Par Rasha Selmi
 
La saisie ce samedi 8 août, de plus de 10,5 tonnes de haschich en Espagne et l'arrestation de 57 personnes remettent en lumière l'ampleur d'un trafic dont les ramifications dépassent largement les frontières espagnoles. Selon les autorités espagnoles, la drogue provenait du Maroc avant d'être acheminée vers Madrid puis redistribuée en Espagne et vers d'autres réseaux européens.
 
Un trafic à dimension internationale
 
L'opération menée par la Police nationale espagnole a permis de démanteler un vaste réseau actif dans plusieurs provinces. Outre le haschich, les enquêteurs ont saisi 1,1 tonne de marijuana, des véhicules, de l'argent liquide, une arme et du carburant destiné au ravitaillement de narcolanchas.
 
L'affaire confirme surtout la puissance logistique des filières de cannabis dépendantes du Maroc à l'Europe. Europol considère le Maroc comme la principale source de résine de cannabis destinée au marché européen, faisant du royaume un maillon central de cette économie criminelle.
 
Le Maroc au cœur des routes du haschisch
 
Les saisies répétées en Espagne, en France et dans d'autres pays européens montrent que le trafic ne repose pas sur quelques passeurs isolés. Il s'appuie sur des réseaux organisés, capables d'assurer le transport maritime, le stockage, la distribution et le blanchiment des bénéfices.
 
Cette économie criminelle constitue une menace pour l’Europe, mais également pour l’Afrique du Nord. L'Algérie, située au cœur du Maghreb et à proximité immédiate des principales routes méditerranéennes, est directement concernée par l'expansion de ces réseaux.
 
Le narcotrafic ne représente plus seulement une question de stupéfiants : il alimente une criminalité transnationale capable de générer des capitaux, de financer des infrastructures clandestines et de renforcer d'autres activités.
 
Le « Makhzen » sous pression
 
La persistance de ces flux pose inévitablement la question de la responsabilité du Maroc. Il serait légitime d'affirmer que l'opération espagnole établit une complicité directe du Makhzen dans ce réseau précis. Comment expliquer que le Maroc demeure, année après année, la principale source de résine de cannabis entrant sur le marché européen ?
 
Cette réalité nourrit les accusations de laxisme, de tolérance et de complaisance du pouvoir marocain, envers une économie clandestine dont les ramifications s'étendent désormais bien au-delà du royaume.
 
Pour l'Algérie, l'Afrique et l'Europe, l'enjeu est donc le même : tarir les sources d'approvisionnement, démanteler les réseaux financiers et logistiques et s'attaquer aux structures qui permettent à cette économie criminelle de prospérer. 
 
Derrière chaque cargaison interceptée se trouve une réalité plus vaste : tant que la source reste active, les routes du haschisch continueront de traverser la Méditerranée.