Par Rasha Selmi

Le Parti populaire (PP) espagnol hausse nettement le ton contre le Maroc. Dans un contexte marqué par la crise migratoire qui a secoué Ceuta fin juillet, la principale formation de l’opposition accuse désormais ouvertement Rabat d’avoir joué un rôle dans l’arrivée massive de migrants sur le territoire espagnol.
 
Dans des déclarations rapportées mercredi par La Vanguardia, la vice-secrétaire du PP chargée de la coordination sectorielle, Alma Ezcurra, a estimé que le Maroc porte une responsabilité dans l’afflux migratoire, « par action ou omission ».
 
Selon elle, les autorités marocaines auraient laissé se développer le mouvement migratoire avant de favoriser, dans un second temps, le retour d’une partie des personnes entrées à Ceuta.
 
Cette offensive politique intervient après l’arrivée massive de dizaines de milliers de personnes à Ceuta à la fin du mois de juillet. Plus de 70 000 migrants auraient tenté de franchir la frontière maritime en direction de l’enclave espagnole, provoquant une crise humanitaire et sécuritaire d’une ampleur exceptionnelle. Plusieurs dizaines de personnes ont perdu la vie dans ces tentatives de traversée.
 
Pour le PP, cet épisode ne peut être considéré comme un simple phénomène migratoire spontané. Le parti met directement en cause la gestion marocaine de la frontière et demande au gouvernement de Pedro Sánchez d’exiger des explications de Rabat.
 
Le durcissement du discours de l’opposition espagnole intervient également après les déclarations du ministre marocain de la Justice concernant la souveraineté du Maroc sur Ceuta et Melilla.
 
Des propos que le PP considère comme particulièrement sensibles, alors que le statut des deux villes constitue depuis longtemps un sujet de tension entre Madrid et Rabat.
 
Cette nouvelle polémique intervient alors que le gouvernement de Pedro Sánchez cherche à préserver la coopération avec le Maroc, notamment dans le domaine du contrôle migratoire.
 
Madrid s’est jusqu’ici montré prudent dans ses déclarations publiques, privilégiant le maintien de la coopération bilatérale avec Rabat.
 
Le PP entend cependant faire de la crise de Ceuta un sujet politique majeur. En accusant directement le Maroc, l’opposition espagnole remet ainsi sur la table la question de l’utilisation du contrôle des flux migratoires comme instrument de pression dans les relations entre les deux pays.
 
Cette hypothèse fait également débat dans la presse espagnole. El País relève que la crise de Ceuta a ravivé les interrogations sur les causes de cet afflux sans précédent et sur l’éventualité d’une instrumentalisation des contrôles frontaliers.
 
Le journal souligne toutefois que les analyses restent partagées et qu’il n’est pas établi que Rabat ait délibérément organisé cette mobilisation.
 
La crise a, en tout cas, profondément fragilisé l’image de la « bonne entente » construite ces dernières années entre Madrid et Rabat. Elle remet également en lumière les limites d’un modèle européen largement fondé sur l’externalisation du contrôle migratoire vers les pays voisins.
 
À Ceuta, les conséquences de l’afflux restent visibles. Les autorités et les organisations humanitaires font face à une situation particulièrement tendue, alors que le nombre de migrants présents dans l’enclave demeure contesté et que les structures d’accueil sont sous pression.
 
Le bras de fer politique entre le PP et le gouvernement espagnol pourrait désormais s’intensifier. Derrière la question migratoire se profile en effet un enjeu plus large : celui de la relation entre Madrid et Rabat, ainsi que de la capacité de l’Espagne à concilier coopération avec le Maroc, contrôle de ses frontières et défense de ses intérêts à Ceuta et Melilla.