Par Hanane Ben

Le vote du Parlement européen le 17 juin 2026 concernant la création de « hubs de retour » (ou centres de rétention hors des frontières de l'Union européenne) suscite en effet de vives réactions et illustre une fracture politique profonde sur la gestion migratoire. Ce texte marque un durcissement net de la politique migratoire européenne.

Le député européen Pierre Jouvet (représentant la gauche/le Parti socialiste) exprime une opposition politique et éthique absolue. Il accuse la droite et l'extrême droite non seulement d'avoir voté ce texte, mais de s'en réjouir, ce qu'il juge indécent face à la souffrance humaine.

«Quelle honte ! Quelle cruauté ! La droite et l’extrême droite fêtent l’adoption d’une politique migratoire qui acte l’enfermement de longue durée d’enfants étrangers dans des camps de rétention à l’autre bout du monde où leurs droits ne peuvent être garantis. Une célébration inhumaine et un triste jour pour les droits humains», s’est indigné Pierre Jouvet, soulignant que ce règlement « retour » est digne de Trump.

Les critiques dénoncent le risque d'externalisation des frontières vers des pays tiers où le respect des droits fondamentaux — en particulier l'intérêt supérieur de l'enfant et le droit d'asile — ne peut être rigoureusement contrôlé ni garanti. L'enfermement, même temporaire, de mineurs est perçu par ces acteurs comme une régression humanitaire majeure.

Dans la même veine, la députée européenne belge Saskia Bricmont (du groupe des Verts/Alliance libre européenne) exprime une indignation profonde, à la fois politique et viscérale, face à l'adoption de ce texte. Selon elle, ce règlement n'est pas seulement une loi technique contre l'immigration illégale, mais une attaque globale qui touche les enfants, le droit au logement, les droits de l'homme et même les citoyens européens qui font preuve de solidarité.

« On parle ici d’enfermer des enfants, de légaliser les visites domiciliaires et d’organiser des camps de détentions aux frontières de l’UE. Ce vote en commission criminalise encore plus les personnes migrantes et fragilise celles et ceux qui leur apportent assistance et solidarité. C’est à l’opposé des valeurs d’une Europe fondée sur la dignité humaine, le respect du droit international et la solidarité », a expliqué Saskia Bricmont, précisant que ce vote marque une étape dramatique dans l’alignement de la politique migratoire européenne sur les obsessions sécuritaires et xénophobes de l'extrême droite.

La députée belge a lancé un cri du cœur et un cri d'alarme. Elle veut marquer l'histoire de ce vote comme un jour de deuil pour les droits humains, tout en exprimant le brio de la résistance politique pour l'avenir. « Cette vision me dégoûte. Elle donne aussi la mesure du travail qui nous attend pour reconstruire une Europe qui protège les droits fondamentaux, qui fait preuve d’humanité et qui prend soin des plus vulnérables », s’est-elle indignée et de renchérir : «J’ai honte. J’ai honte de mon Europe. Ce soir j’ai la nausée !».

Désignant précisément les coupables de ce basculement, «ce soir, la droite conservatrice, l’extrême droite et une partie des libéraux ont validé ensemble l’accord sur le règlement retours », elle formule une sentence définitive qu’elle veut graver dans l'histoire de l'Union européenne comme une faillite morale collective : « L’accord de la honte ».