Les forces armées royales espagnoles renforcent leur dispositif militaire avec le Maroc, comme l'illustre bien la mobilisation dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla . Dans le même contexte, des  détachements à Vélez de la Gomera, Alhucemas et dans les îles Chafarinas se préparent à d'éventuelles tentatives d'invasion.

Le régime du Makhzen dont les desseins annexionnistes et expansionnistes ne sont plus à présenter,  ne se contente pas de viser Ceuta et Melilla. Rabat vise les îlots et îles  tels que Vélez de la Gomera , Alhucemas et les îles Chafarinas . Ces trois territoires, sous contrôle militaire et dotés d'unités permanentes de  l'armée espagnole, ravitaillées ,il faut bien le préciser,  par voies maritime et aérienne, sont de nouveau sous les projecteurs des desseins du régime du Makhzen.

Sur ce registre, l'armée espagnole dont l'état-major s'est réuni ce mardi 8 septembre sous la présidence du Roi Felipe VI, en présence de la ministre de la Défense soupçonne que  ces  territoires pourraient être pris pour cible très prochainement par des agitateurs et groupes nationalistes marocains durant la campagne électorale des législatives marocaines du 23 septembre prochain.

Les services de renseignement espagnols s'efforcent d'anticiper la prochaine action de Rabat dans cette stratégie de guerre hybride. L'un des soupçons les plus fondés concerne les îlots et rochers espagnols de la mer d'Alboran, près de Melilla.

D'après les informations révélées par le média ibérique The Objective, les préoccupations actuelles du ministère de la Défense s'étendent à Ceuta et aux territoires qui y sont exclusivement peuplés de militaires.

Par exemple, sur le Peñón de Vélez de la Gomera , on compte une cinquantaine de soldats des Melilla Regulares . Sur l'îlot d'Alhucemas, un promontoire rocheux fortifié, sont stationnés une trentaine de membres du 1er Tercio Gran Capitán de la Légion . Plusieurs câbles sous-marins assurant les communications de Melilla avec le continent espagnol traversent cette zone. Quant aux îles Chafarinas , composées de trois îlots, seul l'un d'eux (Isabella II) est habité : il est protégé par une trentaine de Regulares. Toutes ces îles sont ravitaillées par navires logistiques ou hélicoptères de transport.

Il convient de rappeler, que le régime du Makhzen fixe comme cible "la souveraineté territoriale"  des trois territoires, ainsi que l'île de Perejil, désormais tristement célèbre, depuis l'été 2002, suite à une invasion makhzenienne suivie par une humiliation de l'armée de Mohamed VI.

 Au sein des forces armées espagnoles, on craint qu'ils ne soient la cible d'une attaque imminente de la part d'agitateurs et de groupes marocains, compte tenu de l'impact potentiel sur l'opinion publique dans le contexte actuel de la crise de Ceuta.

Tout au long du mois d'août, de nombreux indices ont été relevés dans la propagande marocaine, faisant craindre que ces territoires soient le théâtre d'une quelconque attaque. Il s'agirait d'une tentative d'occupation déguisée en action civile pacifique et non militaire , caractéristique des tactiques de guerre hybride employées par Rabat. On soupçonne que cela pourrait se produire dans les deux semaines à venir , période marquée par les élections présidentielles au Maroc.

Par conséquent, le service de sécurité de l'armée espagnol, chargé de la défense de ces zones, a renforcé la surveillance de ces lieux en prévision d'éventuelles attaques. Outre la surveillance étroite des réseaux en ligne et la collecte de renseignements , le ministère de la Défense a ordonné diverses opérations sur les trois territoires.

Parmi les indices révélateurs d'une éventuelle invasion makhzenienne des territoires  espagnols, le retour sur scène de l’agitateur marocain Yahia Yahia . Ancien sénateur et ancien maire de Beni Enzar , ville limitrophe de Melilla au sud – où il est né il y a 59 ans –, il avait été impliqué dans un incident survenu en août 2012 sur l’îlot de Vélez de la Gomera. Un groupe de Marocains, mené par Yahia Yahia, avait pénétré dans la zone militaire et hissé des drapeaux marocains avant d’être arrêté par des soldats espagnols du 52e groupe régulier de Melilla.

Après avoir perdu la faveur politique et avoir été contraint à la démission suite à d'autres controverses, l'agitateur a disparu de la scène publique. Du moins, jusqu'au printemps dernier, lorsqu'il est revenu à Melilla pour participer à une célébration de la communauté musulmane, où il a été accueilli par le président de Melilla, Juan José Imbroda .

Ses déclarations contre la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla ont refait surface dans les médias marocains et ses déclarations sont révélatrices à plus d'un titre.

« Nous voyons dans toutes les enclaves coloniales espagnoles au Maroc un exemple d' une politique colonialiste obsolète et archaïque qui impose l'appropriation des terres de son propre voisin afin de consolider sa sordide politique expansionniste, ainsi que de déstabiliser et d'entraver économiquement le développement d'un pays voisin comme le Maroc », a-t-il souligné.

Des sources citées par le média espagnol The Objective indiquent que la nouvelle marche verte  serait « imminente », cette initiative s'inscrivant dans le cadre de la campagne politique pour les élections législatives marocaines prévues le 23 septembre. Yahia Yahia a mis en garde les soldats espagnols de confession musulmane stationnés dans cette garnison, les exhortant à ne pas agir contre leurs « coreligionnaires ».