Une bouc-émissairisation, aussi contestable sur le plan diplomatique qu’elle est malvenue sur le plan factuel, ne sert qu’à masquer l’impasse politico-économique et sociale dans laquelle se trouve la France.
Lorsque le mensonge atteint son paroxysme, il finit par dévoiler ses propres mécanismes. Ainsi, le simple sigle « DZ » est parfois instrumentalisé pour suggérer une responsabilité algérienne dans un phénomène de narcobanditisme pourtant profondément enraciné dans l’histoire criminelle marseillaise. Derrière cette construction se cache une tentative de bouc-émissairisation visant à détourner l’attention des causes endogènes du phénomène en transférant artificiellement la responsabilité vers un acteur extérieur. Or, face à de tels montages narratifs, il convient d’étaler le linge souillé là où il a été sali :
3- La question de la DZ Mafia, soulevée par Darmanin, relève avant tout d’une problématique franco-française et ne saurait être artificiellement déplacée vers l’Algérie. Imputer l’émergence ou la structuration de ce réseau criminel à l’Algérie revient à confondre corrélation transnationale et origine organisationnelle du phénomène. Une telle démarche illustre ce que l’on pourrait qualifier d’idiopathie politique et sécuritaire ; à l’instar de l’idiopathie en médecine, où l’on constate les symptômes sans parvenir à identifier ou à reconnaître leurs causes profondes, certains responsables se focalisent sur les manifestations visibles du problème tout en évitant d’examiner ses déterminants endogènes.
Or, l’origine réelle ou supposée de certains individus impliqués dans ces activités ne préjuge nullement de l’origine, de la structuration ou du centre de gravité du réseau criminel lui-même. Confondre l’ascendance de certains acteurs avec la genèse du phénomène revient à substituer une lecture identitaire à une analyse criminologique rigoureuse.
En réalité, la DZ Mafia s’inscrit dans un environnement criminel, social et institutionnel propre à la France, où elle a émergé, développé ses activités et consolidé ses capacités d’influence. Le phénomène interroge donc prioritairement certaines dynamiques internes de la société française, qu’il s’agisse des vulnérabilités socio-économiques, des circuits du narcobanditisme, des mécanismes de corruption ou des limites des dispositifs de lutte contre la criminalité organisée.
Les principaux chefs du narcobanditisme liés à la DZ Mafia sont des Français ou des individus nés et grandis en France. Dès lors, une question se pose : pourquoi le fameux « Kärcher » de Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas produit les effets annoncés pour éradiquer ces réseaux criminels ?
Pourtant, la France dispose de nombreuses structures dédiées à la prévention et la lutte contre la criminalité comme le Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation (CIPDR), chargé de la prévention, ainsi que d’autres dont la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), chargée de la prise en charge et de la rééducation des mineurs délinquants, ainsi que l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), spécialisée dans la répression. Cela signifie qu’entre les incivilités du jeune âge (phase d’incubation), la délinquance de rue (phase d’éclosion) et le narcobanditisme à l’âge adulte, les mécanismes de repérage, de prévention et de récupération des profils à risque ont manifestement échoué.
S’agissant de Marseille, il ne faut pas cacher le soleil par un Tamis. La cité phocéenne constitue depuis longtemps - bien avant l’indépendance de l’Algérie - un carrefour historique de trafics en tout genre. Dès lors, le choix de l’appellation DZ Mafia ne saurait, à lui seul, impliquer une responsabilité directe de l’Algérie.
Alors, comme le suggère une certaine sagesse populaire : « N’embarquez pas les autres (l’Algérie) dans votre galère. »
3. La DZ Mafia est d’ailleurs décrite par les services de la police français comme une coalition horizontale de plusieurs sous-groupes criminels marseillais d’origines diverses, ayant fusionné pour éliminer ses rivaux concurrents, notamment le clan Yoda.
Son organisation est différemment structurée. Elle ne se base pas sur les liens de sang, de région, ethniques ou nationaux pour devenir une entreprise criminelle globale, recrutant des profils pluriels et diversifiés pour accomplir des tâches spécifiques. D’ailleurs on y compte en son sein des franco-marocains, franco-tunisiens, comoriens, y compris chez des français d’origines ou personnes d’autres régions de France de culture ou de loyauté différente. En réalité, ce clan regroupe plusieurs centaines de membres actifs issus d’horizons multiples, ce qui démontre que le phénomène dépasse largement toute lecture ethnique ou nationale simpliste .
