Le scandale du logiciel espion de l'entité sioniste utilisé par les services du renseignement marocains n'a pas livré tous ses secrets, comme l'attestent les dernières révélations.

Aujourd'hui, il ne s'agit pas des pays considérés comme hostiles au régime du Makhzen, ou des opposants marocains et sahraouis, mais bel et bien des pays et personnalités qualifiés d'amis. 

Dans ce nouveau feuilleton, nous citons l'exemple du Gabon et de la dynastie des Bongo. Le Gabon a été une destination privilégiée de Mohamed VI, avant la chute des Bongo. 

Selon les dernières révélations, les services de renseignement du régime du Makhzen auraient ciblé en mars 2019, l’entourage de l’ex-président Ali Bongo avec le logiciel espion Pegasus. 

Noureddin Bongo Valentin, fils d'Ali Bongo, et Brice Laccruche Alihanga, son directeur de cabinet, figurent sur une liste de cibles potentielles du logiciel espion Pegasus

Y figurent aussi les numéros des téléphones des  des principaux opposants d'Ali Bongo, candidats à l'élection de 2016 : Jean Ping, l'illustre diplomate de renommée mondiale et Dieudonné Minlama Mintogo.

Les nouvelles révélations reviennent  au mois  d'octobre 2018,quand l'ancien président gabonais, fils du dictateur Omar Bongo, ami de Hassan II et acteur-clé de laFrançafrique, est victime d’un AVC. Après une convalescence d’un mois en Arabie Saoudite, il est évacué à Rabat, au Maroc, le 28 novembre dela même année.

Moins de deux mois plus tard, un putsch raté fragilise un peu plus le pouvoir. Mené par le lieutenant Kelly Ondo Obiang, un membre de la garde républicaine, le coup d’État est déjoué, Obiang est arrêté.

La reprise de contrôle ne suffit pas à faire taire les questionnements sur l’avenir de Bongo, qui ne fait que de rares apparitions. Au point qu’une théorie se propage : le leader serait, en fait, mort, remplacé par un double. 

Au Gabon, les prétendants se positionnent. Pascaline Bongo Ondimba, la sœur d’Ali Bongo, ancienne directrice du cabinet de son père Omar Bongo. Frédéric Bongo, un des demi-frères d’Ali Bongo, à la tête du service de renseignements gabonais. Ou bien Marie-Madeleine Mborantsuo, la présidente de la Cour constitutionnelle et la maîtresse d’Omar Bongo. 

Mais deux profils se détachent : il s’agit de Noureddin Bongo Valentin, le fils aîné d’Ali Bongo, et Brice Laccruche Alihanga, jeune franco-gabonais et directeur de cabinet du président.

Ayant effectué des études dans les meilleures écoles anglaises et une carrière dans le privé, Noureddin a grandi principalement à l’étranger. Ce n’est qu’en 2018, après l’AVC de son père, que le fils endosse un rôle politique. Brice Laccruche Alihanga, pour sa part, est considéré par les observateurs comme « le véritable homme fort du Gabon ».

C’est en pleine crise de succession qu’apparaît un spectateur discret.

Selon toujours les dernières révélations, l'opération d'infection des numéros des Noureddin Bongo et Brice Laccruchele ,a été effectuée le 5 mars 2019 .

Les deux numéros figurent parmi les près de 13 000 cibles potentielles de Pegasus attribuées au régime du Makhzen, selon la liste obtenue par Forbidden Stories et Amnesty International lors du Projet Pegasus.

Noureddin Bongo et Brice Laccruche Alihanga ne sont pas les seuls à intéresser les Marocains. Figurent aussi sur la liste des membres de l’entourage rapproché des deux prétendants, surnommés la « young team ».

L’opposition est également visée, notamment deux anciens candidats à la présidence, Jean Ping et Dieudonné Minlama Mintogo. (Sans analyse technique des téléphones, Forbidden Stories ne peut pas confirmer si les cibles potentielles ont bien été infectées.)

Les tentatives d’infection interviennent à une période cruciale au Gabon. « C’est un moment de grande faiblesse » pour le régime Bongo, décrypte un expert sur le Gabon sous couvert d’anonymat. « Ça ne m’étonne pas tellement que le Maroc surveillait, en essayant de voir qui faisait quoi ; qui magouillait avec qui, qui s’alliait avec qui. »

Afin de comprendre l’intérêt des makhzeniens à espionner leurs confrères gabonais, il faut remonter quelques décennies en arrière. 

Cette relation privilégiée date de l’époque de Hassan II,explique Safir,* ex-agent de la DGST qui a décidé de fuir son pays. « Il y a toujours des gens du Maroc au Gabon », raconte Safir. « Ils y vont pour travailler. Donc ils y font la filature, tout dans le but du contre-terrorisme : surveiller les mosquées ; surveiller les gens qui ont une relation avec l’Iran, par exemple, parce qu’en Afrique de l’Ouest, il y avait un problème d’infiltration des Iraniens. » 

Selon Safir, le Maroc envoyait régulièrement des agents de renseignement en tournée au Gabon, où ils racontent avoir été bien payés même s’ils n’ont pas apprécié la nourriture sur place.

Selon des sources ouvertes consultées par Forbidden Stories, un de ces agents, un certain Farid S., a multiplié des voyages à travers le monde, et notamment à Herzliya, ville israélienne où se trouve le siège de NSO Group jusqu’en 2024, concepteur de Pegasus, et Libreville, capitale du Gabon. « Le Gabon, c’est nous qui les formons », glisse Safir lors d’une de nos rencontres. « Il y a une vingtaine de personnes qui visitent tous les six mois et ça tourne

Mohammed VI, s’est rendu régulièrement au Gabon durant son règne et a multiplié des échanges bilatéraux avec en premier lieu Omar, puis ensuite Ali Bongo, notamment sur l’implantation de sociétés marocaines et l’octroi de bourses à des étudiants africains dans les écoles et universités chérifiennes.

Selon plusieurs sources ouvertes, le Gabon envoie des militaires se former au Maroc. L’actuel président, Brice Oligui Nguema, est diplômé de l’école militaire de Meknès; en 2009, il est même nommé attaché militaire à Rabat.

Les marocains ont eux bénéficié du soutien inconditionnel du Gabon sur la question de la colonisation  du Sahara Occidental.