Des organisations allemandes et internationales de défense des droits humains ont alerté sur le rôle des Emirats arabes unis dans la prolongation de la crise au Soudan et l'aggravation des violations des droits humains contre les civils, compte tenu du soutien financier, militaire et logistique continu apporté aux Forces de soutien rapide (FSR).
Contestant la visite attendue du président des Emirats arabes unis à Berlin, la "Société allemande pour les peuples menacés" avait annoncé, via sa page officielle, un rassemblement et une marche jeudi à Washingtonplatz à Berlin, sous le slogan "Soudan : Non aux accords avec les commanditaires de guerre". Ce rassemblement visait à condamner le soutien financier et militaire des Emirats aux FSR qui, selon l'ONG, leur permet de poursuivre leur guerre contre les civils et alimente l'escalade des violations et la catastrophe humanitaire au Soudan.
L'ONG allemande a déclaré, dans un communiqué, que les Emirats apportaient un soutien financier et militaire à ces forces, leur permettant de poursuivre le conflit en perpétrant des violences extrêmes contre la société civile au Soudan, selon le quotidien allemand Die Welt.
Cette déclaration intervient quelques jours après la publication d'un rapport de la Mission internationale indépendante d'établissement des faits sur le Soudan, qui a documenté l'existence de réseaux extérieurs fournissant aux Forces de soutien rapide des armes, du matériel militaire, une formation, un soutien logistique et des combattants. Dans le même contexte, Human Rights Watch (HRW) avait appelé les autorités allemandes à aborder la question du rôle des Emirats au Soudan lors de la rencontre entre le président émirati et des responsables allemands à Berlin.
La HRW a ajouté que le groupe Global Security Services, basé à Abou Dhabi, a recruté des centaines de mercenaires colombiens depuis 2024, déployés au Soudan aux côtés des FSR, alors que des violations massives des droits humains sont signalées. L'Organisation a également appelé les Etats membres de l'UE à enquêter sur le rôle de cette entreprise et son PDG, soulignant la nécessité d'un embargo européen sur les armes à destination des Emirats.
Par ailleurs, le Financial Times a publié une lettre d'Amjed Farid al-Tayeb, conseiller politique du Conseil de souveraineté de transition soudanais, affirmant que les Emirats ont mis en place une structure commerciale facilitant la contrebande et le blanchiment des profits de l'or soudanais, et que les revenus générés par ces réseaux peuvent servir à financer la poursuite du conflit par les FSR.
Mercredi, Amjed Farid avait déclaré aux médias soudanais que les Emirats s'étaient efforcés d'empêcher la transmission d'un rapport de l'ONU sur le Soudan au Comité des sanctions du Conseil de sécurité. Il a expliqué que ce rapport contenait des documents et des preuves concernant le soutien apporté aux FSR et a affirmé qu'Abou Dhabi avait œuvré pour empêcher qu'il emprunte le circuit des sanctions au sein de l'ONU.
Ces positions, confortées par les conclusions de l’enquête de l’ONU, placent le rôle des Emirats arabes unis dans le conflit soudanais au cœur des critiques internationales en matière de droits humains, alors même que ses répercussions se font encore sentir dans le pays depuis avril 2023 et que son impact sur les civils s’aggrave, avec des déplacements de population continus et une crise humanitaire qui s’intensifie