La déclaration du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu affirmant que l'armée sioniste restera au Liban « aussi longtemps que nécessaire » marque un tournant politique et militaire aux conséquences potentiellement lourdes pour la région.
C’est l’analyse de François El Bacha, économiste, consultant et analyste politique libanais, qui estime que cette position risque de compromettre les efforts de désescalade engagés entre Washington et Téhéran et de raviver les craintes d’une occupation durable du Sud- Liban.
Cette annonce intervient dans un contexte d’intensification des affrontements. La mort de quatre soldats sionistes dont un commandant, lors d’une opération ayant conduit à la destruction de trois chars Merkava par des missiles guidés, puis d’une autre force venue évacuer les morts et les blessés, a provoqué une nouvelle escalade des tensions.
Parallèlement, l’armée d'occupation affirme avoir frappé plus de 80 cibles au Sud-Liban et dans la Békaa. Selon le dernier bilan disponible, ces bombardements ont fait au moins 30 victimes côté libanais.
Pour François El Bacha, la formule employée par Netanyahu dépasse largement le cadre d’une simple riposte militaire. « Elle signifie que l'entité sioniste revendique le droit de maintenir des troupes sur le territoire libanais sans calendrier de retrait », explique-t-il. À Beyrouth, cette position est perçue comme une menace d’occupation durable, mais aussi comme un signal politique adressé à la droite au moment même où l’accord en discussion entre les États-Unis et l’Iran devait ouvrir la voie à une désescalade régionale.
L’analyste souligne également que "cette déclaration est interprétée dans plusieurs cercles politiques comme une tentative de fragiliser cet accord. Les tensions apparues récemment entre Washington et Tel-Aviv, notamment après certaines déclarations du vice-président américain J.D. Vance, renforcent cette lecture."
La mort des soldats sionistes a également déclenché une série de déclarations particulièrement agressives au sein du gouvernement de Benjamin Netanyahu. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a affirmé que « tout le Liban doit brûler », tandis que le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a appelé à « parler avec le feu » et à « ouvrir les portes de l’enfer ».
Selon François El Bacha, ces propos suscitent une inquiétude particulière au Liban car ils ne visent pas uniquement le Hezbollah mais semblent englober l’ensemble du pays. Dans une société déjà éprouvée par les destructions, les déplacements de population et une crise économique sans précédent, cette rhétorique est perçue comme une menace directe contre les civils.
L’expert estime également que la position sioniste fragilise les négociations qui devaient s’ouvrir entre le Liban et l'entité sioniste sous médiation américaine. La question d’un retrait de l'armée sioniste figurait parmi les dossiers que Beyrouth souhaitait aborder dans ce cadre. « La question d’une occupation de fait revient désormais au centre du débat », observe-t-il.
L’analyste libanais souligne également la dimension politique intérieure de cette surenchère. Ben Gvir et Smotrich s’adressent avant tout à une base électorale radicalisée qui réclame une réponse toujours plus ferme contre le Hezbollah et rejette toute concession encouragée par Washington. Quant à Benjamin Netanyahu, fragilisé politiquement et dépendant du soutien de ses alliés d’extrême droite, il ne peut apparaître comme celui qui recule face au Hezbollah ou face à un éventuel accord américano-iranien.
Selon François El Bacha, le Liban est ainsi devenu un terrain de démonstration dans une bataille politique sioniste qui dépasse largement les frontières du conflit actuel. Chaque frappe au Sud-Liban, chaque position militaire maintenue sur le terrain et chaque déclaration incendiaire contribuent à réduire les chances de succès de l’accord régional en cours de négociation.
Pour François El Bacha, l’accord régional pourrait ainsi échouer sans même être officiellement dénoncé. Dans un Moyen-Orient déjà marqué par de multiples foyers de tension, la situation au Sud-Liban pourrait alors devenir l’élément déclencheur d’une nouvelle phase d’instabilité régionale.
Racha Selmi