Par Hanane Ben
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, vient de jeter un véritable pavé dans la mare diplomatique. C’est à l’issue de ses entretiens avec son homologue ghanéen, Samuel Okudzeto Ablakwa, et lors d’une conférence de presse conjointe, que le chef de la diplomatie russe a directement ciblé Paris et Kiev.
Commentant l'action en Afrique de l’Africa Corps — la structure sous tutelle du ministère russe de la Défense —, Lavrov a accusé sans détour la France et l'Ukraine de soutenir des groupes armés illégaux dans la région.
Selon lui, les acteurs qui orchestrent et financent ces opérations depuis l'étranger ne se contentent plus de faire appel à des mercenaires ukrainiens, mais mobilisent de véritables militaires, une évolution qu'il juge particulièrement préoccupante.
Poussant l'offensive encore plus loin, Sergueï Lavrov a martelé que ces menaces terroristes qui pèsent sur le continent sont orchestrées par des États incapables d'accepter la perte de leur passé colonial. Et cette fois, la charge contre Paris est explicite et sans ambiguïté : « ce n'est un secret pour personne que la France s'en charge, en collaborant directement avec des groupes armés illégaux, en les armant, les finançant et les encadrant.
Dans le même temps », tout en s'appliquant à légitimer la présence de son propre pays. Il a souligné que l’Africa Corps opère sur une base strictement légale, en réponse aux demandes officielles des gouvernements légitimes des pays africains. Selon Lavrov, ces unités russes ne font qu'accomplir les missions que ces autorités leur confient souverainement, en premier lieu celles visant à repousser les attaques terroristes.
Cette accusation, loin d'être isolée, vient faire écho à une conviction de plus en plus partagée : malgré les revers subis et son expulsion successive de plusieurs pays du continent, la France refuse d'accepter la fin de son pré carré africain. Pour toute personne lucide sur les dynamiques en cours, Paris semble prête à tout pour reprendre pied dans la région.
Son double jeu est désormais à découvert : attiser sournoisement l'instabilité et alimenter le terrorisme pour affaiblir les États souverains, avant de revenir en pompier pyromane pour proposer ses services sécuritaires et s'infiltrer à nouveau dans les rouages du pouvoir. Une stratégie de déstabilisation orchestrée qui explique la méfiance grandissante et le rejet sans appel de l'ancienne puissance coloniale.
Pour Moscou, cette offensive verbale dépasse largement le seul cadre africain : il s'agit d'une riposte directe à la rhétorique d'Emmanuel Macron, qui n'a cessé de présenter la Russie comme une menace existentielle pour l'Europe tout en attisant le conflit ukrainien au lieu de chercher une issue diplomatique.
Excédé par ce qu'il considère comme une propagande orchestrée par les médias français pour dépeindre la Russie en ennemi numéro un, Sergueï Lavrov n'y est pas allé de main morte pour démonter cette posture jugée arrogante. En frappant Paris là où sa diplomatie est la plus vulnérable — sur le terrain africain —, le chef de la diplomatie russe règle ses comptes avec une France accusée d'entretenir un double discours permanent.
De ce fait, Moscou saisit parfaitement l'opportunité : en surfant sur la vague de rejet massif des peuples africains envers l'ancien colonisateur, la Russie s'engouffre dans la brèche et consolide sa présence. Désormais bien installée en alternative stratégique et sécuritaire, Moscou n'a absolument aucunement l'intention de lâcher prise, scellant ainsi un glissement géopolitique majeur sur le continent.
Sur le plan sécuritaire et régional, Sergueï Lavrov a plaidé pour une coopération étroite entre la CEDEAO et l'Alliance des États du Sahel (AES).
Saluant les initiatives du président ghanéen John Dramani Mahama pour apaiser les tensions, il a affirmé que Moscou était prêt à appuyer la normalisation des relations entre ces deux blocs pour surmonter des divisions jugées artificielles.
Dans cette optique, le chef de la diplomatie russe a rappelé sa récente tournée africaine et a annoncé la signature d'un protocole d'accord entre la Russie et la CEDEAO, ciblant notamment le domaine de la sécurité.
Loin de tempérer le discours de son invité, le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, s'est aligné sur cette dynamique en saluant le rôle décisif de la Russie dans la stabilisation du Sahel. Tout en se réjouissant de l'appui offert par les partenaires internationaux, le chef de la diplomatie ghanéenne a fermement rappelé la doctrine d'Accra : les décisions concernant l'Afrique doivent être prises souverainement par les Africains eux-mêmes, sans ingérence extérieure.
Un message clair traduisant le rejet croissant des influences occidentales — et en particulier de la France — au profit d'une coopération choisie et renforcée avec Moscou.