Par Hanane Ben

Alors que le roi du Maroc, Mohammed VI, dressait le tableau des avancées du Royaume — grands travaux d'infrastructures, rayonnement diplomatique, modernisation industrielle et projets d'intégration régionale — lors de son discours de la Fête du Trône, au même instant, le départ impromptu de milliers de Marocains a agi comme un démenti brutal devant le monde entier.

Cette traversée spectaculaire vers les deux enclaves espagnoles, Ceuta et Melilla, a choqué l'opinion publique mondiale en mettant en lumière un fossé saisissant : celui qui sépare la rhétorique marocaine de la réalité sociale vécue par le peuple marocain. Des hommes, des femmes et des enfants fuyaient ce prétendu royaume enchanté au péril de leurs vies.

Sur place, la stupéfaction a vite laissé place au chaos. D'abord interloqués par l'ampleur inédite de la foule, des habitants espagnols sont ensuite descendus dans les rues pour tenter de faire barrage aux migrants, donnant lieu à de violents affrontements. Face à cet afflux massif et devant la gravité extrême de la situation, le gouvernement espagnol n’a pas hésité à déployer l’armée pour reprendre le contrôle de ses frontières.

Dans la classe politique espagnole, l'indignation a rapidement cédé la place à la charge : plusieurs partis ont ouvertement dénoncé une stratégie délibérée du Maroc visant à déstabiliser le pays et à exercer un chantage inacceptable sur Madrid.

Cette indignation espagnole ne doit rien au hasard. Les autorités et les analystes à Madrid y voient une manœuvre délibérée : le Maroc aurait sciemment relâché les contrôles à ses frontières pour laisser déferler cette vague humaine. Ce n'est d'ailleurs pas une première. Le Royaume est un habitué de cette méthode, ayant déjà utilisé par le passé le robinet migratoire comme un moyen de pression politique et un levier de chantage géopolitique dès qu'un différend diplomatique l'opposait à son voisin ibérique ou à l'Union européenne.

À l'origine de cette crise, certains pointent d'ailleurs du doigt une récente décision de la justice espagnole : en interdisant le renvoi systématique des migrants arrivés à la nage — alors qu'une foule importante a également déferlé par la montagne —, elle a involontairement créé un formidable appel d'air et incité des milliers de personnes à tenter leur chance.

Mais sur le plan géopolitique, l'explication repose sur deux véritables raisons :

En premier lieu, le réchauffement diplomatique entre Madrid et Alger. La visite officielle de Pedro Sánchez à Alger et le rétablissement des relations bilatérales entre l'Espagne et l'Algérie ont été vécus par Rabat comme une trahison.

Pour punir ce rapprochement, le royaume voyou du Maroc a aussitôt répliqué en ouvrant la vanne migratoire pour faire chanter l’Espagne et la forcer à maintenir son soutien total sur la prétendue "souveraineté marocaine" au Sahara Occidental, tout en réaffirmant ses prétentions historiques sur Ceuta et Melilla qu'il considère toujours comme des territoires occupés.

En deuxième lieu, l'alignement international et le grand jeu diplomatiqueDeux autres nations et un repositionnement mondial entrent ici en jeu. Le soutien affiché et ferme de l'Espagne à la cause palestinienne, couplé aux déclarations assassines de Pedro Sánchez à l'encontre de Benyamin Netanyahou et de Donald Trump, isole Madrid face à l'axe Washington-Tel-Aviv-Rabat né des Accords d'Abraham.

 En accentuant la pression sur les frontières d'une Espagne qu'elle pense fragilisée sur la scène internationale, Rabat pense profiter de cet isolement pour réaffirmer sa position de force.

Quoi qu'il en soit, ce qui vient de se passer aux yeux du monde entier a fini par abattre l'arbre qui cachait la forêt : la misérable vie que réserve la famille alaouite à un peuple dont elle se fout éperdument. D'ailleurs, la région de Nador a été le théâtre de violents affrontements cette nuit, accompagnés d'appels à la chute du roi.