Par Hanane Ben

Une enquête choc du magazine britannique The Economist dresse un portrait alarmant des coulisses du pouvoir marocain, combinant fuite de secrets d'État, crise diplomatique et luttes d'influence en vue de la succession royale.

D'après The Economist, au cœur de cette affaire se trouve un responsable de la Direction générale de la surveillance du territoire national (DGST) surnommé « L’Ambassadeur ».

La publication britannique indique que cet agent a fui le Maroc vers l'Europe en emportant des informations hautement confidentielles. Le document répertorie notamment une liste de personnalités surveillées à l'aide de logiciels d'espionnage israéliens, une opération gérée depuis une cellule appelée « Bureau 21 ».

Selon les termes rapportés par l'hebdomadaire, la surveillance ciblait des figures éminentes en Europe et au Maroc, tout en soulignant que certaines versions suggèrent que le roi Mohammed VI lui-même figurait parmi les cibles. Comme le souligne l'enquête de The Economist, le dissident s'est d'abord rendu en Tunisie et en France avant de trouver refuge en Espagne, qui lui a accordé sa protection.

Le magazine précise que cette décision a provoqué la fureur de Rabat, où les responsables ont estimé que Madrid avait commis une trahison en hébergeant un individu détenteur de secrets d'État stratégiques. L'article de The Economist met d'ailleurs en lumière que, selon des cercles influents du régime, l'afflux massif de migrants vers Ceuta s'explique comme une riposte directe orchestrée par les services de sécurité pour punir l'Espagne.

En outre, The Economist signifie que cette fuite s'inscrit dans un contexte de dissidences croissantes et d'instabilité institutionnelle au Maroc. 

Selon les analyses livrées par le journal, la perspective d'une transition du trône exacerbe les rivalités au sommet de l'État.

Le rapport met ainsi en relief l'opposition entre l'ancienne garde, menée par Fouad Ali El Himma — conseiller principal du roi —, et le clan du prince héritier Moulay Hassan, soutenu par sa mère Lalla Salma. 

The Economist avance qu'El Himma aurait maintenu l'ex-épouse du roi dans une situation s'apparentant à une résidence surveillée après le divorce de 2018, et indique que le conseiller craint désormais les représailles de Lalla Salma lorsque son fils accédera au trône.

Enfin, The Economist décrit un exercice du pouvoir fragilisé par l'état de santé du souverain. Le média britannique soutient que le roi Mohammed VI, âgé de 63 ans, apparaît très amoindri, éprouve d'importantes difficultés à prononcer le moindre discours et reste largement absent de la scène politique.

Selon ce que rapporte The Economist, face aux événements majeurs comme le soulèvement dans le Rif ou le séisme de 2023, ce vide au sommet du Palais laisse les responsables locaux sans aucune directive et dans un silence institutionnel total.

Assistons-nous à l'avènement imminent d'une république où est-ce un test de résistance majeur pour la monarchie, appelée à se réinventer ou à se durcir face à l'usure du pouvoir et aux incertitudes de la succession ? L’avenir nous le dira.