Par Hanane Ben
Le ministre d’État algérien des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, s'est entretenu à Alger avec Faramarz Ekhteraei, président de la société iranienne Industrial Pioneers Farayand Co. (IPF), pour discuter de partenariats stratégiques dans le secteur des hydrocarbures et de l'énergie.
Cette rencontre marque la première visite d'un officiel iranien en Algérie, depuis la visite de l’ex-président Ebrahim Raïssi en mars 2024, à l'occasion du 7e Sommet du Forum des pays exportateurs de gaz. Elle intervient dans un contexte géopolitique régional et international particulièrement complexe. Ce contexte dense est marqué, d'une part, par la volonté de Téhéran de briser son isolement international en exportant son savoir-faire industriel vers le Sud global, et d'autre part, par la stratégie d'Alger de diversifier ses partenaires stratégiques au sein de l'OPEP pour consolider sa souveraineté économique, loin des pressions occidentales.
On assiste, depuis peu, à une recomposition des alliances énergétiques mondiales. Le marché du pétrole et du gaz est fragmenté par les tensions géopolitiques globales, notamment des suites de la guerre en Ukraine et celle lancée contre l’Iran.
L'Iran à la quête de débouchés face aux sanctions américaines et européennes, mène une offensive diplomatique et économique agressive vers le Sud Global, et particulièrement vers l'Afrique, et compte sur l’Algérie dans sa stratégie d’ancrage en Afrique du Nord.
Pour l’Algérie, il s’agit d’une quête stratégique d’indépendance. En appliquant une diplomatie strictement non-alignée, tout en restant un fournisseur de gaz crucial et fiable pour l'Europe, Alger refuse de s'aligner sur les positions occidentales. L’objectif est clair : ne plus se contenter d’exporter des ressources brutes, mais capter la valeur ajoutée en développant localement le raffinage et la pétrochimie. En insistant lourdement sur le transfert de technologies et le contenu local, Alger cherche à s’émanciper des circuits technologiques occidentaux traditionnels. Coopérer avec l'Iran permet à l'Algérie de diversifier ses partenaires à l'Est sans rendre de comptes à l'Ouest, tout en accélérant sa propre transition vers l'indépendance technologique et la pétrochimie à haute valeur ajoutée.
Les discussions menées entre le groupe Sonatrach et la société IPF ciblent des projets précis à forte valeur ajoutée, notamment la production de polypropylène et de ses dérivés, ainsi que la modernisation des infrastructures de raffinage. En mettant l'accent sur la conception locale d'équipements pétroliers, le traitement des eaux industrielles et l'intégration de solutions techniques modernes, Alger impose ses conditions : un transfert réel de connaissances pour dynamiser son tissu industriel national et assurer sa propre autonomie d'ingénierie.
Ce rapprochement dans les hydrocarbures s'inscrit dans une volonté plus large de diversification, déjà esquissée lors des derniers sommets bilatéraux dans les secteurs de l'économie de la connaissance, de l'industrie et de la santé, même si le secteur de l'énergie reste aujourd'hui le pivot le plus concret de cette relation.
Cette quête d'autonomie industrielle dépasse le simple cadre des affaires pour toucher au cœur des principes politiques des deux nations. En effet, ce rapprochement technologique s'opère sur fond d'une profonde convergence idéologique face aux crises qui secouent le Moyen-Orient. Pour Alger, l'Iran n'est pas seulement un partenaire technique, c'est un État souverain qui subit de plein fouet l'hostilité des puissances occidentales. Dès lors, la coopération énergétique devient le prolongement naturel d'une doctrine diplomatique qui refuse de plier face à la force.