-Zone A : 3% du territoire de Cisjordanie sous administration de l’Autorité palestinienne nouvellement créée.
-Zone B : 23% du territoire de Cisjordanie sous administration conjointe de l’Autorité palestinienne et d’Israël.
-Zone C : 74% du territoire de Cisjordanie sous administration exclusive israélienne.
Les trois zones, A, B et C représentent 22% de la Palestine historique, colonies israéliennes illégales incluses.
Ces chiffres, qui reflètent un déséquilibre total sur le plan du partage territorial entre Palestiniens et Israéliens, sont un signe choquant et révoltant de la faiblesse diplomatique de l’OLP. Le retrait de l’armée israélienne ne concernera que quelques enclaves qui feront l’objet de futures et longues négociations intérimaires. Les Palestiniens obtiennent un semblant d’autonomie, concrétisée par l’établissement de l’Autorité palestinienne, dont les fonctions sont limitées à la gestion des secteurs de l’éducation, de la santé et de la protection sociale ainsi que du volet sécuritaire sous contrôle et patronage israéliens. L’institution d’une police dont les effectifs et le type d’armement sont définis par l’armée israélienne.
Le secteur économique sera entièrement dépendant de l’économie israélienne et du diktat du gouvernement israélien.
Même à l’intérieur des Zones A et B, les pouvoirs de l’Autorité palestinienne sont limités, entre autre au moyen de stratagèmes juridiques définis par le gouvernement israélien. Diana Buttu , analyste et militante basée à Ramallah, ancienne conseillère de Mahmoud Abbas et de l'équipe de négociation de l’OLP nous explique: «… le droit civil et pénal israélien, mais pas le droit militaire israélien, s'applique aux Israéliens, qu'ils se trouvent dans les zones de l'Autorité palestinienne, dans la zone C ou en Israël, tandis que les Palestiniens des zones A et B sont soumis aux lois civiles palestiniennes et à la loi militaire israélienne, qu'ils se trouvent dans les zones A, B ou C… », et à titre d’exemple:
«…Un Israélien qui blesse ou tue un Palestinien dans la zone A ou B ne peut être jugé pour ses actes, alors que les Palestiniens vivant dans la zone C doivent obtenir des permis israéliens pour construire une pièce supplémentaire ou installer des panneaux solaires. Le plus absurde, dans les cas où un Israélien et un Palestinien commettent exactement le même crime, les droits garantis et la peine infligée diffèrent sensiblement…».
Le Plan d’Oslo est, selon la carte ci-dessus, un embryon de Plan Allon. Les zones A et B étaient en 1967 déjà prévues sous l’administration exclusive des Palestiniens quoique toujours sous souveraineté israélienne. Il n’est pas question d’indépendance non plus dans le cadre de l’Oslo nouveau.
Adam Hanieh, (né à Amman en Jordanie),docteur en sciences politiques, chargé de cours à la Faculté d'Etudes orientales et africaines de l'Université de Londres et auteur de "Lineages of Revolt: Issues of ContemporaryCapitalism in the Middle East", nous fait un tableau qui dépeint de manière exhaustive les conséquences de ces accords:
-Consolidation et l'approfondissement du contrôle israélien sur la vie palestinienne
6 - Voir Link: www.ism-france.org/analyses/Les-accords-d-Oslo-une-excuse-pour-des-crimes-de-guerre-article-20703
7 - Voir Link: www.ism-france.org/analyses/L-illusion-Oslo-article-18133
-Construction de colonies, restrictions de la mobilité des Palestiniens, incarcération de milliers de personnes.
-Autorité et contrôle total d’Israël sur les frontières extérieures et sur la vie économique
-Bande de Gaza, où plus d'1,7 million de personnes sont parquées dans une minuscule enclave dont l'entrée et la sortie des marchandises et des personnes sont largement déterminées par le diktat israélien.
-Désarmement mouvement politique palestinien qui préconisait la poursuite de la résistance au colonialisme israélien
-le droit de revenir dans leurs foyers et sur les terres d'où ils ont été expulsés en 1947 et 1948
-Impossibilité pour l'économie palestinienne de développer des relations commerciales sérieuses avec un pays tiers. Le Protocole de Paris du 29 février 1994 a donné à Israël le dernier mot sur ce que l'Autorité palestinienne était autorisée à importer et à exporter.
-Nature de la main-d’œuvre palestinienne et de sa disponibilité à loisir en fonction de la situation économique et politique ou des besoins, de la capitale israélienne.
*A partir de 1993, Israël a consciencieusement commencé à remplacer la main-d’œuvre palestinienne qui venait travailler chaque jour depuis la Cisjordanie, par des travailleurs étrangers originaires d’Asie ou d’Europe de l’Est. Cette substitution a partiellement été rendue possible par le déclin de l’importance des secteurs de la construction et de l’agriculture, l’économie d’Israël s’en éloignant et développant, dans les années 90, les industries high-tech et les transferts de capitaux financiers.
-L’impossibilité croissante de ne pouvoir travailler en Israël, augmente la dépendance des Palestiniens de l’emploi du secteur public, au sein de l’Autorité palestinienne. Paiements de transfert de l’AP aux familles des prisonniers, des martyrs et des nécessiteux.
-Dépendance extrêmement élevée aux importations et aux flux de capitaux étrangers, la puissance économique de la classe capitaliste palestinienne de Cisjordanie ne provenait pas de l’industrie locale, mais plutôt de la proximité avec l’AP en tant que vecteur principal des entrées de capitaux étrangers. Au fil des années Oslo, cette classe s’est regroupée à travers la fusion de trois groupes sociaux jusque-là distincts :
*les capitalistes "rapatriés", la plupart venant d’une bourgeoisie palestinienne qui a émergé dans les Etats du Golfe et qui a des liens forts avec l’AP nouvellement au pouvoir.
