Par Racha Selmi

La visite du Président français Emmanuel Macron en Syrie marque un tournant majeur dans les relations entre Paris et Damas, après de longues années de rupture diplomatique avec la gouvernance de Bachar el-Assad. En se rendant en Syrie, le chef de l'État français ouvre une nouvelle phase de dialogue avec les nouvelles autorités syriennes et acte, de facto, leur reconnaissance sur la scène internationale.
 
Pour Dr. Arslan Chikhaoui, expert en relations internationales et en géopolitique, membre du Conseil consultatif d'experts du Forum économique mondial (World Economic Forum) et du comité d'experts « Track-2 Diplomacy » du système des Nations unies, qui s'est exprimé lors de la conférence « INAET 2026 Stakeholders Conference », cette visite répond à trois enjeux majeurs : le recouvrement de l'influence française au Moyen-Orient, la sécurisation des routes énergétiques et la participation à la reconstruction de la Syrie. Elle s'inscrit également dans une logique de diplomatie transactionnelle, où les considérations politiques se conjuguent étroitement avec les intérêts économiques et stratégiques.
 
Sur le plan de la diplomatie politique, la France cherche à éviter d'être marginalisée dans un processus de transition où plusieurs acteurs de puissances régionales et internationales sont déjà en compétition. Paris entend ainsi se positionner dans le dossier syrien et jouer un rôle dans l'accompagnement de la transition politique du pays.
 
L'enjeu économique est tout aussi important. Le Président Macron est accompagné d'une délégation de dirigeants de grandes entreprises françaises, notamment dans les secteurs de l'énergie, des infrastructures, des transports et des services. L'objectif est de participer aux futurs projets de reconstruction et de saisir les opportunités d'investissement qu'offre la Syrie.
 
Dr.Chikhaoui souligne que la reconstruction du pays représente un marché considérable. Selon les estimations de la Banque mondiale, son coût dépasse les 216 milliards de dollars. Les autorités syriennes multiplient d'ailleurs les appels aux investisseurs étrangers, évoquant des projets dans le tourisme, l'agriculture, l'industrie et le transport aérien, avec notamment la perspective d'une commande de nouveaux avions Airbus pour relancer la compagnie aérienne syrienne.
 
L'expert met également en avant la dimension énergétique du dossier. La Syrie est perçue comme un potentiel carrefour commercial et énergétique au Moyen-Orient, susceptible de devenir une route énergétique alternative en provenance d'Irak vers la Méditerranée, offrant ainsi une alternative aux routes traditionnelles exposées aux tensions dans le détroit d'Ormuz notamment. 
 
Sur le volet sécuritaire, Paris et Bruxelles demeurent préoccupés par la stabilité de la Syrie et de son environnement régional. «La France plaide notamment pour une intégration pacifique des Kurdes dans le nouvel État syrien, dans le cadre d'une approche visant à préserver le caractère multiethnique et multiconfessionnel du pays », explique  Dr Chikhaoui.
 
Et de conclure : « cette visite traduit la volonté de la France de retrouver une influence accrue au Moyen-Orient, à l'heure où les équilibres régionaux sont en pleine recomposition et où les enjeux économiques, énergétiques et sécuritaires sont plus que jamais étroitement liés, dans une pleine logique de diplomatie transactionnelle qui marque cette nouvelle ère des relations internationales. »
Racha Selmi