Dans une nouvelle interview, le journaliste , auteur et expert géopolitique Jacob Cohen, nous parle des derniers développements liés à l'invasion migratoire du régime du Makhzen, visant l'enclave espagnole de Ceuta et Melilla, le retour de l'Algérie sur la scène sahélienne, l'agression américano-sioniste de l'Iran, ainsi que les prochaines élections américaines de Mi-Mandat et celles de l'entité sioniste.

Algérie54:  On assiste depuis quelques semaines à une escalade entre Madrid et Rabat, suite à l'invasion migratoire du 30 juillet dernier. Ne pensez vous pas que l'Espagne paie pour ses positions exprimées sur les dossiers palestinien et iranien?

Jacob Cohen: Il est évident que l’intérêt soudain et inattendu d’américano- sionistes pour la libération des derniers territoires encore colonisés en Afrique avait toutes les allures du complot. Il y avait anguille sous roche. Le Maroc s’était prêté à cette opération, ne pouvant rien refuser à ses alliés indéfectibles, Israël et l’Amérique, comme par hasard les meilleurs pays agresseurs devant l’Eternel depuis les années 40. On aurait voulu punir le gouvernement espagnol ou lui donner un sérieux avertissement. Le dernier rapport de la police espagnole, qui évoque pour le moins une complaisance des forces de sécurité marocaines, le confirme. Et le fait que quelques milliers de jeunes Marocains restent dans l’enclave, maintient une espèce de menace latente. Il semble cependant que tous les acteurs du mélodrame veuillent calmer le jeu, mais les indications sur le futur scrutin législatif paraissent défavorables à Pedro Sanchez. Les instigateurs de cette « conspiration » pourraient avoir atteint leur objectif.

Algérie54:  Profitant de cette situation et de la fébrilité du gouvernement espagnol dirigé par Pedro Sanchez, une des victimes principales du logiciel espion Pegasus, le Maroc imitant le régime sioniste en matière de revendications territoriales, instrumentalise la question de Ceuta et Melilla et brandit une nouvelle marche verte au nom du "Grand Maroc". Quelle est votre lecture sur cette question?

Jacob Cohen: La Monarchie marocaine n’a jamais montré une vraie volonté de récupérer les deux possessions espagnoles. Elle s’était même alliée aux ex-forces coloniales française et espagnole après 1956 pour réduire les groupes de résistants rifains qui combattaient pour l’intégrité territoriale. Cette Monarchie n’a jamais voulu aller à l’encontre des intérêts bien compris de l’Occident. Elle ne fera rien de dramatique pour ébranler la stabilité de la région. Si donc elle agite une quelconque menace de « Marche verte », c’est pour la forme et pour en retirer quelques avantages, matériels ou diplomatiques, notamment en renforçant l’engagement de l’Occident en faveur de sa solution d’ « autonomie » dans le Sahara Occidental. 

Algérie54:  La France et l'État fonctionnel du Maroc perdent du terrain et en influence dans la région du Sahel. L'échec de la dernière tentative du putsch au Niger, a ouvert la voie à un retour fort remarqué de l'Algérie qui s'active pour la restauration de la stabilité politique et sécuritaire, indispensable au développement socio-économique et à une intégration régionale profitable aux peuples de la région du Sahel. Qu'en dites vous sur les derniers développements ayant marqué cette région ?

Jacob Cohen: On ne peut que saluer cette évolution qui va dans le sens de l’émancipation des pays africains, dont 65 années d’indépendance n’ont pas apporté grand-chose. Dans la doctrine maoïste, il y a la contradiction principale et les contradictions secondaires. La première concerne l’opposition fondamentale entre l’impérialisme occidental qui a simplement changé de visage, et qui ne renoncera jamais à diviser les Africains et à les exploiter. Il est heureux que l’Algérie ait dépassé les querelles secondaires pour affronter son véritable ennemi à long terme, c’est-à-dire l’impérialisme américano-sioniste déjà à l’oeuvre pour la déstabiliser et/ou l’affaiblir. Le but primordial est de bouter cet impérialisme hors d’Afrique et de l’empêcher de nuire. On pourra alors régler les contradictions secondaires – les conflits régionaux – dans un esprit de confiance et de sérénité.

Algérie54: Moins de deux mois des élections américaines de Mi-mandat, l'agression américaine sur l'Iran se poursuit et Donald Trump se trouve dans une situation complexe qui pourrait emporter le parti républicain. Quel est votre avis sur ce sujet?

Jacob Cohen: Le président américain est coincé. Il s’est laissé piéger par Netanyahou qui lui avait promis une victoire en 4 jours. Et en même temps, l’Iran s’est révélé un adversaire, non seulement coriace et imaginatif, mais audacieux comme ne l’avaient jamais osé des adversaires 20 fois plus puissants comme la Russie. L’Iran a bouleversé tous les pronostics en détruisant toute l’infrastructure militaire américaine dans les pays du Golfe et en fermant le Détroit d’Ormuz. Et il se permet – suprême arrogance – de répliquer en doublant et même en triplant la mise. Il n’a peur de rien, il se moque de Trump et de l’Amérique. Trump ne peut se permettre d’avouer sa défaite, et plus il prolonge le conflit plus les conséquences seront désastreuses. Le peuple américain souffre terriblement et on n’a encore rien vu. Les élections de novembre seront un désastre pour le président, pour son parti et peut-être pour sa mise en accusation. 

Algérie54: A l'instar des USA, l'entité sioniste organisera dans quelques semaines des élections législatives, dans un climat tendu, qui déterminera l'avenir politique du génocidaire sioniste. En tant qu'expert de l'actualité de cette entité, quelle est votre lecture?

Jacob Cohen: Les élections en Israël ne changeront rien dans le fond. C’est une erreur de croire que Netanyahou est le problème. La société juive israélienne est à 90% favorable au génocide à Gaza, à l’expulsion des Palestiniens de Cisjordanie, à une nouvelle guerre contre l’Iran et même contre la Turquie. Les sionistes se croient tout puissants, investis d’une mission quasi divine de régner sur cette terre et toutes les terres qu’ils peuvent conquérir. Croire qu’on peut arriver à une existence pacifique avec eux est une tragique erreur. Il n’y qu’un seul slogan qui vaille sur cette terre, imposé par les sionistes eux-mêmes : C’est eux ou nous.

Interview réalisée par M.Mehdi