*Des familles et des individus qui ont historiquement toujours dominé la société palestinienne, généralement de gros propriétaires terriens de l’époque pré-1967, particulièrement dans les régions nord de la Cisjordanie.
*Ceux qui sont parvenus à accumuler des richesses de par leur position d’interlocuteurs au sein de l’occupation, depuis 1967.
-Flux financiers en provenance des pays du Golfe pour entre autre tempérer la frange radicale du nationalisme palestinien. Aggravation des tendances à l’étatisation et à la bureaucratisation, au cœur même du projet national palestinien.
-Croissance de la classe capitaliste en raison de relations privilégiées avec l’Autorité Palestinienne. Cession des monopoles sur des biens comme le ciment, le pétrole, la farine, l’acier ou les cigarettes. Émettant de permis exclusifs d’importation et des exemptions de droits de douane.
-Augmentation des colonies israéliennes en Cisjordanie et à Gaza
-Absence de résolution sur Jérusalem-est
-Absence de résolution concernant le retour des réfugiés de 1948
Après la semi-destruction de l’Irak et l’affaiblissement de la Syrie, il ne restait plus, pour le gouvernement israélien, que l’Iran à constituer un concurrent et éventuellement une menace pour son ‘existence’. Les Accords d’Oslo seraient, de ce point de vue, un moyen d’extraire, en plus des Palestiniens, une bonne partie des pays arabes de la sphère d’influence iranienne.
Les Israéliens se présentent coopératifs et disposés à discuter avec les Palestiniens avec l’objectif d’obtenir un consensus des pays arabes à majorité sunnite.
Conclusion
Oslo ne représente en fin de compte que la consolidation d’une entreprise coloniale sioniste et son expansion illimitée.
La solution à deux états n’a jamais été la base sur laquelle ont travaillé les dirigeants sionistes. Les Accords d’Oslo, avec les Plan Allon et Drobless comme base, sont la consécration d’un plan de colonisation, avec la bénédiction de l’Autorité palestinienne (AP), créée ad hoc pour sa réalisation et qui de surcroit,en qualité de sous-traitante, doit assurer son bon déroulement en donnant la chasse aux « terroristes » palestiniens. Israël a été reconnu comme État par l’OLP à l’issue du Conseil national palestinien qui s’est tenu à Alger en novembre 1988. Les Israéliens ne reconnaissent que l’Autorité palestinienne (auparavant l’OLP) et jusqu’à présent, pas de groupe national palestinien. Le principe de la réciprocité n’a jamais été pris en considération par l’entité sioniste.
Cette dernière a depuis 1967 contesté les textes de la Résolution 242 relatifs aux territoires à restituer aux Palestiniens. Oslo a mis en place un semblant d’autonomie pour les Palestiniens, sur 3% de la Palestine historique, qui devait s’étaler sur une période provisoire de cinq ans et servir de base à un accord final qui ne verra jamais le jour.
Les questions essentielles, les Réfugiés, Jérusalem, la problématique de l’eau… sont abordées de manière superficielle sinon passées sous silence. L’autonomie sur le plan économique est inexistante. Bien plus, elle est, en vertu de l’Accord de Paris de 1994, presque entièrement dépendante de l’économie et du bon vouloir israéliens.
La hasbara (propagande) sioniste est très efficace sur le plan de la communication, l’entité sioniste est toujours la victime entourée de terroristes arabes et palestiniens foncièrement antisémites, reprochant l’échec ou le non aboutissement total des négociations toujours aux Palestiniens. Ce qui permet la perpétuation de négociations intérimaires avec peu de résultats concrets.
L’entité sioniste privilégie toujours les négociations dans un cadre bilatéral (l’accord de Camp David de 1978 avec l’Égypte en est un exemple parfait) où elle excelle, d’autant plus que la partie qui fait figure d’arbitre, les États-Unis, lui est d’un soutien indéfectible.
L’application du droit international ne peut se faire en dehors des institutions internationales même si celles-ci sont défaillantes et sont le reflet du rapport de force sur la scène mondiale.
Les Accords d’Oslo sont l’imposture qui a entretenu pendant trois décennies l’illusion d’un État palestinien indépendant.
Les accords d’Oslo II sont la concrétisation des accords de Taba en Égypte du 24 septembre 1995 ou accord intérimaire israélo-palestinien. Ils sont signés à Washington le 28 septembre 1995, en présence et sous le patronage du président américain, Bill Clinton, par le chef de l’OLP, Yasser Arafat et le Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin. En qualité d’observateurs, sont présents des représentants russes, égyptiens, jordaniens, européens et norvégiens.
Yasser Arafat est élu le 20 janvier 1996 président du Conseil National palestinien (CNP) et portera des modifications à la Charte palestinienne sur les questions relatives à la « destruction » d’Israël. Quelques territoires supplémentaires sont concédés à la Zone A avec autonomie partielle. Le CNP, avec un champ d’action limité aux domaines économique et culturel, n’a aucune compétence en matière de politique étrangère, de défense ou militaire.
L’assassinat de Rabin, le 4 novembre 1995, a mis un frein décisif à l’application d’un plan qui réactualisait le plan Allon de 1967.
L’arrivée au pouvoir, le 29 mai 1996, de Benyamin Netanyahou, membre du parti de droite Likoud, hostile à toute affirmation nationale palestinienne, mettra fin à tout le processus des négociations.
Lire: Les Accords d’Oslo – 1993: l’imposture israélienne (1ère partie)