Par Amar Belani
 
Le 30 août, en réponse à une demande des autorités nigériennes, Alger a dépêché deux patrouilles de Su-30 vers Niamey, accompagnées d’un avion ravitailleur.
 
Cette décision se lit à plusieurs niveaux.
 
1- Un changement d’échelle dans l’engagement algérien au Sahel
 
D’abord, par sa portée, l’Algérie a projeté une capacité de combat aérien lourde, avec le soutien logistique nécessaire à son emploi.
 
Cette projection constitue un changement d’échelle dans l’engagement algérien au Sahel. Elle intervient après la livraison récente d’hélicoptères militaires au Niger et confirme que la coopération bilatérale évolue vers une assistance opérationnelle beaucoup plus concrète et substantielle.
 
2- Une recomposition du dispositif sécuritaire régional
 
Ensuite, l’autre dimension se situe dans la recomposition du dispositif sécuritaire autour du Niger. Par rapport à d’autres forces en présence sur le terrain, Alger apporte la proximité géographique, une capacité de projection aérienne supérieure et une connaissance immédiate et documentée de l’environnement sahélien.
 
3- Une profondeur stratégique à consolider
 
Enfin, le Niger constitue une profondeur stratégique immédiate pour le Sud algérien. En intervenant rapidement à la demande de Niamey, Alger affirme donc qu’elle entend rester un acteur sécuritaire autonome du Sahel. Elle ne laisse pas les forces extrarégionales déterminer l’architecture sécuritaire de son voisinage méridional.
 
Le véritable signal de cette opération réside ainsi dans la capacité démontrée par l’Algérie à projeter rapidement une force aérienne de premier rang au-delà de ses frontières, à la demande d’un État voisin.
 
Le déploiement des Su-30 ne signifie pas nécessairement l’entrée de l’Algérie dans une logique d’intervention extérieure permanente. 
 
Il marque plutôt l’affirmation d’une doctrine nouvelle dans sa profondeur sahélienne, soutenir directement la stabilité des États voisins puisque celle-ci touche directement ses propres intérêts de sécurité.
 
Après les hélicoptères livrés en août, les Su-30 montrent que cette doctrine n’est plus seulement « diplomatique » Elle commence à prendre une dimension militaire opérationnelle.
 
Cette inflexion doctrinale, marquée par une posture de défense active, ne rompt ni avec les dispositions constitutionnelles ni avec le socle diplomatique de non-ingérence dans les affaires intérieures des États. 
 
En intervenant à la demande des autorités nigériennes, l’Algérie agit dans le cadre de la solidarité régionale, laquelle rejoint tout naturellement sa propre sécurité nationale.
 
Amar Belani, Ancien Ambassadeur