Par Hanane Ben
La guerre du patrimoine menée contre l’Algérie par le voisin de l’Ouest a pris une ampleur inédite ces dernières années, notamment avec l'avènement des réseaux sociaux.
L'Algérie, forte de son histoire millénaire — des fresques du Tassili n'Ajjer aux royaumes numides, en passant par les dynasties islamiques et l'architecture ottomane —, voit des pans entiers de son patrimoine ancestral faire l'objet de tentatives d'appropriation systématiques par un royaume qui n’a d’histoire, en somme, que celle de Bousbir et de son créateur le maréchal Lyautey.
Ce révisionnisme culturel, orchestré à coups de clics et de propagande numérique, tente ainsi de masquer un vide mémoriel en s'accaparant les richesses d'autrui.
Ce qui est nouveau, c’est que l'appropriation ne se fait plus seulement par des discours ou des décrets, mais par le rachat compulsif et secret du patrimoine matériel algérien via des plateformes de seconde main où l’on achète l’histoire au kilos pour se l’approprier.
Des Algériens, jaloux de leur patrimoine, ont tiré la sonnette d’alarme sur cette nouvelle méthode de captation de l’héritage algérien notamment après le scandale qui a secoué les couloirs de l'Unesco, où des pièces maîtresses du vestiaire traditionnel algérien, à l'instar de la Chedda de Tlemcen, ont été achetées en secret sur la plateforme Vinted pour être frauduleusement exhibées sur les podiums sous la bannière marocaine.
D’ailleurs, des activistes marocains ont attaqué, physiquement et verbalement, les Algériens présents lors de l’événement la Semaine africaine 2026, organisé par l’Unesco. L'ambassade d'Algérie en France ainsi que le ministère algérien de la Culture ont fermement dénoncé une agression ignoble visant le stand Algérie.
Pareil, lors de la Foire de Paris, en mai de cette année, le pavillon algérien, qui exposait des produits artisanaux et des tenues traditionnelles, a été pris pour cible par des Marocains. Des vidéos largement relayées ont montré des bousculades majeures, des insultes et des agressions physiques directes contre des exposantes algériennes (une vendeuse de produits traditionnels a même été physiquement blessée et mordue durant l'altercation).
Les lanceurs d’alerte algériens ont découvert une véritable razzia numérique où des acheteurs marocains se jettent de manière compulsive sur la moindre pièce du vestiaire traditionnel algérien ancien. Karakous, Caftans d’Alger, Blousas ou Cheddas de Tlemcen : tout ce qui porte l'empreinte de la transmission et des siècles est traqué, racheté en secret, puis détourné.
Il s’agit de véritables pièces authentiques brodées par des mains algériennes, des habits traditionnels qui, parfois, ont cent ans de vie et se retrouvent entre les mains de Marocains via une application de vide-grenier, transformée en outil de spoliation identitaire.
Cette razzia ne s'arrête pas aux frontières du vestiaire : elle s'étend à une spoliation gastronomique et musicale méthodique, où les mélodies séculaires du Raï et du Gharnati, entre autres, sont détournées au même titre que les secrets de notre table, dans une vaine tentative de s'attribuer la paternité d'un raffinement citadin purement algérien reconnu mondialement.
La réappropriation de l'histoire antique et médiévale de l’Algérie n’est pas en reste. Les Marocains ont tenté farouchement, sans résultat, de déraciner des figures historiques clés de leur berceau algérien, telles que des figures numides comme Massinissa, Jugurtha ou Juba II, des figures de la résistance ou de la pensée comme Saint Augustin (né à Souk Ahras).
Cette agression culturelle sur Vinted représente un prolongement numérique d’une vieille névrose géopolitique : celle des frontières. Incapable d’accepter la profondeur historique et territoriale de l’Algérie, le Maroc tente de redessiner les cartes par la spoliation textile, musicale et gastronomique.
Le plus sidérant dans l’histoire, c'est qu'ils ne se cachent même plus et arborent ce vol avec une fierté déconcertante. C'est avec un culot monumental et une impudence totale qu'ils s'affichent avec des trésors qui ne leur appartiennent pas, fiers de parader avec un butin culturel qu’ils n'ont ni créé, ni hérité, mais simplement usurpé au grand jour.
Si ce passage du pillage virtuel à la mise en scène physique révèle quelque chose, c’est bien la pauvreté d'un récit national marocain acculé à brocanter l'identité de son voisin pour s'inventer un faste qu'il n'a pas.
L'Algérie, quant à elle, intensifie ses efforts institutionnels (classements Unesco, création de musées, numérisation) pour verrouiller et labelliser son héritage face à ces tentatives d'appropriation et de spoliation d’un voisin en quête d’identité.