfermer dans un camp ni servir de base avancée à une rivalité extérieure. Le Mali n’a pas vocation à devenir une revanche contre la France, un relais de Moscou, un marché captif pour Pékin ou Ankara, ni un terrain d’expérimentation sécuritaire pour qui que ce soit.

Le deuxième pilier est régional. Aucune stabilisation durable du Mali ne peut ignorer l’Algérie, la Mauritanie, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Niger, le Burkina Faso, l’Union africaine et les Nations unies. La crise est malienne par son origine institutionnelle et territoriale ; elle est régionale par ses effets. Les voisins doivent accompagner, garantir et faciliter, sans décider à la place des Maliens.

Le troisième pilier est la transparence. Les partenariats militaires, économiques, miniers et énergétiques doivent être connus des institutions et contrôlés par des mécanismes civils. Le secret permanent affaiblit la souveraineté ; la reddition des comptes la protège.

Mais aucune formule diplomatique ne tiendra sans processus politique interne. Transition civile, dialogue national, cessez-le-feu progressif, refondation territoriale, retour aux libertés publiques et consultation du peuple : c’est cette architecture malienne qui donnera à notre diplomatie la force de résister aux pressions extérieures.

Algérie54:Au-delà des rivalités internationales, il y a la réalité du terrain : l’extrémisme sert de levier pour de nouvelles déstabilisations d’institutions déjà fragiles. Quelle est la réponse politique de votre coalition face à cette mutation de la menace au Sahel ?

Etienne Fakaba Sissoko :La réponse de la CFR tient dans une exigence d’État : retirer aux groupes extrémistes l’espace politique, social et territorial dont ils se nourrissent.

Cela commence par une autorité civile légitime. Une institution respectée parle au pays, assume ses erreurs, protège les libertés, rend la justice et fixe un horizon électoral. Sans légitimité politique, l’action militaire devient une suite d’opérations sans stratégie nationale durable.

Cela passe ensuite par un dialogue national ordonné. Il ne s’agit ni d’un arrangement secret ni d’une capitulation. Il s’agit de réunir les acteurs maliens autour de lignes fermes : unité du pays, intégrité territoriale, abandon de la violence, rejet des agendas transnationaux, respect des libertés fondamentales, garanties pour les populations et retour progressif de l’autorité publique.

La troisième réponse est territoriale. Les communes, les cercles et les régions doivent recevoir des compétences réelles, des ressources réelles et une capacité de décision. Un Mali uni ne doit pas être un Mali centralisé jusqu’à l’étouffement. La proximité de l’État est une arme politique contre l’extrémisme.

La quatrième réponse concerne l’appareil sécuritaire. L’armée nationale doit être protégée de la captation politique, recentrée sur la protection des populations, appuyée par un renseignement territorial solide et replacée sous l’autorité d’institutions civiles légitimes. La sécurité n’est pas seulement une question de force ; elle est une question de commandement, de confiance et de finalité politique.

Enfin, le Mali doit retrouver une diplomatie équilibrée. Les partenaires peuvent accompagner la stabilisation, la médiation, la reconstruction et les garanties. Ils ne doivent pas piloter le destin national.

La CFR ne propose pas une alternance de circonstance. Elle propose un pacte national de sortie de crise : faire taire les armes, restaurer les libertés, reconstruire l’État par les territoires, protéger l’armée nationale dans son rôle républicain et rendre au peuple malien la décision souveraine.

Le Mali a besoin d’un sursaut de responsabilité. La fermeté républicaine et le dialogue politique ne s’opposent pas ; ils se complètent lorsque l’objectif est de sauver l’État et de protéger les citoyens.

Notre engagement demeure celui d’un Mali souverain, uni, réconcilié avec ses territoires, maître de ses alliances et rendu à son peuple par des institutions légitimes.

Interview réalisée par Hanane Ben

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