Mais, comme la France, dans son ensemble (presse et autorité), cherche un bouc-émissaire à ses problèmes étalons le linge et essayant de faire apparaitre la composante des dirigeants fondateurs et donneurs d’ordres et commanditaires :
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Concernant les dirigeants fondateurs, on trouve deux anciens amis d’enfance, devenus braqueurs, le français Gabriel Ory (alias Gaby, Osmium ou Le Rent) et le franco-algérien, Amine Oualane (dit Mamine ou Jalisco), né à Marseille en 1994. Ce duo criminel aurait ensuite été rejoint par Mahdi Zerdoum (alias La Brute) pour former une forme de triumvirat dirigeant ce réseau de narcobanditisme. Ces trois personnes ont été arrêtées.
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Quant aux donneurs d’ordres et commanditaires, on trouve le comorien Zaineddine Ahamada, le français Adrien Faure, logisticien de l’équipe de tueurs, le franco-algérien Walid Bara (Le Fondu), interpellé à Madrid (Espagne) au mois d’avril 2026 le jour même du verdict.
La lecture biaisée de l’acronyme « DZ » par certains responsables français, la presse ou la fachosphère, est intentionnellement faite. Derrière le « label DZ Mafia » se cache surtout une opération de branding criminel et médiatique, où l’étiquette compte parfois davantage que la réalité sociologique des réseaux concernés, dépassant de loin la réalité sociologique des individus impliqués.
Employer « label DZ Mafia » permet aussi de sous-entendre que l’on cherche à associer le phénomène criminel à une origine algérienne « DZ » et créer une identité spectaculaire, alors même que les acteurs sont majoritairement français et issus d’horizons multiples. Cela permet donc de critiquer une certaine ethnicisation ou instrumentalisation du discours sécuritaire et transposition des problèmes franco-français.
Ainsi les mises en scènes de certaines parties françaises sur la question du narcobanditisme du clan DZ Mafia cache « une anguille sous roche ». Alors, comment « renouer confiance » comme l’a déclaré Darmanin.
Tout le monde comprend que la bouc-émissarisation n’est qu’un mécanisme de défense psychologique et social consistant à rejeter injustement la responsabilité des crises angoissantes que traverse la société française pour donner un sens aux événements, de simplifier le problème et de retrouver une illusion de contrôle.
Ya Si Moussa, le VAR indique que vous êtes hors-jeu puisque « le ver est dans le fruit ». La morale de cette expression est claire : il faut d’abord chercher les causes du problème chez en France avant de les projeter sur l’Algérie, d’externaliser la responsabilité de vos crises internes, d’utiliser l’Algérie comme un contre-feu médiatique et désigner l’Algérie comme le bouc émissaire. Sans humilité aucune, ceci apparait au niveau des discours des politiques et des médias qui rapportent que la DZ Mafia (pour ne pas dire l’Algérie) menace la France. Alors Etalons ce linges sales pour voir les souillures :
a- Une coopération judiciaire, pourquoi ? si la France rejette une grande partie de ses responsabilités sur l’Algérie et qu’elle ne répond pas aux demandes algériennes sous des prétextes qui ne tiennent pas debout, sachant qu’il y a manipulation. Outre cela, DZ Mafia n’est pas le seul clan du narcobanditisme à Marseille comme le prétendent presse et autorités. Elle est confrontée à des réseaux concurrents comme les Blacks ressuscités, une partie du clan Yoda épargnée, les restants des Gitans, ainsi et d’autres clans qui vacillent d’un clan à un autre.
b- Les allégations relatives à une prétendue menace représentée par la DZ Mafia : La qualification de la DZ Mafia comme organisation de narcobanditisme mérite d’être nuancée. En effet, ce groupe ne contrôle ni la production de cocaïne et de cannabis, qui demeure entre les mains des cartels latino-américains, ni les principaux circuits d’importation de ces substances vers l’Europe, traditionnellement dominés par de puissantes organisations criminelles transnationales, notamment la Mocro Maffia maroco-néerlandaise et la ’Ndrangheta italienne. Par ailleurs, malgré son influence croissante, la DZ Mafia n’exerce pas une position hégémonique à Marseille. De nombreux autres groupes criminels - que nous évoquerons dans une prochaine publication - continuent d’opérer de manière autonome dans le trafic de stupéfiants.
En outre, réduire la DZ Mafia à la seule activité liée aux stupéfiants serait inexact. À l’instar de nombreuses organisations criminelles contemporaines, elle a progressivement diversifié son portefeuille d’activités illicites, investissant notamment dans l’extorsion, le blanchiment d’argent, les enlèvements, les violences par procuration et diverses formes de criminalité organisée.
c- Concernant les allégations faisant de l’Algérie un prétendu refuge pour les membres de la DZ Mafia : Ces accusations invitent à examiner avec davantage de rigueur les informations diffusées par certains médias et responsables français. Ceux-ci présentent régulièrement Mehdi Laribi, (dit Tic ou Rachitic), comme le chef de la DZ Mafia se réfugiant en Algérie. Pourtant, plusieurs figures majeures de cette organisation ont été arrêtées en France ou localisées dans d’autres pays avant d’être extradées vers la France. Cela tend à démontrer que les centres de gravité de ce réseau criminel se situent davantage en France et dans certains hubs internationaux, tels les Emirates et le Maroc, que sur le territoire algérien.
