La crise migratoire qui a secoué Ceuta, fin juillet dernier, avec l'entrée, en quelques jours, de plus de 60.000 migrants illégaux dans l'enclave espagnole, a porté un sérieux coup à la propagande marocaine et mis à nu le mépris du Makhzen envers ses citoyens, soutient un média espagnol.

Dans un article mis en ligne samedi, le média RTVE estime que les images montrant des milliers de Marocains fuyant leur pays "représentent un coup dur pour la propagande de la monarchie qui a toujours tenté de vendre des réalisations fictives, supposées bénéficier essentiellement au peuple".

"Les images parlent d'elles-mêmes : des enfants, des personnes âgées, des mineurs et même des bébés ont été exposés à cette situation. Cela a réduit à néant toute la propagande du régime diffusée par ses médias, y compris les succès récents de l'équipe nationale lors de la Coupe du monde", assure Hicham Mansouri, journaliste d'investigation marocain exilé en France, cité dans l'article.

Le journaliste rejoint la thèse de la majorité des observateurs qui pensent que l'entrée de milliers de migrants illégaux à Ceuta depuis le Maroc en seulement quelques jours, a été activement encouragée par les services marocains.

"Ce qui s'est passé à Ceuta est une manifestation massive contre un système socio-économique extrêmement corrompu et un régime autoritaire et méprisant envers son peuple", dénonce Maati Monjib, historien et professeur d'université. "Aziz Akhannouch a présidé le gouvernement le plus oligarchique depuis les années 1980. Il s'agit d'un cabinet qui a fait des rentes, des prébendes publiques et du favoritisme un système de gouvernement", ajoute-t-il, précisant que l'argent sale a été massivement utilisé lors des différentes échéances électorales dans ce pays.

Fouad Abdelmoumni, économiste marocain, anticipe, quant à lui, une nouvelle propagande du makhzen après la crise de Ceuta. "On vendra aux Marocains l'illusion d'une incertitude sur la responsabilité de leur Etat dans cette tragédie humaine et on en minimisera la portée. On défendra de grands desseins stratégiques, comme la préparation des conditions pour obliger l'Espagne à abandonner les enclaves et les îles voisines", dit-il. Le journaliste marocain installé à Barcelone, Ali Lmrabet, constate, pour sa part, que les autorités marocaines n'ont pas présenté leurs condoléances publiques aux familles des victimes mortes par noyade ou dans des bousculades lors de la traversée vers Ceuta. "Il y a au Maroc un silence scandaleux sur ce qui s'est passé à Ceuta. Que vaut la vie d'un sujet au Maroc ? Rien. Zéro ", répond-il avec amertume.

Hicham Mansouri qualifie ce mutisme institutionnel d'"irresponsable" et de "scandaleux".