Des experts en migration et en relations internationales ont souligné que le Makhzen exploite la crise sociale et la souffrance que vit le peuple marocain au quotidien à des fins politiques, utilisant la vie de ses citoyens pour faire du chantage à l'Espagne.

A cet effet, l'expert en sécurité et spécialiste des questions migratoires, Hassan Kacimi a déclaré à l'APS que les dernières images provenant des frontières entre le Maroc et l'Espagne son choquantes, voire graves, après que le Makhzen ait facilité l'afflux de dizaines de milliers de migrants vers la ville de Ceuta, faisant des dizaines de décès.

L'expert a ajouté que les témoignages des citoyens marocains parmi ceux qui ont été poussés vers Ceuta pour faire pression sur l'Espagne, confirment l'implication de l'armée royale marocaine dans ce grave complot qui a coûté la vie à 72 citoyens marocains, selon un bilan provisoire susceptible de s'alourdir au fur et à mesure de la poursuite des opérations de recherche des disparus, utilisés par le Makhzen pour faire du chantage à l'Europe afin d'obtenir des acquis politiques et financiers.

M. Kacimi a noté que le régime marocain utilise la souffrance de son peuple dans la politique de surenchère, saisissant ainsi la quête de ses citoyens des conditions d'une vie décente à l'autre rive de la Méditerranée pour faire pression sur Madrid, voire sur l'Union européenne (UE) pour atteindre ses objectifs étroits qui vont à l'encontre de la légalité internationale.

L'intervenant a souligné que l'exode collectif du peuple marocain, livré à son sort immédiatement après le discours du souverain marocain, témoigne de l'ampleur de la crise que vit le pays, ajoutant que le Makhzen a toujours planifié avec son allié l'entité sioniste, pour ébranler la sécurité et la stabilité de plusieurs pays africains et voilà qu'il tombe dans son propre piège, le monde assistant aujourd'hui à l'effondrement du Royaume du Maroc.

Selon lui, les vagues d'émigration massive du Maroc vers l'Espagne constituent une conséquence inévitable de l'échec des politiques du Makhzen et de la dégradation des services dans l'ensemble des secteurs vitaux, le régime ayant échoué à satisfaire les besoins les plus élémentaires de la population, soulignant la propagation rapide de la pauvreté dans toutes les régions du Royaume, ainsi que la hausse du chômage et la faiblesse du développement.

M. Kacimi a, en outre, mis en garde contre un scénario "dangereux" visant à vider le Royaume de sa population pour la remplacer par des colons sionistes, s'appuyant sur l'arrivée croissante de ces derniers au Maroc ces derniers temps et sur les nombreux avantages qui leur sont accordés, alors que les habitations de citoyens marocains sont détruites et leurs occupants déplacés.

Il a conclu en affirmant que l'Espagne connaît parfaitement les méthodes du Maroc, qui utilise la carte migratoire comme moyen de pression sur Madrid et sur l'UE, notamment dans des dossiers tels que la question du Sahara occidental, ajoutant que Madrid est pleinement conscient de ces risques et plaide aujourd'hui pour la mise en œuvre de solutions conformes aux résolutions des Nations unies et du Conseil de sécurité.

La souffrance humaine à la solde d'agendas politiques  

De son côté, le professeur de sciences politiques et de relations internationales, Idris Attia, a estimé que le Maroc a transformé la migration en un instrument de chantage politique, le citoyen marocain étant devenu un élément de l'équation de pression exercée sur l'Espagne et sur l'UE, notamment lorsqu'il s'agit d'obtenir un soutien à la position marocaine sur la question du Sahara occidental.

Le Makhzen sait que l'Espagne constitue le maillon le plus sensible du système européen face à la migration, en raison de sa position géographique, et que tout afflux massif de migrants engendre une pression politique et sécuritaire sur le gouvernement espagnol, avec des répercussions directes sur l'UE, d'où l'instrumentalisation, par le Makhzen de ce dossier dans sa politique de chantage, a-t-il fait observer.

Il a indiqué que l'intensification de la pression migratoire sur la ville de Ceuta pourrait amener l'Espagne à revoir sa politique à l'égard du Maroc, notamment en ce qui concerne les questions liées à la migration que le Makhzen exploite désormais à des fins de pression et de chantage.