Une bouc-émissairisation, aussi contestable sur le plan diplomatique qu’elle est malvenue sur le plan factuel, ne sert qu’à masquer l’impasse politico-économique et sociale dans laquelle se trouve la France.
Au-delà de la corruption qui affecte certains circuits politico-administratifs et portuaires, certaines pratiques associées à ce que d’aucuns qualifient de « système d’État » contribuent également à l’émergence de zones grises dans la lutte antidrogue. Justifiées au nom de la raison d’État et de l’efficacité opérationnelle, elles produisent parfois l’effet inverse de celui recherché : au lieu d’affaiblir durablement les réseaux criminels, elles renforcent leur capacité d’adaptation, de résilience et de reconfiguration.
Dans certains cas, ces mécanismes ouvrent même des brèches permettant l’acheminement et la diffusion de volumes importants de stupéfiants sur le marché français, transformant paradoxalement certains instruments de lutte en facteurs d’alimentation de l’économie du narcobanditisme.
e- Les zones grises de la lutte antidrogue entre raison d’État et pratiques controversées
Concernant l’existence d’un système de tolérance étatique et la pratique du fishing, que certains qualifient de « système d’État », plusieurs enquêtes journalistiques ont soulevé des interrogations sur certaines dérives dans la lutte antidrogue. A cet égard, le journaliste Emmanuel Fansten dans son ouvrage « Trafics d’État – Enquête sur les dérives de la lutte antidrogue » (éd. Robert Laffont – 2021), met en lumière des mécanismes opaques et des ramifications remontant jusqu’à de hauts niveaux institutionnels entre la France et l’Espagne.
Ce système consisterait notamment à :
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Laisser-passer tactique : Ce système repose sur une politique de fermer les yeux mise en œuvre au nom de la raison d’État : les autorités choisissent délibérément d’ignorer les flux de stupéfiants lorsqu’ils proviennent de pays partenaires stratégiques. C’est notamment le cas pour le trafic de cannabis en provenance du Maroc, où les impératifs géopolitiques priment sur la répression stricte, alimentant ainsi les marchés européens et africains sous le couvert d’une tolérance administrative calculée. Ce silence sur l’envahissement de la France par le cannabis est une contrepartie de la mission de proxy qu’effectue le Makhzen au profit de la France.
Ces laisser faire et laisser passer apparaissent aussi au niveau des activités du cartel maroco-néerlandais, Mocro-Maffia, qui active en France et qui menace très fortement la Belgique. Le groupe Mocro Maffia agit comme un importateur international massif de la drogue (Cocaïne et Cannabis), ayant des ramifications en Amérique Latine au Maroc et en Thaïlande. C’est auprès de ce cartel que la DZ Mafia s’approvisionne en drogue.
Dans ce cadre, la lutte contre le narcotrafic est reléguée au second plan pour préserver des alliances stratégiques ou obtenir des contreparties majeures tel le rôle que joue le Maroc en tant rampe de lancement en direction des pays du Sahel.
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La doctrine du Fishing
Le fishing, ou pêche au gros, désigne un ensemble de dispositifs d’action publique par lesquels l’État accepte, sous encadrement juridique et opérationnel, de laisser advenir certaines infractions, notamment le transit de cargaisons de stupéfiants par voie aérienne, maritime ou terrestre, afin de produire les conditions optimales de leur traçabilité, de leur exploitation informationnelle et de leur captation répressive. Il ne s’agit plus uniquement d’interrompre une chaîne criminelle, mais d’en accompagner temporairement le déploiement afin d’en maximiser la lisibilité stratégique.
Ces dispositifs, qui comprennent Livraison Surveillée, l’Infiltration et le Coup d’Achat, s’inscrivent dans un arsenal de techniques spéciales d’enquête consacrées par les conventions internationales, notamment la Convention de Vienne de 1988 contre le trafic illicite de stupéfiants et la Convention de Palerme de 2000 relative à la criminalité transnationale organisée. Toutefois, leur formalisation juridique ne doit pas occulter leur portée systémique : ils participent d’une transformation profonde des rationalités étatiques de sécurité, désormais orientées vers la gestion différenciée des illégalismes plutôt que leur simple répression.
Dans cette perspective, la lutte antidrogue ne renvoie plus à un affrontement binaire entre un État et un extérieur criminel, mais à un dispositif interne de gouvernement des flux illicites. Dans une lecture inspirée de Foucault, elle participe d’une économie politique des illégalismes où l’interdit n’est pas supprimé mais modulé, hiérarchisé et partiellement intégré aux mécanismes de régulation. Le crime devient un objet de savoir, de tri et d’optimisation stratégique, intégré à des dispositifs de surveillance qui en prolongent paradoxalement l’existence tout en prétendant la réduire.
C’est dans cet entre-deux que certains travaux, dont ceux d’Emmanuel Fansten, identifient ce qu’ils qualifient de « système d’État » : non pas une dérive marginale, mais une configuration structurelle dans laquelle appareils répressifs et économies criminelles s’inscrivent dans une même matrice relationnelle. L’État n’y apparaît plus comme une instance extérieure au narcobanditisme, mais comme un opérateur central de sa gouvernementalité indirecte.
Cette logique trouve une expression particulièrement significative dans les circuits portuaires et logistiques, au cœur des dynamiques contemporaines du narcobanditisme. Les ports, plateformes aériennes et corridors maritimes constituent des nœuds critiques de la mondialisation des flux, où s’entrelacent marchandises légales et illégales dans des systèmes de conteneurisation, de sous-traitance et de fragmentation des responsabilités. Dans ces espaces, les dispositifs de surveillance coexistent avec des zones de tolérance, des défaillances organisées ou des intermédiations opaques, rendant possible l’insertion structurelle des réseaux criminels dans les chaînes logistiques globales.
