Le quotidien espagnol El País a consacré, dans son éditorial publié le 27 juillet, une analyse à la responsabilité historique de l'Espagne dans le dossier du Sahara Occidental. Sous le titre « Deuda pendiente con la historia del Sáhara » (« Une dette en suspens envers l'histoire du Sahara »), le journal considère que Madrid demeure redevable envers le peuple sahraoui en raison de la manière dont s'est achevée la présence espagnole dans l'ancienne colonie en 1975.
 
Selon le quotidien, l'examen par les institutions espagnoles d'une proposition de loi visant à faciliter l'octroi de la nationalité espagnole aux Sahraouis nés avant le 29 septembre 1977, ainsi qu'à leurs descendants directs, constitue une reconnaissance tardive d'une responsabilité historique. Pour El País, cette initiative ne relève pas uniquement d'une mesure administrative, mais représente un acte de réparation envers une population qui entretenait un lien juridique et historique avec l'Espagne au moment de la décolonisation.
 
Dans son éditorial, le journal rappelle que le Sahara occidental est demeuré sous administration espagnole jusqu'en 1975. Il estime que le retrait de l'Espagne, sans mener à son terme le processus de décolonisation prévu par les Nations unies, a laissé un héritage politique et moral qui continue de peser sur les gouvernements espagnols successifs.
 Cette responsabilité, souligne El País, ne peut être effacée par le temps et justifie aujourd'hui des mesures en faveur des Sahraouis concernés.
 
Le quotidien considère également que l'accès facilité à la nationalité espagnole ne constitue pas une solution au conflit du Sahara occidental ni une remise en cause des négociations internationales sur le statut du territoire. Il y voit plutôt un geste de justice historique destiné à reconnaître les liens particuliers unissant l'Espagne et les Sahraouis ayant vécu sous administration espagnole.
 
Cette prise de position intervient dans un contexte où le Parlement espagnol a franchi une nouvelle étape dans l'examen de la proposition de loi. Le texte, soutenu par plusieurs groupes politiques, prévoit d'accorder la nationalité espagnole aux Sahraouis nés avant la fin de l'administration espagnole, sans obligation de résidence préalable en Espagne, tout en ouvrant cette possibilité à leurs descendants directs. Le projet devrait poursuivre son parcours législatif dans les prochains mois.
 
L'éditorial s'inscrit par ailleurs dans un débat plus large sur la place de l'Espagne dans le dossier sahraoui. Depuis le changement de position de Madrid en 2022 en faveur du plan marocain d'autonomie, la politique espagnole sur le Sahara Occidental fait régulièrement l'objet de débats dans la presse et au sein de la classe politique espagnole. El País estime toutefois que la reconnaissance d'une responsabilité historique envers les Sahraouis constitue une question distincte de la position diplomatique actuelle de l'Espagne sur le règlement du conflit.
 
Rasha Selmi