La «Coalition civile pour la montagne» a appelé les autorités marocaines à adopter en urgence une politique nationale intégrée pour le développement des régions montagneuses et à promulguer une loi spécifique garantissant les droits au développement de leurs habitants.
 
Cette revendication intervient après une marche pacifique organisée jeudi dernier par les habitants de plusieurs douars des communes d'Agoudim et d'Anemzi, dans la province de Midelt, pour dénoncer la persistance de la marginalisation et de l'exclusion.
 
Dans un communiqué, la coalition estime que ces protestations démontrent que la situation d'isolement des zones montagneuses a peu évolué depuis le drame des enfants d'Anfgou. Elle souligne que les populations continuent de subir des difficultés structurelles transmises de génération en génération et réclament des droits fondamentaux : désenclavement, réhabilitation du réseau routier, accès à l'eau potable, amélioration des services de santé et levée des restrictions jugées injustifiées à la construction en milieu rural.
 
Tout en saluant l'ouverture d'un dialogue par les autorités locales, la coalition met en garde contre une politique fondée sur les promesses circonstancielles. Elle estime que les expériences passées ont montré que les engagements non suivis d'effets alimentent la perte de confiance et favorisent le retour des tensions sociales. Elle appelle ainsi à la mise en œuvre rapide des engagements pris par le gouverneur de Midelt et à une réponse concrète aux revendications dans des délais précis.
 
Pour Isabelle Lourenço, chercheuse au Centre d'études africaines de l'Université de Porto, ces manifestations qui se poursuivent dans plusieurs régions du Maroc ne peuvent être réduites à un simple épisode de colère sociale. Elles s'inscrivent dans une crise plus profonde, accumulée depuis des décennies, où se croisent marginalisation territoriale, promesses non tenues, centralisation des ressources et exclusion durable de larges pans de la population.
 
Selon elle, ces mobilisations révèlent l'effritement progressif du récit officiel présentant un Maroc stable et engagé sur la voie d'un développement harmonieux. Cette image se heurte, affirme-t-elle, à une réalité marquée par la persistance de la pauvreté, les inégalités régionales et les difficultés d'accès à la santé, à l'éducation, à l'emploi et aux infrastructures, notamment dans les territoires historiquement qualifiés de « Maroc non utile ».
 
La chercheuse estime que le contraste entre le discours officiel de modernisation et les difficultés quotidiennes rencontrées par une partie de la population devient de plus en plus visible. Elle relève également que les choix budgétaires, sécuritaires et diplomatiques du royaume alimentent un mécontentement grandissant.
 
Isabelle Lourenço considère enfin que ces manifestations dépassent le cadre de revendications locales. Elles traduisent, selon son analyse, l'essoufflement d'un modèle politique fondé sur de profondes disparités territoriales et sociales. À mesure que les inégalités se creusent, conclut-elle, les mécanismes d'exclusion et de marginalisation apparaissent plus clairement, mettant en évidence les limites du modèle de gouvernance actuel.
 
Racha Selmi