Par Racha Selmi

Les accusations portant sur le soutien des Émirats arabes unis aux Forces de soutien rapide (RSF) dans la guerre au Soudan se sont multipliées au fil des enquêtes journalistiques, des rapports internationaux et des témoignages d'anciens combattants. Pour Ahmed Yacoub Dabio, expert en gestion des conflits et président du Centre d'études pour le développement et la prévention de l'extrémisme, « il ne s'agit plus aujourd'hui d'un secret ».

Selon lui, les premiers mois du conflit avaient été marqués par une grande difficulté à établir avec certitude l'existence d'un soutien extérieur aux RSF. « Au départ, il était très difficile d'arriver à la vérité », explique-t-il, rappelant que les premières révélations ont émergé à la fin de l'année 2023.

L'expert cite notamment une enquête publiée par le quotidien américain The New York Times, qui avait mis en lumière ce qu'il présentait comme une implication directe ou indirecte des Émirats arabes unis dans le soutien aux Forces de soutien rapide. Depuis, affirme-t-il, plusieurs enquêtes indépendantes sont venues alimenter ces soupçons, en s'appuyant sur des images satellites, des analyses de sources ouvertes et des investigations de terrain.

Ahmed Yacoub Dabio estime également que les témoignages les plus significatifs proviennent d'anciens commandants des RSF ayant fait défection pour rejoindre les Forces armées soudanaises. Selon lui, ces officiers ont livré des informations détaillées sur les mécanismes de soutien dont auraient bénéficié les RSF, évoquant notamment des réseaux de transit passant par le Tchad, l'Éthiopie et la Libye.

Pour l'expert, les indices accumulés au cours des dernières années convergent vers une même conclusion. « Aujourd'hui, ce n'est plus un secret », affirme-t-il, ajoutant que certains responsables émiratis auraient eux-mêmes reconnu, directement ou indirectement, une implication motivée par la défense d'intérêts économiques et stratégiques dans la région.

Ahmed Yacoub Dabio rappelle que les Émirats arabes unis ont réalisé d'importants investissements au Soudan avant le déclenchement du conflit. Selon son analyse, la protection de ces intérêts économiques constituerait l'un des principaux facteurs expliquant leur implication présumée dans la guerre.

L'expert souligne également que les capacités militaires acquises par les Forces de soutien rapide interrogent sur l'origine de leur équipement. Il évoque notamment l'utilisation de drones de dernière génération, de véhicules blindés, de systèmes de défense antiaérienne et d'autres armements sophistiqués. Selon lui, les RSF ne disposent pas des capacités industrielles nécessaires pour produire ce type d'équipements, pas plus que l'armée soudanaise n'est en mesure de fabriquer certaines de ces technologies les plus avancées.

Ces déclarations interviennent alors qu'une nouvelle enquête internationale, menée notamment par Lighthouse Reports, Sudan War Monitor et Evident, affirme avoir identifié des réseaux logistiques transitant par la Libye et reliant les RSF à des soutiens extérieurs présumés. Cette investigation s'appuie sur des images satellites, des vidéos analysées en sources ouvertes, des témoignages de déserteurs et des enquêtes de terrain. Elle avance plusieurs éléments laissant supposer l'existence de camps d'entraînement en Libye et d'un dispositif régional de soutien aux RSF.

Les autorités des Émirats arabes unis ont, à plusieurs reprises, rejeté les accusations de livraison d'armes aux Forces de soutien rapide, qualifiant ces allégations d'infondées. De leur côté, les RSF ont également nié recevoir un appui militaire émirati. À ce stade, si de nombreuses enquêtes, rapports et témoignages ont nourri les soupçons, plusieurs éléments continuent de faire l'objet de contestations et n'ont pas été définitivement établis par une décision judiciaire internationale.
Racha Selmi