Lors de la tenue de la campagne des élections régionales en Andalousie, le chef du parti d’extrême droite espagnol VOX Santiago Abascal a ravivé la polémique autour des relations entre Madrid et Rabat en relançant son projet de construction d’un mur en béton à la frontière avec le Maroc. Une initiative qui traduit, selon plusieurs observateurs, un durcissement du discours politique espagnol à l’égard du voisin marocain.

Lors d’un rassemblement électoral à Malaga, Santiago Abascal a accusé le Maroc d’utiliser l’immigration clandestine comme un instrument de pression et de chantage politique contre l’Espagne. Le dirigeant du parti Vox a estimé que la défense de la souveraineté espagnole à Ceuta et Melilla passe par un renforcement des dispositifs frontaliers et l’édification de « barrières plus hautes ».

Pour Isabelle Lourenço, chercheuse au Centre d’études africaines de l’Université de Porto, la construction d’un mur peut donner l’impression d’une réponse forte, sans pour autant constituer une solution politique durable. Selon elle, les murs déplacent les routes migratoires, favorisent les réseaux clandestins et finissent souvent par devenir des symboles davantage qu’un véritable instrument de gestion.

La chercheuse estime que les tensions entre l’Espagne, le Maroc et l’Union européenne dépassent la seule question migratoire et s’inscrivent dans un rapport de force plus large, mêlant enjeux diplomatiques, économiques et sécuritaires. Elle évoque également l’usage récurrent de la question migratoire comme levier de pression, ainsi que d’autres formes d’influence, notamment les soupçons d’espionnage liés à l’affaire Pegasus.

« On ne peut pas répondre à des violations répétées du droit international ou à des pratiques de pression politique par une simple architecture de béton », soutient Isabelle Lourenço. Pour elle, la véritable interrogation porte sur la cohérence européenne, la nature des accords conclus avec le Maroc et leur conformité aux principes démocratiques et juridiques.

Racha Selmi