Par Rasha Selmi
 
Le Sud-Liban n’est pas encore redevenu un front ouvert, mais la situation demeure extrêmement fragile. Entre la poursuite des opérations de l’entité sioniste, les capacités militaires toujours présentes dans la zone et le ralentissement du processus politique, le risque d’une nouvelle escalade reste réel.
 
Pour l’économiste, consultant et analyste politique libanais François El Bacha, le Sud évolue aujourd’hui dans une situation de « front latent », où un incident peut rapidement faire basculer le cessez-le-feu.
 
François El Bacha a indiqué que la principale difficulté se situe désormais dans l’enlisement du processus politique qui devait accompagner le cessez-le-feu. Les discussions autour des « zones pilotes » devaient permettre à l’armée libanaise de renforcer progressivement son contrôle sur certains secteurs, avec un mécanisme de vérification et, parallèlement, des retraits de l’entité sioniste.
 Or, selon l’analyste, cette dynamique n’a pas produit les résultats attendus par Beyrouth.
 « Cette progression devait permettre d’étendre progressivement le modèle à d’autres secteurs du Sud », a-t-il déclaré, soulignant que les demandes libanaises concernant la cessation des opérations et de nouveaux retraits n’ont pas encore permis de débloquer véritablement la situation.
Pour lui, l’absence de réciprocité fragilise le processus, car les avancées réalisées par l’État libanais doivent pouvoir entraîner des résultats concrets sur le terrain.
 
Au-delà du volet militaire, François El Bacha estime que c’est la souveraineté libanaise qui se trouve au cœur de cette équation.
 « La souveraineté libanaise au Sud est aujourd’hui entière en droit, mais partielle dans les faits », a-t-il déclaré, en expliquant que cette situation est liée à la fois aux opérations et à la présence de l’entité sioniste et au maintien de capacités militaires autonomes sur le territoire libanais.
Selon lui, la restauration de la souveraineté doit permettre à l’État de reprendre progressivement le contrôle de son territoire et de la décision stratégique, sans provoquer une confrontation intérieure.
« La décision de guerre et de paix appartient au gouvernement et aux institutions constitutionnelles », a-t-il souligné. L’analyste considère également que le mécanisme de vérification constitue un élément essentiel pour empêcher que les désaccords sur le terrain ne débouchent sur de nouvelles opérations.
 Il cite notamment le secteur d’Ali al-Taher, dans la région de Nabatiyé, comme l’un des points sensibles où la situation peut rapidement dégénérer si aucune procédure reconnue par les différentes parties ne permet de trancher les différends.
 
Cette fragilité intervient alors qu’une autre échéance majeure se profile avec la fin programmée du mandat de la FINUL, prévue pour le 31 décembre 2026, avant une phase de retrait. François El Bacha rappelle que, malgré ses limites, la force internationale joue un rôle important en matière de présence, d’observation et de liaison dans le Sud- Liban.
 « Sa disparition intervient donc à un moment particulièrement mauvais », estime-t-il, alors que le processus politique reste fragile et que les tensions persistent. Pour l’analyste, le principal danger ne réside pas nécessairement dans une décision volontaire de relancer la guerre, mais dans une escalade provoquée par l’accumulation d’incidents.
 « Le cessez-le-feu peut continuer d’exister juridiquement tout en ayant déjà cessé de fonctionner militairement », a-t-il averti. François El Bacha appelle ainsi à « remettre de la réciprocité dans le processus », estimant que le Liban doit poursuivre ses engagements tandis que l’entité sioniste doit également prendre des mesures concrètes permettant de consolider le cessez-le-feu.
 Le Sud-Liban reste ainsi un front latent : la guerre générale n’a pas repris, mais tant que le processus politique demeure bloqué, le risque d’une nouvelle confrontation reste présent.
 
Rasha Selmi