Ainsi, le narcobanditisme ne peut être compris uniquement comme une externalité criminelle, mais comme une forme d’appropriation des infrastructures de la mondialisation. Il s’inscrit dans une économie politique des flux où les organisations criminelles exploitent les mêmes architectures que le commerce licite, tout en s’articulant, par moments, aux zones grises produites par les dispositifs étatiques eux-mêmes. La porosité observée dans certains circuits portuaires n’est donc pas un accident, mais l’un des effets structurels d’un mode de gouvernement des illégalismes fondé sur la gestion, la délégation et la segmentation des risques.
Dès lors, la frontière entre appareil de lutte et objet de la lutte se reconfigure au sein d’un continuum fonctionnel. La rationalité sécuritaire se combine à une logique de régulation des flux, produisant un espace hybride où se superposent contrôle étatique, logistique mondiale et économie criminelle. Loin d’une opposition frontale, c’est une co-constitution des rationalités qui apparaît, dans laquelle le narcobanditisme et les dispositifs de sécurité se développent au sein d’un même champ de contraintes et d’opportunités.
Ceci dit que l’État, à travers certains de ses services spécialisés, glisse d’un rôle de répression à un rôle de co-gestionnaire ou de régulateur du trafic.
Au-delà des controverses entourant certaines méthodes contemporaines de lutte antidrogue précédemment évoquées, l’histoire des Services de renseignement français révèle que le recours à des intermédiaires issus des milieux criminels ou du grand banditisme constitue une pratique ancienne, régulièrement justifiée par les impératifs opérationnels et les exigences de la raison d’État.
f- Services français, narcobanditisme et raison d’État : les liaisons dangereuses de Jo Attia à l’opération Barkhane »
Ces pratiques de recrutement dans les milieux narcotiques ont été aussi enregistré pendant la Révolution de libération nationale. Durant, le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) - l’ancêtre de la DGSE française - ainsi que le Service d’action civique (SAC) - faux nez des services -, ont recruté et composé avec des membres du milieu narco-criminel corse et marseillais pour éliminer des militants du FLN sur le territoire métropolitain ou à l'étranger. Parmi les plus sinistres narco-criminels citant Jo Attia ou les frères Guérini au profit desquels les cadres de la SDECE fermaient les yeux sur les activités de trafic d’héroïne vers les États-Unis.
On trouve aussi, le SDECE comme partie prenante dans le trafic de drogue pour financer ses activités en Indochine.
La DGSE a été connu aussi via des montages d’opérations, notamment celle de l’exfiltration de deux anciens militaires (sic) impliqués dans une affaire de drogue de 700 kilos de cocaïne dans un jet privé Falcon 50, dite « Air cocaïne » début 2013 en république dominicaine.
Et comme toujours Mout3awida, on retrouve la DGSE, sous les coulisses de l’Opération Barkhane au Mali et au Niger. Les services français s’appuient sur des notables locaux, dont certains sont notoirement impliqués dans les couloirs de transit de la drogue ou avec les narcoterroristes comme l’ex-Mujao, pour la libération des otages français ou d’obtenir des informations sur les groupes narcoterroristes.
Parmi ces intermédiaires on trouve :
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Baba Ould Cheikh, l’ex maire de Tarkint, qui, en plus d’être impliqué dans l’incident « Air Cocaïne » de 2009 au Mali, était surnommé « mon bandit » par le président Touré, en référence à son rôle de médiateur dans les négociations visant à faire libérer des diplomates étrangers enlevés par Al-Qaeda au Maghreb islamique
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Chérif Ould Taher, le parrain de la drogue au Mali, avait servi d’intermédiaires pour la libération des otages.
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Moustapha Ould Limam Chafi un proche des narcoterroristes et ancien conseiller de l’ombre chargé des « bons offices » de Blaise Compaoré dans les libérations des otages occidentaux au Mali. Moustapha Chafi est impliqué par le duo franco-marocain dans toutes les affaires liées au narcoterrorisme et proses d’otages.
Et je m’arrête là au narcobanditisme sinon je vais me retrouver dans d’autres affaires et montage de la DGSE pour déstabiliser l’Algérie, comme celle de Aissaoui Mohamed Amine.
En somme, si la Realpolitik française et la raison d’État sont souvent invoquées pour justifier des pratiques, l’instrumentalisation tactique d’acteurs criminels à des fins opérationnelles crée un cercle vicieux. En effet, cette stratégie risque d’accroître la puissance de ces réseaux, leur fournissant les moyens financiers, notamment via les rançons pourtant prohibées par le droit international, nécessaires pour intensifier leurs activités criminelles et terroristes.
Enfin, si un simple promeneur, comme moi, parvient à glaner quelques pailles dans un immense champ de blé, que dire alors des bottes de foin accumulées dans les archives, les bases de renseignement et les ordinateurs des services spécialisés ? Il est permis de penser que la réalité est infiniment plus riche que ce qui apparaît à la surface.
Peut-être qu’une botteleuse me laissera encore quelques pailles pour une prochaine publication. Est c’est au VAR de m’indiquer où se trouve le fil des bottes de foin.
Et comme c’est flagrant, On ne peut cacher le Soleil avec un Tamis appelé DZ : Walfahem Yafhem, ya Si Moussa.
DR Benali
Lire Parties 1 & 2 :