Par Racha Selmi
Le démantèlement de deux réseaux criminels relance les inquiétudes autour de l’ampleur du narcotrafic dans la région. La lutte contre le trafic de drogue se poursuit avec intensité aux frontières ouest du pays. La récente opération menée par les services de sécurité à Tlemcen, ayant permis la saisie de plus de 76 kilogrammes de kif traité d’origine marocaine et le démantèlement de deux réseaux criminels organisés, remet au centre des préoccupations la persistance des flux de stupéfiants destinés à alimenter les circuits criminels en Algérie et au-delà.
Cette opération, réalisée par la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) relevant de la sûreté de wilaya de Tlemcen, a conduit à l’arrestation de six individus suspectés d’appartenir à ces organisations criminelles spécialisées dans le transport et la commercialisation de drogue à partir des wilayas de l’Ouest. Les investigations ont également permis la saisie de huit véhicules utilisés dans les activités illicites, ainsi que la récupération d’une somme estimée à 240 millions de centimes, soupçonnée d’être issue des revenus du trafic.
Au-delà du caractère sécuritaire de l’opération, cette affaire illustre, selon plusieurs observateurs, l’ampleur croissante des réseaux criminels transfrontaliers et leur capacité d’adaptation face aux dispositifs de contrôle et de surveillance.
« Des chiffres effarants » qui témoignent d’un phénomène persistant
Intervenant sur cette question, l’expert des questions géopolitiques, sécuritaires et migratoires, Hacène Kacimi, estime que les saisies répétées opérées par les services de sécurité algériens traduisent la persistance d’un trafic à grande échelle.
Selon lui, « les chiffres sont effarants » au regard des quantités de drogue interceptées régulièrement par les forces de sécurité, notamment l’Armée nationale populaire et les différents corps chargés de la lutte contre la criminalité organisée.
L’expert considère que le trafic « continue de plus belle » et prend une ampleur de plus en plus importante, alimenté par des réseaux structurés qui opèrent selon des mécanismes sophistiqués de transport clandestin.
Pour lui, la multiplication des saisies démontre l’existence d’une pression continue exercée par les réseaux de narcotrafic sur les frontières régionales, dans un contexte marqué par l’évolution des méthodes utilisées pour contourner les dispositifs de sécurité.
Le cas de Ceuta et la question des tunnels clandestins
Dans son analyse, Hacène Kacimi évoque également les développements récents observés au niveau de la ville de Ceuta, où les autorités espagnoles ont récemment mis au jour des tunnels clandestins servant, selon plusieurs rapports, à l’acheminement illicite de drogue.
L’expert fait état de découvertes réalisées par les services de sécurité espagnols concernant des passages souterrains reliant le territoire marocain à l’enclave espagnole, utilisés pour le transfert clandestin de cargaisons destinées aux marchés européens.
Ces révélations, affirme-t-il, mettent en évidence le caractère transnational du trafic de stupéfiants et ses ramifications régionales et continentales, touchant non seulement l’Afrique du Nord, mais également les espaces sahéliens et européens.
Dans ce contexte, les autorités espagnoles ont renforcé leur vigilance face aux réseaux criminels opérant dans cette zone sensible, considérée comme un point stratégique de transit vers l’Europe.
Une menace sécuritaire aux dimensions régionales
Au-delà de la dimension criminelle, Hacène Kacimi estime que le narcotrafic constitue aujourd’hui une menace directe pour la stabilité sécuritaire régionale.
Selon lui, les activités liées à la contrebande de drogue favorisent le développement d’autres formes de criminalité transfrontalière, notamment les réseaux de blanchiment d’argent, les trafics illicites et les circuits clandestins susceptibles d’alimenter l’instabilité dans plusieurs espaces géographiques, notamment au Maghreb et dans la région sahélo- saharienne.
Pour l’expert, cette situation nécessite un renforcement de la coopération internationale afin de faire face à des réseaux criminels qui dépassent largement le cadre des frontières nationales.
Vers une internationalisation du dossier ?
Dans cette perspective, Hacène Kacimi plaide pour une saisine des mécanismes internationaux spécialisés dans la lutte contre le crime organisé et le trafic de stupéfiants.
Il appelle notamment à l’ouverture d’un dossier au niveau de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, afin d’examiner, selon lui, l’ampleur du phénomène et ses implications sécuritaires régionales.
Cette approche, soutient- t-il, permettrait de renforcer la coordination internationale face aux circuits du narcotrafic et à leurs ramifications transfrontalières, dans un contexte où les réseaux criminels exploitent les vulnérabilités géographiques pour étendre leurs activités.
Pendant ce temps, les opérations menées par les services de sécurité algériens se poursuivent, traduisant une mobilisation continue contre les réseaux spécialisés dans l’introduction et la circulation des stupéfiants, particulièrement au niveau des frontières ouest du pays, considérées comme un axe sensible dans la lutte contre le crime organisé transnational.