Par Hanane Ben
Derrière le vernis diplomatique et la surenchère verbale, Washington semble préparer le pire. En façade, Donald Trump pilonne. Il exige la capitulation pure et simple de Téhéran, balaye le calendrier électoral et menace de pulvériser Oman pour neutraliser toute médiation dans le détroit d'Ormuz. L'argument officiel reste le même ; empêcher à tout prix l'Iran d'obtenir la bombe.
Mais en coulisses, la réalité est bien plus sombre. Les révélations de l'ex-congressiste Marjorie Taylor Greene brisent le dernier tabou. L'option nucléaire ne serait plus une vue de l'esprit, mais une alternative prise très au sérieux lors des réunions stratégiques du Pentagone.
Washington ne l'avouera jamais face caméra, mais les signaux sont clairs. Entre l'étranglement diplomatique de Téhéran et l'évocation officieuse du feu atomique, les États-Unis ne cherchent plus à négocier : ils étudient froidement les scénarios d'un anéantissement total, au risque d'allumer une étincelle mondiale.
Pourquoi Trump rejette -t- il avec une telle virulence toute négociation entreprise par Oman ? Comment expliquer l'aveuglement de Washington face aux efforts de ce pays du Golfe, pourtant premier concerné par la stabilité du détroit d'Ormuz et directement exposé aux retombées d'un conflit dévastateur ?
La réponse réside dans le cœur même de la diplomatie américaine : un refus allergique à tout multilatéralisme. Pour l'administration Yankee, toute médiation tierce est une interférence qui affaiblit son rapport de force. Pourquoi offrir à Téhéran une porte de sortie diplomatique honorable via Mascate alors que Washington exige une capitulation pure et simple ? Dans cette logique unilatérale poussée à l'extrême, la neutralité omanaise cesse d'être un atout pour devenir un obstacle à broyer.
En réalité, ce refus systématique de la diplomatie masque un dessein bien plus radical : Washington ferme délibérément la porte aux compromis parce qu'un coup d'éclat décisif se prépare dans l'ombre.
C'est du moins la conclusion alarmante qui émerge de plus en plus nettement des analyses de la presse occidentale. En neutralisant les médiateurs et en balayant les tentatives de désescalade, l'administration américaine ne cherche pas à négocier une paix, mais à faire de la place pour une frappe dévastatrice.
L'hypothèse de l'arme nucléaire contre l'Iran cesse alors d'être une simple menace théorique pour devenir la pièce maîtresse d'une stratégie d'anéantissement, où l'illusion des pourparlers ne sert plus que de couverture avant l'offensive ultime.
Face à cette menace d'escalade totale — dont une frappe nucléaire qui ravagerait inévitablement l'ensemble de la région —, les monarchies du Golfe ont définitivement perdu leurs illusions sur le « parapluie sécuritaire » américain.
La guerre en cours contre l'Iran leur a servi de leçon brutale : non seulement Washington est incapable de garanties de protection efficaces, mais l'imprévisibilité de l'administration américaine constitue désormais un risque direct pour leur propre survie.
L'histoire récente l'a amèrement démontré : de l'absence de notification préalable lors des frappes américano- sionistes de février jusqu'aux répliques iraniennes par drones et missiles subies de plein fouet par Riyad ou Abou Dhabi, les États du Golfe ont compris qu'ils étaient instrumentalisés comme de simples dommages collatéraux. Privé de toute confiance envers un partenaire jugé instable et incendiaire, l’Arabie saoudite accélère la diversification de ses alliances.
En concluant de nouveaux pactes de sécurité avec la Turquie ou le Pakistan, et en renforçant ses liens stratégiques et économiques avec Pékin et Moscou, la région cherche désormais en urgence des garde-fous alternatifs pour se préserver des folies unilatérales de Washington.
Si les génocidaires Trump et Netanyahou décidaient d'une attaque nucléaire contre l'Iran, ces nouveaux partenaires pourraient-ils vraiment venir en aide aux pays du Golfe et s'interposer ?
Les experts de la géopolitique sont unanimes à dire qu’aucun de ces nouveaux partenaires n'osera s'interposer militairement pour stopper une frappe atomique.
Ni la Chine, ni la Russie, ni le Pakistan ne prendraient le risque d'une destruction mutuelle assurée avec les États-Unis pour protéger la région. Leurs partenariats offrent aux monarchies du Golfe des garanties économiques, diplomatiques et sécuritaires en temps de paix ou de conflit conventionnel, mais certainement pas un bouclier anti-atomique. Face à l'éventualité d'une frappe ultime, les pays du Golfe se retrouvent isolés.
Leurs nouvelles alliances diversifiées restent impuissantes face à une telle escalade. Ils ne seraient en réalité que les spectateurs effrayés et les premières victimes écologiques et économiques d'une catastrophe majeure qu'aucun de leurs nouveaux protecteurs n'a les moyens ni la volonté d'empêcher.
Et si l'on envisage une seconde hypothèse où la Chine, la Russie et la Corée du Nord considéreraient qu'une frappe nucléaire américaine franchit une ligne rouge absolue menaçant directement leur propre sécurité, la dynamique changerait radicalement.
Dans cette perspective, ces puissances ne resteraient pas de simples spectatrices. Pyongyang profiterait immédiatement de la rupture du tabou nucléaire pour intensifier la pression militaire dans le Pacifique et fixer l'armée américaine sur un second front.
De son côté, Moscou fournirait un soutien militaire indirect à Téhéran en transmettant des données renseignement de pointe et en livrant des systèmes de défense antiaérienne ultra-modernes pour neutraliser les actifs américains au Moyen-Orient.
Enfin, la Chine utiliserait son levier le plus dévastateur : le verrouillage économique mondial, l'interruption des chaînes d'approvisionnement stratégiques et la sécurisation militaire stricte des routes maritimes pour étouffer l'économie occidentale. Dans ce second cas de figure, l'attaque ne marquerait pas la fin de l'Iran, mais le déclenchement d'un affrontement mondial hybride où l'Axe de l'Est chercherait à sceller la fin définitive de l'hégémonie américaine.
Dans ce choc des géants, l'Europe offre le spectacle navrant d'une impuissance assumée, oscillant entre rôle de spectatrice tétanisée et posture de complice silencieuse. Incapable d'imposer une ligne diplomatique autonome depuis le torpillage de l'accord sur le nucléaire (JCPoA), Bruxelles et les grandes capitales européennes sont totalement marginalisées.
Sur le plan légal, certains dirigeants murmurent timidement au respect du droit international, mais sur le terrain, l'alignement stratégique sur Washington reste quasi-total via le commandement de l'OTAN et les bases militaires clés.
En laissant carte blanche à l'aventurisme militaire américano- sioniste et en se refusant à taper du poing sur la table, l'Union européenne valide de fait le droit du plus fort. Elle accepte de devenir le dommage collatéral passif d'une catastrophe dont elle subira pourtant de plein fouet les contrecoups directs ; vagues de réfugiés, asphyxie énergétique et risque terroriste accru sur son propre sol.