Les Emirats Arabes Unis sont de nouveau accusés d’implication dans les conflits et les génocides de ce monde depuis leur soumission au diktat sioniste? Cette fois-ci, l’accusation d’implication vient d’un prestigieux Think Tank allemand. Il s’agit de SWP (Stiftung Wissenschaft und Politik), Institut allemand pour les affaires internationales et la sécurité.
Dans un rapport de huit pages, le SWP alerte le gouvernement (regierung) et le parlement (Bundestag) allemands sur les agissements des EAU, qualifiés de partenaire stratégique de Berlin, accusés de financer des génocidaires, d’alimenter des réseaux de mercenaires et de saboter méthodiquement les processus de paix internationaux.
Ainsi, le rapport de mai 2026 intitulé The Destabilising Role of the United Arab Emirates in African Conflicts rédigé par Gerrit Kurtz, Wolfram Lacher et Stephan Roll mettent la lumière sur l’implication effective d’Abou Dhabi dans ces conflits qui ravagent plusieurs pays du continent africain et du Moyen-Orient.
Wolfram Lacher est la référence académique européenne sur la Libye post-2011. Stephan Roll suit le Moyen-Orient depuis des décennies. Ce ne sont pas des militants. Ce sont des chercheurs qui ont attendu d’avoir un dossier solide avant de l’ouvrir publiquement.
La thèse du rapport n’est pas nouvelle dans les cercles spécialisés, mais sa formulation officielle l’est : les Émirats arabes unis sont devenus l’un des acteurs externes les plus déstabilisateurs dans les conflits africains, sur un arc géographique qui court de la Libye à la Somalie en passant par le Soudan et l’Éthiopie. Leur méthode est cohérente. Leur agenda aussi.
Ce qui frappe à la lecture, c’est moins la liste des faits — beaucoup sont documentés depuis des années dans les rapports des panels d’experts de l’ONU, dans des enquêtes journalistiques, dans des documents déclassifiés américains — que leur mise en cohérence. Le rapport du SWP ne décrit pas une série d’interventions isolées. Il décrit une politique.
Le SWP revient sur le conflit fratricide au Soudan, qualifié du dossier le plus lourd. Les Émirats sont le soutien militaire, logistique et financier le plus important des Forces de soutien rapide FSR de Mohamed Hamdan Dagalo, surnommé Hemedti. Cette milice, née des Janjawid du Darfour, est au cœur du conflit qui martyrise le pays depuis avril 2023.
En octobre 2025, les FSR ont envahi El-Fasher, dernière capitale provinciale du Darfour encore tenue par les Forces armées soudanaises (FAS). Ce qui s’est passé ensuite a été documenté par une mission d’enquête de l’ONU . Le Soudan abrite désormais la plus grande crise humanitaire au monde selon les critères onusiens : 33,7 millions de personnes dépendantes de l’aide, plus de 15 millions de déplacés.
Ce que le rapport établit, et qui devrait être au cœur de tout débat européen sur les relations avec Abu Dhabi, c’est que les approvisionnements émiratis aux FSR n’ont pas cessé. Même après le début de la guerre avec l’Iran, qui place les Émirats dans une situation de vulnérabilité sécuritaire inédite, des vols cargo suspects ont continué de relier les Émirats à l’Éthiopie pour acheminer des fournitures aux milices de Hemedti via la frontière soudanaise. Ce n’est pas une politique maintenue par inertie, mais plutôt un choix délibéré, assumé au plus haut niveau.
Arrive ensuite la Libye,où les EAU soutiennent les Forces armées arabes libyennes (LAAF) de Khalifa Haftar, y compris lors de l’offensive contre le gouvernement de Tripoli internationalement reconnu entre 2019 et 2020. Ce soutien a transformé ce qui aurait pu rester une escarmouche en guerre civile prolongée, bloquant toute action permettant au peuple libyen de retrouver la stabilité politique au même titre que les régions de l’Afrique du Nord et du Sahel.
