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May 11, 2026

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Boualem Snaoui à propos des biens spoliés: «L’État français bénéficie d’une amnistie totale !»

Boualem Snouci, enseignant, syndicaliste et militant algérien rend hommage aux victimes algériennes des événements du 8 mai 1945, des massacres de masse commis par les autorités coloniales françaises en Algérie. Il évoque le rassemblement de ce 8 mai, au Trocadéro à Paris pour commémorer ces faits et rappeler la violence de la répression coloniale contre le peuple algérien.

Boualem Snaoui, enseignant, syndicaliste et militant algérien rend hommage aux victimes algériennes des événements du 8 mai 1945, des massacres de masse commis par les autorités coloniales françaises en Algérie. Il évoque le rassemblement de ce 8 mai, au Trocadéro à Paris pour commémorer ces faits et rappeler la violence de la répression coloniale contre le peuple algérien.

Algerie 54 : Vous avez appelé à la commémoration du 81e anniversaire des massacres du mardi 8 mai 1945 et la répression barbare qui s’ensuivit dans un rassemblement à Paris. Quel est l’objectif principal de ce rassemblement : commémorer les victimes, réclamer une reconnaissance officielle, ou sensibiliser le public aux massacres de Sétif, Guelma et Kherrata ?

Boualem Snaoui : Ce n’est pas la première fois que nous organisons des rassemblements sur la place publique, pour honorer la mémoire et l’Histoire de la résistance du peuple algérien face à l’Ogre colonial et ses démons. Ce jour, nous avons appelé à un rassemblement, sur la Place du Trocadéro à Paris, d’abords pour rendre hommage aux victimes algériennes, du 8 mai 1945, que nous refusons d’oublier. Il s’agit d’un des nombreux crimes de guerre, et crime contre l’Humanité, commis par la France coloniale, qu’il est impossible d’arracher à l’Histoire noire d’un régime qui célébrait en même temps la fin de l’occupation nazie. La France coloniale (armée, gendarmerie, police et milices), agissant sur ordre d’un gouvernement guerrier contre un peuple affamé, avait battu un de ses records criminels, en assassinant des dizaines de milliers (45 000) de citoyens algériens. Il s’agit de l’un des nombreux Oradour-Sur-Glane que la France coloniale a réalisé en Algérie, qui a vu l’assassinat de Saâl Bouzid, ce jeune militant algérien qui a brandi le drapeau de la nation algérienne. 

Notre objectif est aussi d’informer le public désinformé par le système colonial, sur ses massacres conduits conjointement par l’aviation militaire, la marine qui procéda à des bombardements et canonna les Gorges de Kherrata, les bataillons de la légion étrangère qui menèrent un carnage contre le peuple algérien, en organisant des ratissages et des destructions de villages, des pillages, des razzias, sans oublier les disparitions de citoyens innocents. Il est aussi important de rappeler au public la responsabilité de la France dans ces crimes coloniaux, à travers son représentant Lestrade-Carbonnel, Préfet de Constantine, qui avait déclaré, à cette époque, aux miliciens de Guelma : «Vous avez sauvé l’Algérie qui restera française, je vous félicite et je couvre tout, même les sottises».

Notre rassemblement vient, encore une fois, démentir l’hypocrisie généralisée de ce système colonial, lequel qualifiait hier ces crimes contre l’humanité d’opérations de maintien de l’ordre, et aujourd’hui, à travers le communiqué de l’Élysée, de «répression». Le rapport de Benjamin Stora de 2021, commandé par l’Elysée, est la preuve factuelle de la politique révisionniste et négationniste, qui avait déjà légiféré sur les bienfaits de la colonisation le 23 février 2005.

