Par Hanane Ben

Alors que le débat sur la présence des migrants en situation irrégulière, notamment des Marocains, s'intensifie au sein de l'opinion publique algérienne, un récent communiqué du Ministère de la Défense Nationale (MDN) vient jeter un pavé dans la mare.

L'annonce du démantèlement d'une cellule criminelle liée au mouvement MAK à Tizi-Ouzou, comprenant quatre ressortissants marocains clandestins, réactive les craintes d'une entreprise de déstabilisation orchestrée depuis l'étranger.

Le timing et la composition du groupe démantelé interpellent. Selon les services centraux de la sécurité de l'Armée, cette cellule de six individus — dont quatre de nationalité marocaine résidant illégalement en Algérie — s'activait dans la wilaya de Tizi-Ouzou en pleine période des élections législatives. Leur objectif affiché: perturber le bon déroulement du scrutin.

Pour de nombreux observateurs, cette affaire conforte les appels de citoyens qui, depuis quelques années, réclament une plus grande fermeté des autorités face à l'immigration clandestine. Au cœur des discussions, un chiffre circule et suscite l'inquiétude: le nombre de ressortissants marocains établis de manière informelle en Algérie avoisinerait le million.

Si ce volume impressionnant a longtemps été toléré dans un esprit de fraternité maghrébine, il est aujourd'hui perçu à travers le prisme de la sécurité nationale. Plusieurs facteurs expliquent pourquoi cette présence massive suscite désormais une vigilance accrue: Le fléau du trafic de drogue.

Les frontières, bien que théoriquement fermées, restent le théâtre d'un flux massif de stupéfiants et de psychotropes, une criminalité transfrontalière perçue comme une tentative d'empoisonnement de la jeunesse algérienne.

La crainte des cellules dormantes. L'allégeance traditionnelle au trône alaouite fait redouter à certains l'existence de réseaux d'influence ou de renseignement activables à tout moment pour déstabiliser le pays de l'intérieur. L'ombre de l'alliance maroco-sioniste.

Le rapprochement stratégique et militaire entre Rabat et Tel-Aviv aggrave les tensions. La présence de l’Etat hébreu aux portes du pays transforme la question migratoire en un enjeu géopolitique majeur, où la suspicion d'ingérence n'est jamais loin.

Pour les analystes, les risques liés à cette porosité migratoire et à ces allégeances extérieures ne relèvent pas du fantasme, mais d'une réalité géopolitique déjà observée ailleurs. Le cas de l'Iran sert à cet égard de sérieux signal d'alarme.

Pendant des années, Téhéran a sous-estimé l'infiltration progressive de ses structures par des agents extérieurs. Aujourd'hui, il est largement documenté que le Mossad a réussi à implanter de véritables cellules dormantes au cœur même du territoire iranien.

Le Mossad a utilisé des flux migratoires, de fausses identités et de résidents en situation irrégulière pour installer des logistiques discrètes. Ces réseaux activés au moment opportun ont permis des opérations criminelles d’envergure en Iran, allant du sabotage de complexes nucléaires (comme à Natanz) à l'élimination de scientifiques et de hauts responsables militaires en plein cœur de la capitale. Sans oublier l’appui logistique à des mouvements séparatistes ou d'opposition locaux pour contester l'autorité de l'État de l'intérieur.

En transposant ce modèle au contexte maghrébin, la concomitance entre la présence de clandestins marocains et leur implication avec des mouvements subversifs comme le MAK prend une tout autre dimension.

Avec la présence désormais avérée de l’entité sioniste au Maroc, la crainte de voir l'Algérie faire face au même type de guerre de l'ombre et d'infestation que l'Iran devient l'argument central pour un contrôle migratoire strict et d'un retour immédiat des clandestins à la frontière.

La volonté de l'État algérien d'employer des mesures d'exception face aux menaces extérieures n'a rien de nouveau. Elle s'enracine dans une doctrine de fermeté absolue, illustrée par la décision historique du président Houari Boumediene en décembre 1975. Alors que le roi du Maroc Hassan II lançait sa «Marche verte» sur le Sahara Occidental, la réponse d'Alger fut immédiate, chirurgicale et impitoyable: l'expulsion massive et instantanée de 350 000 ressortissants marocains.

Le message de 1975 reste limpide: face à la trahison ou à la menace, l'Algérie ne négocie pas, elle tranche.

La république a déjà prouvé par le passé qu'elle savait vider son territoire des éléments hostiles du jour au lendemain pour préserver son intégrité.