En Somalie, la présence émiratie est antérieure à la vague d’interventionnisme qui a suivi 2011. Dès 2010, les Émirats ont financé une société militaire privée sud-africaine pour créer la Force maritime de police du Puntland (PMPF), officiellement dans le cadre de la lutte contre la piraterie. Le port de Bosaso, base de cette force, est devenu depuis un hub de transit pour des équipements militaires acheminés depuis le Yémen, et pour des mercenaires colombiens recrutés pour les FSR au Soudan. Les Émirats soutiennent également les forces du Somaliland, dont le port de Berbera a servi de point de passage pour des matériels destinés aux FSR. La présence émiratie au Somaliland s’inscrit dans l’agenda sioniste et le projet hégémonique et expansionniste concocté par les généraux génocidaires de Tel Aviv.
La coopération émiratie avec l’entité sioniste pour établir une présence militaire en Somaliland, mentionnée dans le rapport, s’inscrit dans cette logique d’expansion stratégique sur la côte est-africaine, en bordure de la mer Rouge.
Pour ce qui est du cas éthiopien, il est traité comme une exception dans le schéma général. En 2021, le gouvernement d’Abiy Ahmed a utilisé des drones émiratis pour repousser l’offensive des rebelles tigréens. C’est le seul cas documenté où les Émirats ont soutenu un gouvernement central reconnu contre une force rebelle.
Les Émirats rechignent systématiquement à déployer leurs propres forces., mais agissent via des supplétifs locaux, des réseaux logistiques, des financements, des sociétés de sécurité privées. Ils nient tout.
Le rapport du Think Tank germanique cartographie en détail un réseau qui traverse une dizaine de pays. Les approvisionnements aux FSR empruntent des zones contrôlées par la LAAF de Khalifa Haftar en Libye – notamment Kufra dans le sud -, N’Djamena et Amdjarass au Tchad, et parfois le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda.
Un rapport d’un panel d’experts de l’ONU a recensé 458 vols d’avions-cargos lourds depuis des aéroports militaires émiratis ou depuis Bosaso vers la Libye orientale entre octobre 2024 et fin 2025 ; dont 239 à destination de Kufra, hub de soutien aux FSR. Ces livraisons violent l’embargo et les sanctions de l’ONU sur la Libye et celui sur le Darfour.
Parmi les éléments les plus graves du rapport figure le recrutement de mercenaires colombiens pour les milices de Hemedti, organisé par la société émiratie Global Security Services Group via une base militaire aux Émirats.
En 2025, le gouvernement américain a imposé des sanctions aux acteurs impliqués ; à l’exception notable de cette société émiratie. Dans le communiqué officiel accompagnant ces sanctions, Washington précisait que ces hommes avaient renforcé les FSR en expertise tactique, servi comme artilleurs, pilotes de drones et instructeurs, et que certains avaient entraîné des enfants au combat.
Cette dernière précision – l’entraînement d’enfants soldats par des mercenaires financés depuis Abu Dhabi – figure dans un document officiel du gouvernement américain. Elle n’a pas provoqué de réaction diplomatique proportionnée en Europe.
Le rapport soulève un aspect souvent sous-estimé : les Émirats ne sont pas seulement un acteur géopolitique dans ces conflits. Ils en sont aussi un bénéficiaire économique direct. L’exportation et la contrebande d’or depuis les zones de conflit, notamment le Soudan, génèrent des revenus substantiels. Des membres des familles régnantes d’Abu Dhabi et de Dubaï entretiennent des liens personnels avec des acteurs comme Haftar en Libye et Dagalo au Soudan. Mansour bin Zayed, frère du président et patron du fonds souverain Mubadala, est cité dans des rapports de recherche comme ayant des connexions proches avec ces deux hommes. La politique d’État et l’enrichissement privé se superposent ici de manière peu subtile.
DP World et AD Ports Group développent des ports et des corridors logistiques sur tout le continent ; Somalie, Sénégal, Tanzanie, Mozambique, Angola, Égypte. Ces investissements s’inscrivent dans une stratégie de diversification au-delà des hydrocarbures. Contrôler les infrastructures portuaires africaines, c’est se positionner sur les routes qui relient les matières premières aux marchés mondiaux. L’instabilité n’est pas nécessairement un obstacle à cette stratégie. Elle peut en être un instrument, notamment en maintenant des acteurs redevables à Abu Dhabi plutôt que des États forts capables de renégocier leurs contrats.
