Hanane Ben

Sous le titre incendiaire « Libé et RSF : une association de malfaiteurs qui donne le coup de grâce aux journalistes assassinés à Gaza », le célèbre journaliste de guerre, Jacques- Marie Bourget s'est donné un malin plaisir à essuyer le parquet avec les cartes professionnelles des journalistes stipendiés de Libé et de RSF.

Le quotidien, épaulé par cette officine qu'est RSF, vient d'atteindre le sommet de l'abjection : publier un article infâme qui ne se contente pas de passer sous silence le massacre des reporters à Gaza, mais qui va jusqu'à les criminaliser après leur mort.

L'indignation de Bourget est à son comble. Il explique d’emblée comment cet article infâme est arrivé jusqu'à lui (via la naïveté de ses proches) tout en démontant d'emblée l'autorité morale de Libé, qu'il ne considère plus que comme un organe d'influence.

Libération vient de franchir un nouveau cap dans l’ignominie. Dans une double page ouvertement alignée sur l’appareil de propagande d’État sioniste et alimentée par les éléments de langage de Reporters sans Frontières, le quotidien s’interroge sans vergogne : « Gaza, journalistes ou combattants ? ». Sous la plume d’un journaliste de salon qui n'a jamais vu du terrain que les pistes de l'aéroport de Roissy, le journal se pique d'omniscience. Mais le plus abject, pour Bourget, reste la caution apportée par RSF. L’organisation, complice par choix, livre elle-même le permis de tuer en affirmant que les reporters tués au sein de groupes armés « ne peuvent plus être considérés comme des journalistes ». RSF retire, donc, à des confrères ciblés sous les bombes leur qualité d'informateurs pour avaliser leur élimination, s’indigne-t-il, en dévoilant le moteur financier, américain et israélien, derrière la position de cette « fanfare d’influenceurs ». Et Bourget d'asséner cette formule cinglante : « S’il ne s’agissait de confrères morts, on pourrait rire dans le cimetière. Celui creusé par Libé- RSF ».

Bourget passe ensuite au crible la méthodologie de l'article pour en démontrer la vacuité. Il s'en prend à la vision hors-sol de la « neutralité » défendue par Le Borgne depuis sa rédaction parisienne, dénonçant un critère de tri grotesque où la seule publication d'une nécrologie par le Hamas suffit à déchoir un reporter mort de son statut de journaliste. Pour orchestrer cette purge post-mortem, l'auteur s'appuie sur CheckNews, le dispositif de vérification de Libération que Bourget qualifie d'« usine à gaz » en circuit fermé. Selon lui, le quotidien ne fait que s'auto-valider en se faisant la courte échelle entre sa rubrique de fact-checking et sa ligne éditoriale ordinaire, transformant une opération d'information en une véritable mascarade qu'il résume d'un mot : le cirque.

Bourget pousse ensuite la logique de Libération jusqu'à l'absurde en bousculant le raisonnement vers l'histoire française. Il dresse une analogie cinglante avec la Résistance : si l'on appliquait la grille de lecture de Le Borgne et de RSF, les plus grandes figures du journalisme résistant — de Camus à Mauriac en passant par Brossolette — devraient elles aussi être déchues de leur statut de journalistes pour cause d'engagement armé ou politique contre l'occupant. Ironisant sur sa propre position de cible historique du Mossad plutôt que d'informateur du journal, Bourget attend avec une ironie mordante que Libé applique ses nouveaux critères d'épuration aux figures du Panthéon.

Pour parachever sa démonstration, Bourget déploie son ultime charge satyrique en étendant la méthode de Libé-RSF à la guerre d'Espagne. Il évoque des géants du journalisme engagé — d'Orwell à Capa, en passant par Hemingway, Taro ou Kessel — en feignant d'attendre la « seconde semaine » où l'appareil de CheckNews viendra expurger leurs noms des annales de la profession. En poussant le tribunal « RSF-Libé » jusqu'à cette ultime incohérence, Bourget met à nu la logique profonde de leurs critères : interdire le titre de journaliste à quiconque prend le risque de combattre la barbarie.

Ce pamphlet du grand journaliste français de guerre ne vient pas seulement dénoncer une démission morale des médias de son pays, il signe l'acte de décès d'une presse de salon qui achève symboliquement ses propres confrères sous les décombres.