Par Hanane Ben
Il y a quelque chose de grandiose dans le spectacle des certitudes qui s'effondrent. On peut déployer la panoplie complète d’ignobles manœuvres : le lobbying féroce dans les couloirs de l’UE, les influences qu'on achète, le marchandage des consciences, l'espionnage méthodique et la courbette systématique. On peut s'agiter, s'épuiser à réinventer le réel, convaincu que le monde finira par plier sous le poids du forcing.
Puis vient le moment de vérité. Celui où l'on vote pour une cartographie « plus juste et plus fidèle » de l'Afrique. Parce qu’il faut bien le précisé : le Maroc a bel est bien voté pour la résolution de l’ONU qui exige une représentation fidèle du continent africain, oubliant un peu vite que la vérité des contours s'applique à tout le monde, y compris sur les lignes qu'on cherche à effacer. À l'ONU, le vote est sans appel. La résolution défendue par le Togo et soutenue par l'Union africaine est passée avec 164 voix pour — dont celle du Maroc —, six abstentions et un seul vote contre, celui des États-Unis.
Une question s'impose alors : comment le royaume des chimères a-t-il pu voter cette résolution, alors que le Sahara Occidental y apparaît distinctement séparé du Maroc ?
Tout le monde a relevé l'absurdité de la situation et tourne aujourd'hui en dérision la posture du Maroc. Le Royaume s'est reposé sur ses lauriers après le soutien américain à son plan d'autonomie, répétant partout que c'était la seule option possible. Mais à force de repasser en boucle le même discours et de crier victoire trop vite, la réalité rattrape les illusions : sur la carte pour laquelle il vient de voter, le Sahara Occidental reste bel et bien distinct.
Au fond, le grand gagnant de cette histoire, c'est le peuple sahraoui. En adoptant cette carte, l'ONU oppose un refus clair et net aux ambitions expansionnistes du Maroc, peu importe le soutien de l'Oncle Sam. C'est une victoire majeure pour les Sahraouis, qui luttent depuis des décennies pour leur indépendance et dont le combat continue de faire écho partout dans le monde.
Si le soutien américain au projet d'autonomie marocain avait suscité l'indignation des Sahraouis et de leurs soutiens, la carte de Gall-Peters — qui restitue la superficie réelle de l'Afrique et marque clairement les frontières — leur offre aujourd'hui un argument de poids. Elle leur permet de porter leur combat avec encore plus de force devant les instances internationales, en rappelant à tous que la géographie ne s'achète pas et que le combat d'un peuple pour son indépendance ne se négocie pas non plus.
Quand une terre ne vous appartient pas, ni les votes arrangés ni les récits sur mesure ne suffisent à combler le vide. La vérité rattrape toujours les illusionnistes au tournant : la carte Afrique s'agrandit, et le mensonge du royaume voyou du Maroc rétrécit.