Par Hanane Ben

La stratégie est transparente : dès qu'Alger amorce son grand retour diplomatique auprès de Madrid et scelle de nouveaux partenariats à l'automne, l'Élysée s'empresse de placer son voyage juste deux semaines avant. Paris court désespérément après l'agenda algérien sur la scène européenne, comme un véritable petit toutou diplomatique refusant à l'Algérie d’occuper seule le devant de la scène continentale.

Le calendrier récent illustre parfaitement ce phénomène de télescopage. En Allemagne, le président Tebboune a entamé une visite officielle à Berlin du 15 au 17 juillet 2026, immédiatement suivi par Emmanuel Macron qui s'est rendu dans le pays dès le 16 juillet pour le Conseil des ministres franco-allemand.

La séquence s'est répétée en Italie : après la venue de la Première ministre Giorgia Meloni à Alger fin mars 2026, le chef de l'État français effectuait un déplacement précipité à Rome quelques semaines plus tard, les 9 et 10 avril suivants.

L'exemple le plus frappant de cette dynamique reste toutefois le cas espagnol. Alors qu'Alger prépare son grand retour diplomatique à Madrid avec une visite d'État du président Tebboune programmée pour le courant du mois d'octobre 2026, l'Élysée s'est empressé de caler le voyage d'Emmanuel Macron juste en amont, les 29 et 30 septembre.

Cette réaction en chaîne donne le sentiment d'une diplomatie française aux abois, forcée de devancer artificiellement l'agenda algérien pour tenter d'occuper le terrain médiatique et institutionnel avant l'arrivée du chef d'État algérien.

Cette proximité temporelle s'explique par une compétition directe sur le terrain des grands partenaires énergétiques et industriels européens. L'Algérie cherche à diversifier ses alliances en s'appuyant sur des nations pivot comme l'Italie, l'Allemagne ou l'Espagne, tandis que Paris tente de préserver une prééminence stratégique de plus en plus contestée.

Dès qu'Alger enclenche une offensive diplomatique majeure sur le continent, la France semble condamnée à courir après le calendrier algérien, agissant comme un véritable suiveur diplomatique incapable de gérer sa peur de voir l'Algérie dialoguer seule avec ses partenaires européens.

Au-delà des coïncidences d'agenda, cette posture traduit l'incapacité de Paris à sortir d'un paternalisme post-colonial totalement dépassé. En agissant comme un tuteur autoproclamé qui cherche à s'interposer entre Alger et ses partenaires du continent, la diplomatie française fait preuve d'une condescendance que l'Algérie moderne n'accepte plus. Alger traite désormais souverainement et d'égal à égal avec chaque capitale, sans demander la permission à quiconque.

Cette arrogance politique a coûté très cher aux intérêts économiques français. Excédée par les postures leçons de morale de Paris, l'Algérie a progressivement évincé les entreprises françaises de ses marchés stratégiques (transports, eau, céréales), préférant diversifier ses partenariats.

En tissant des alliances solides et pragmatiques avec l'Italie — devenue le partenaire énergétique majeur de la région —, l'Allemagne ou la Chine, l'Algérie prouve qu'elle peut isoler la France en Europe. Dès lors, la frénésie de déplacements d'Emmanuel Macron ressemble moins à une stratégie maîtrisée qu'à une course poursuite diplomatique où la France, reléguée au rang de suiveur, tente désespérément d'exister face à l'affirmation de la souveraineté algérienne.

Cette perte d'influence de la France dépasse largement le cadre des relations franco- algériennes et s'étend aujourd'hui à l'ensemble du continent africain. Du Sahel à l'Afrique de l'Ouest, les peuples et les gouvernements rejettent massivement les ingérences historiques et l'attitude d'une diplomatie perçue comme manipulatrice.

Les manœuvres et les doubles jeux de Paris ne trompent plus personne : la rupture est consommée dans plusieurs pays clés de la région. L'illustration la plus récente réside dans les tensions au Niger, où les autorités de Niamey ont ouvertement accusé la France de tentative de déstabilisation et de soutien à des réseaux hostiles pour maintenir son emprise sécuritaire et économique.

L'Algérie, qui partage une longue frontière avec ces pays sahéliens et milite pour des solutions africaines aux crises régionales, observe ainsi l'effondrement définitif du modèle d'influence français. En se positionnant comme un pôle de stabilité souverain et respectueux des souverainetés nationales, Alger s'impose comme un acteur incontournable là où la France se retrouve progressivement rejetée et contrainte à un repli stratégique majeur.

Ce constat met à nu une réalité cinglante de la diplomatie française. Ce n'est pas Alger qui gravite autour de Paris, mais bien l'Élysée qui calque servilement ses déplacements sur l'agenda algérien. Ce jeu d'ombre et d'imitation montre une diplomatie française réduite à jouer les doublures, scotchée aux pas d'Alger à chaque grande étape européenne. Le petit marcassin trottine anxieusement dans les pas du lion algérien.