Moins souvent soulignée, la rivalité avec l’Arabie saoudite est pourtant centrale. Les deux pays se disputent le statut de hub commercial et logistique entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Riyadh a forcé Abu Dhabi à se retirer du Yémen méridional fin 2025, et l’Arabie saoudite a temporairement fermé son espace aérien aux vols d’approvisionnement émiratis vers les FSR. En réponse, les Émirats ont renforcé leur appui sur l’Éthiopie comme hub de substitution. La troisième Conférence internationale sur le Soudan à Berlin, le 15 avril 2026, a échoué à produire une déclaration finale commune ; en partie à cause de ces tensions. En avril 2026, le retrait émirati de l’OPEP+ a encore creusé le fossé avec Riyad.
La sophistication de la politique émiratie ne réside pas seulement dans ses opérations militaires et logistiques. Elle réside aussi dans sa capacité à se présenter simultanément comme un acteur constructif sur la scène internationale, tout en continuant ses activités déstabilisatrices.
En septembre 2025, le format Quad réunissant l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats et les États-Unis a présenté des engagements communs pour un cessez-le-feu au Soudan, incluant explicitement une fin au soutien extérieur aux belligérants. Selon des renseignements américains cités dans le rapport, les Émirats ont intensifié leur soutien aux FSR en 2025. Ces initiatives diplomatiques ont surtout servi à permettre aux milices de Hemedti de se présenter comme partenaires d’un processus de paix pendant qu’ils massacraient la population d’El-Fasher.
Ce n’est pas la première fois. Lors du Processus de Berlin sur la Libye en 2019-2020, les Émirats avaient signé un engagement à cesser tout soutien aux belligérants. Des avions cargo avaient décollé des Émirats vers la Libye orientale le jour même de la conférence de Berlin, en janvier 2020.
En 2024, un rapport du panel d’experts de l’ONU a mentionné des preuves « crédibles » du soutien émirati aux FSR. Cette mention n’apparaît pas dans le rapport suivant ; bien qu’elle figurât dans la version préliminaire divulguée. La version publiée, apparemment amendée, est ensuite utilisée par Abu Dhabi comme preuve de sa non-ingérence.
En novembre 2025, la ministre d’État émiratie Lana Nusseibeh a passé quatre jours à Bruxelles pour rencontrer des membres du Parlement européen, dans le cadre d’une mission de lobbying. Dans la résolution du Parlement européen sur le Soudan adoptée à la même période, le soutien des EAU aux FSR n’est pas mentionné ; le Parti populaire européen ayant bloqué les amendements proposés par les groupes de gauche. C’est le résultat d’un travail de lobbying ciblé, et qui illustre jusqu’où peut aller la capacité d’influence d’Abu Dhabi dans les institutions européennes.
En outre, le rapport établit un lien direct entre la politique africaine des Émirats et des intérêts européens concrets.Sur la migration, les chiffres sont sans équivoque. Les ressortissants soudanais représentaient 6% des arrivées en Italie en 2025, contre 3% en 2024. En Grèce, ils constituaient le deuxième groupe de réfugiés, soit plus d’un cinquième du total. La guerre en Soudan – alimentée par le soutien émirati aux FSR – produit des flux de déplacés qui atteignent les côtes européennes.
En conclusion, le rapport du Think Tank allemand recommande cinq leviers d’action pour l’Allemagne et ses partenaires européens.
Nommer publiquement les Émirats dans les forums internationaux, plutôt que de parler vaguement de « soutiens extérieurs ».
Élargir et appliquer les sanctions financières de l’UE contre les acteurs émiratis documentés comme violant les embargos onusiens. Les sanctions actuelles sont insuffisantes et appliquées de manière incohérente.
Revoir la politique d’exportation d’armes vers les EAU.
Renforcer l’application des règles anti-blanchiment.
Reconsidérer le « partenariat stratégique » que l’Allemagne maintient avec les Émirats depuis 2004.