A titre d’exemple, on peut citer :
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Walid Bara, (dit Le Fondu), interpellé en Espagne le 14 avril 2026, quelques heures seulement après avoir été condamné par défaut par la justice française.
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Karim Harrat, (alias Rentre-dedans ou Le Rent), considéré comme une figure importante du narcobanditisme marseillais. Depuis Dubaï, il coordonnait des importations de stupéfiants ainsi que plusieurs règlements de comptes sanglants à Marseille à l’aide de moyens de communication cryptés. Extradé vers la France, il a comparu devant la justice française au début de l’année 2026.
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Abdelkader Bouguettaia (dit Bibi) : autre figure importante du trafic, son extradition depuis Dubaï a été confirmée en juin 2025.
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Moufide Bouchibi, (surnommé Mouf), poursuivi pour plusieurs opérations de « go-fast » ainsi que pour l’importation, depuis le Maroc, de centaines de kilogrammes de résine de cannabis entre 2011 et 2012. Arrêté à Dubaï, il a ensuite été remis aux autorités françaises.
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Sofiane Hambli, (dit La Chimère), arrêté à Tanger (Maroc), puis extradé vers la France. Son parcours illustre la complexité des interactions entre les milieux criminels et certains dispositifs de renseignement. En effet, plusieurs procédures judiciaires ont révélé qu’il ne se limitait pas à ses propres activités illicites, mais qu’il avait également entretenu des relations suivies avec l’ancien chef de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS), François Thierry, en qualité d’informateur. Cette relation a d’ailleurs suscité de nombreuses controverses au sein des milieux judiciaires et policiers français.
Au regard de ces éléments, il apparaît difficile de soutenir sérieusement la thèse selon laquelle l’Algérie constituerait le principal sanctuaire ou centre opérationnel de la DZ Mafia. Les faits disponibles montrent plutôt que plusieurs de ses figures les plus influentes ont été localisées, arrêtées ou extradées depuis différents pays, notamment les Emirats arabes unis, l’Espagne et le Maroc, où certaines d’entre elles poursuivaient leurs activités criminelles à distance.
Plus fondamentalement, la question n’est peut-être pas de savoir où se trouvent les chefs du narcobanditisme ni de faire de l’Algérie un bouc émissaire commode, mais plutôt de comprendre comment ces réseaux criminels continuent de prospérer malgré l’arsenal sécuritaire et judiciaire censé les combattre. La réponse réside en partie dans les zones de porosité institutionnelle qu’ils exploitent, où corruption, complicités et mécanismes d’influence constituent autant de vecteurs leur permettant d’infiltrer les structures publiques et de pérenniser leurs activités.
d- Narcobanditisme et corruption des circuits politico-administratifs et portuaires
La corruption et recrutement dans les sphères politico-administratives, judiciaires sont des pratiques rentables pour les narcobanditistes qui sont des acteurs rationnels. Les affaires de narcobanditisme révèlent que certains policiers français ferment parfois les yeux, dans un contexte où les organisations criminelles utilisent la corruption comme une véritable arme d’influence et de pénétration. Cette corruption touche également certaines sphères du système judiciaire (tribunaux et prisons), pourtant présenté comme indépendant (sic), où des complicités avec des réseaux de narcobanditisme ont parfois été évoquées, voire des avocats. Au niveau portuaire, ces pratiques génèrent des profits considérables aux personnels de cette infrastructure, impliquant parfois des dockers ou certains acteurs liés aux circuits douaniers.
Même, une partie de la jet-set française, ainsi que certains responsables politiques et administratifs (qui se frottent le nez avec l’index), en tant que consommateurs, sont impliqués indirectement dans ce trafic comme l’atteste Gérard Fauré, ex-baron de la drogue. En contrepartie certains cadres institutionnels ferment délibérément les yeux sur le passage des mules ou de containers, facilitant ainsi les activités des narcotrafiquants.
Cependant, la corruption et les complicités institutionnelles ne constituent pas les seuls facteurs explicatifs de la résilience du narcobanditisme. Les interrogations portent également sur certaines pratiques menées au nom de la raison d’État, dont les effets parfois contre-productifs ont contribué à alimenter les zones grises de la lutte antidrogue et à renforcer la capacité d’adaptation des organisations criminelles.
A suivre, de la Corruption au Système d’Etat : Bonjour les Dégâts
DR Benali
Lire 1ère partie : https://algerie54.dz/darmani-dz-mafia-obsession-ou-chantage-une-bouc-emissairisation-malvenue-1ere-partie