Par Hanane Ben
L'Audiencia Nacional enquête sur un vaste réseau de corruption au sein du consulat général d'Espagne à Alger, accusé d'avoir délivré de manière frauduleuse des visas Schengen et des permis de séjour. Les membres de ce réseau contournaient les procédures légales et fermaient les yeux sur des dossiers falsifiés en échange de pots-de-vin pouvant atteindre 25 000 euros par famille, au détriment des demandeurs légitimes comme les étudiants ou les hommes d'affaires.
Le journal espagnol en ligne, The Objective, a révélé que la juge María Tardón a récemment étendu les poursuites à trois nouveaux employés locaux du consulat, dont la secrétaire du consul, ce qui porte à six le nombre total de personnes officiellement mises en examen dans ce dossier.
Parmi elles figure l'ancien chancelier et numéro deux de la représentation diplomatique espagnole, Vicente Moreno, considéré comme l'un des cerveaux de l'organisation. L'enquête cible également la société prestataire BLS, chargée de la gestion des rendez-vous consulaires, dont certains agents auraient facilité la fraude en donnant la priorité aux clients solvables pour la trame.
Sur le plan financier, les sommes versées en liquide à des intermédiaires en Algérie étaient ensuite rapatriées en Espagne. L'argent sale servait principalement à financer l'achat de véhicules et de biens immobiliers afin d'être blanchi. Les accusés font face à cinq chefs d'accusation graves, allant de l'atteinte aux droits des étrangers au trafic d'influences, en passant par le faux en écriture publique et l'appartenance à une organisation criminelle.
En réponse à ce scandale, le ministère des Affaires étrangères espagnol compte envoyer une mission d'inspection sur place à Alger et qui arrivera ce 20 septembre pour auditer le fonctionnement du consulat. De son côté, l'ancien chancelier a été libéré sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire espagnol. Il a depuis été réaffecté à Madrid au service du patrimoine du ministère, une mutation jugée trop indulgente par plusieurs diplomates espagnols, qui auraient préféré le voir privé de toute fonction.