Vous comprendrez, donc, qu’à travers notre rassemblement d’aujourd’hui, nous ne venons rien réclamer à l’ancienne puissance coloniale, laquelle n’a vraiment pas changé de nature, comme on peut le constater dans les différentes déclarations officielles et officieuses. En revanche, oui nous demandons la reconnaissance de tous les crimes de guerre, et de tous les crimes contre l’Humanité, commis par la France contre le peuple algérien depuis 1830. Nous demandons aussi la restitution des biens matériels et immatériels subtilisés au peuple algérien, comme la restitution des archives. 

Algérie54: Combien de participants attendez-vous et avez-vous obtenu les autorisations préfectorales pour cet événement sachant que ce type de commémoration est souvent interdit par les préfectures ? 

Boualem Snaoui: En dépit des difficultés matérielles et de communication, nous avons réunis un peu plus d’une centaine de personnes, dont une ancienne Moujahida, les membres d’une famille des victimes de ces crimes du 8 mai 1945, venus témoigner du sort qui leur a été réservé, ainsi qu’à leurs familles. Etaient présents aussi des militants connus pour leur engagement en faveur du droit et de la justice.

Nous insistons sur le fait que nous ne percevons aucune aide institutionnelle ou privée. Nous militons avec nos deniers personnels.

Algérie54: Y aura-t-il des témoignages ou des historiens pour évoquer cette période tragique des massacres de mai 1945 ? 

Boualem Snaoui: En plus d’une grande Moujahida et d’une famille de descendant de victimes du 8 mai 1945 (originaire de Biskra), nous avons l’honneur d’accueillir Sabrina Abda et son cousin Salim, venus dédicacer leur travail de recherche sur l’exécution de leur grand-père le 8 mai 1945. Loin des historiens de salons, et pour mieux appréhender le sujet, nous ne pouvons que conseiller le travail de Sabrina Abda «Ils ont tué mon grand-père à Guelma, le 8 mai 1945».

Algérie54: Comment comptez-vous impliquer les jeunes de la diaspora algérienne dans cet hommage aux victimes ?

Boualem Snaoui: Plusieurs jeunes sont intéressés par leur histoire et l’histoire de leurs parents. Pour l’instant, nous faisons un travail de communication global, sans avoir pour objectif une catégorie particulière de la population. Comme nous n’avons pas les moyens de nos ambitions, nous tentons de faire de la proximité avec les jeunes algériens assoiffés de lever le voile sur le douloureux passé de leurs aïeux.  Ce n’est pas facile de mener plusieurs fronts à la fois, notamment sur un terrain inondé par une extrême droite revancharde, qui ne cherche qu’à «remettre le couvert».

Mais nous sommes confiants.

Algérie54: Ce rassemblement coïncide avec les débats actuels sur la loi relative à la restitution des biens spoliés sous la colonisation ? Pensez-vous que l’Algérie récupérera ces biens sans cesse réclamés ?

Boualem Snaoui: Le débat sur la restitution des biens spoliés sous la colonisation est peut-être par avance biaisé, puisqu’il y a encore beaucoup de zones d’ombre qui entourent cette récente législation. Bien qu’elle fasse partie des promesses d’Emmanuel Macron en 2017, il arrive en fin de son second mandat chaotique. Dans ce cas précis, au-delà du fait que cette restitution devient politique (chantage ?), puisque la nouvelle loi permettrait au gouvernement de restituer des œuvres, par décret, il y a encore une opacité sur la charge de la preuve qui incomberait aux victimes du colonialisme français. Les pilleurs, en l’occurrence l’Etat français et ses institutions receleuses, bénéficient de fait d’une amnistie totale.

Sans beaucoup d’illusions, mais avec beaucoup d’ambitions, nous nous interrogeons légitimement sur la restitution des biens spoliés par le colonialisme français, représenté par un régime qui refuse de restituer les fonds détournés très récemment encore par les gangs (de la Issaba) du pillage du peuple algérien.

Tout en restant positif, nous pouvons penser que cette manœuvre du régime français n’est qu’une diversion de ceux qui continuent encore de préfabriquer des guet-apens politiques.

Propos recueillis par Hanane Ben

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