En baptisant une autoroute de plus de 1 000 kilomètres du nom de Donald Trump, Rabat ne se contente pas d’un geste symbolique. À quatre ans de la Coupe du monde 2030, le Maroc multiplie les signes de proximité avec Washington et les réseaux du football mondial, dans l’espoir de peser dans la bataille pour la finale, face à l’Espagne. Une offensive ambitieuse, mais lancée alors que rien n’est encore joué.
Une autoroute baptisée Donald Trump, voilà qui en dit long sur la diplomatie marocaine. L’ouvrage, long de quelque 1 055 kilomètres, doit relier Tiznit à la ville sahraouie occupée Dakhla en passant par les territoires sahraouis occupés.
Rabat a choisi d’associer le nom du président américain pour justifier une occupation illégale. Le geste intervient dans le prolongement de la décision prise en 2020 par l’administration Trump de reconnaître la "souveraineté marocaine" revendiquée sur le Sahara Occidental.
Derrière l’hommage appuyé, le calcul politique paraît difficile à dissimuler. Car le Maroc ne joue pas seulement la carte de Washington. Il cherche aussi à s’imposer dans une autre bataille : celle de la finale de la Coupe du monde 2030.
Une Coupe du monde à trois, mais une finale à conquérir
Le Maroc, l’Espagne et le Portugal sont officiellement les pays hôtes de la Coupe du monde 2030. La décision a été arrêtée par la FIFA, qui a attribué l’organisation de la compétition à leur candidature commune. Les trois pays doivent donc travailler ensemble pour préparer le tournoi.
Mais cette coopération n’empêche pas la concurrence. Accueillir la finale constitue un enjeu à part. C’est le match le plus prestigieux, celui qui concentre l’attention mondiale et offre au pays organisateur une visibilité incomparable.
Sur ce terrain, Madrid et Rabat se trouvent désormais en concurrence. L’Espagne dispose de candidats naturels et d’une expérience considérable dans l’organisation des grands rendez-vous sportifs. Le Maroc, de son côté, mise notamment sur le futur Grand Stade Hassan II de Casablanca, présenté comme l’un des projets les plus ambitieux du football mondial.
Quand Trump entre dans la bataille
C’est là que le nom de Donald Trump prend toute son importance. La multiplication des gestes de séduction à l’égard du président américain intervient alors que les regards se tournent vers la FIFA et son président, Gianni Infantino. Les relations entre Trump et Infantino sont devenues particulièrement visibles ces dernières années, tandis que le patron de la FIFA a annoncé en avril 2026 son intention de briguer un nouveau mandat lors de l’élection de 2027.
Cette proximité ne permet évidemment pas d’affirmer que Trump décidera du lieu de la finale ou qu’il imposera le Maroc à la FIFA. Mais elle nourrit une lecture politique de la séquence.
En donnant le nom de Trump à une infrastructure majeure, Rabat envoie un signal appuyé à Washington. En multipliant parallèlement les contacts avec les responsables du football mondial, le Maroc cherche à renforcer ses relais au moment où s’annonce une compétition féroce pour obtenir la finale.
Le Sahara Occidental au cœur du dispositif
L’autoroute n’est pas une infrastructure neutre. Elle descend jusqu’à Dakhla, au Sahara Occidental, territoire dont le droit international l'identifie comme territoire non autonome, concerné par le processus onusien de décolonisation. Pour Rabat, les grandes infrastructures constituent un moyen de développer économiquement la région et de l’intégrer davantage au reste du pays.
Mais sur le plan politique, cette stratégie contribue à installer l’idée d’un territoire définitivement intégré au Maroc. Routes, ports, investissements, tourisme, grands événements sportifs : tout concourt à donner au Sahara une nouvelle image, celle d’un espace ouvert au développement et aux échanges.
La diplomatie marocaine tente ainsi de faire du fait économique un argument de légitimation politique. Et le Mondial 2030 pourrait devenir l’une des plus importantes vitrines de cette stratégie.
Madrid et Rabat: partenaires, mais aussi rivaux
Le paradoxe est particulièrement frappant. L’Espagne et le Maroc doivent coopérer étroitement pour préparer le tournoi. Les trois pays organisateurs renforcent leur coordination sur les questions de sécurité, de justice et d’organisation. En avril 2026, l’Espagne, le Portugal et le Maroc ont encore conclu un accord de coopération judiciaire dans le cadre des préparatifs du Mondial.
Mais cette coopération ne supprime pas la rivalité. Madrid et Rabat veulent chacun la vitrine suprême du tournoi. La finale représente en effet bien plus qu’un match de football. Elle offre au pays hôte un gain considérable en matière d’image, de tourisme, d’investissements et de prestige international.
Pour le Maroc, l’obtenir face à l’Espagne constituerait un succès diplomatique et sportif majeur. C’est pourquoi la bataille a déjà commencé.
Le Maroc veut prendre de vitesse l’Espagne
La stratégie marocaine semble reposer sur une multiplication des leviers : grands projets d’infrastructures, lobbying international, relations avec les dirigeants du football, rapprochement avec Washington et mise en avant de Casablanca comme future capitale sportive du royaume.
Rabat donne ainsi le sentiment de vouloir construire suffisamment tôt un rapport de force favorable.
Le problème est que la décision finale n’est pas encore acquise. L’organisation de la Coupe du monde est attribuée aux trois pays. Mais la question de la finale relève d’une bataille distincte. Et sur ce terrain, l’Espagne conserve des arguments sérieux.
Le Maroc peut donc multiplier les annonces, agrandir ses stades et cultiver ses réseaux : cela ne signifie pas pour autant que la finale lui reviendra.
Rien n’est joué
Au fond, c’est peut-être ce qui ressort le plus nettement de cette offensive marocaine : Rabat semble vouloir prendre de vitesse l’Espagne alors que la course n’est pas terminée.
Le Maroc est bien coorganisateur de la Coupe du monde 2030. Cela, c’est acquis. Mais obtenir la finale est une autre bataille. Ni l’autoroute baptisée Donald Trump, ni les grandes démonstrations de proximité avec Washington, ni les réseaux cultivés au sein du football international ne constituent une garantie.
Trump peut ne plus être à la Maison-Blanche au moment du Mondial. La FIFA aura connu une élection. Les équilibres peuvent évoluer. Et l’Espagne n’a pas renoncé.
Le Maroc se précipite donc peut-être pour verrouiller une victoire qui n’existe pas encore.
Il multiplie les gestes de séduction, soigne ses réseaux et cherche déjà à influencer le rapport de force.
Mais rien n’est joué. Et surtout, rien ne garantit que cette opération de charme — aussi appuyée soit-elle — suffira à offrir au Maroc la finale du Mondial 2030. La lèche-botte à Washington peut faire parler mais elle ne vaut pas un billet pour la finale.
Rasha Selmi