Par Racha Selmi
 
Après la mobilisation de députés britanniques, des parlementaires italiens viennent à leur tour de saisir leur gouvernement afin qu'il intervienne auprès des autorités marocaines en faveur des prisonniers politiques sahraouis, alors que la grève de la faim menée par plusieurs d'entre eux continue de susciter de vives inquiétudes.
 
Les députés italiens Laura Boldrini et Stefano Vaccari ont déposé une interpellation parlementaire adressée au ministre italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, lui demandant d'entreprendre une intervention urgente afin d'exiger la libération du prisonnier politique sahraoui Naâma Asfari ainsi que de l'ensemble des détenus sahraouis incarcérés par le Maroc.
 
Dans leur initiative, les deux parlementaires rappellent que le Sahara occidental demeure un territoire non autonome en attente de décolonisation et que son peuple dispose d'un droit inaliénable à l'autodétermination et à l'indépendance, tel que reconnu par les Nations unies. Ils estiment, dans ce contexte, que la communauté internationale a la responsabilité de veiller au respect du droit international et des résolutions onusiennes relatives à la question sahraouie.
 
Les députés reviennent également sur les événements du camp de Gdeim Izik en novembre 2010, dont le démantèlement par les forces marocaines avait conduit à l'arrestation de dizaines de militants sahraouis. Parmi eux figure Naâma Asfari, considéré comme l'une des principales figures sahraouies de la défense des droits de l'homme.
 
Les parlementaires italiens soulignent que Naâma Asfari observe une grève de la faim depuis le 8 juin 2026 pour dénoncer ses conditions de détention et protester contre le refus des autorités marocaines d'appliquer les décisions rendues par les mécanismes des Nations unies en matière de droits de l'homme.
 
Ils rappellent notamment que le Comité des Nations unies contre la torture a conclu que le militant sahraoui avait subi des actes de torture, tandis que le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a estimé que son emprisonnement était dépourvu de fondement juridique. Ils évoquent également les avis rendus en 2023 par les mécanismes onusiens compétents appelant à sa libération.
 
Dans leur interpellation, Laura Boldrini et Stefano Vaccari demandent au gouvernement italien de prendre toutes les initiatives diplomatiques nécessaires afin que les autorités marocaines respectent les décisions des organes des Nations unies, garantissent l'intégrité physique et les droits fondamentaux de Naâma Asfari ainsi que de l'ensemble des prisonniers politiques sahraouis, et procèdent à leur libération immédiate et inconditionnelle.
 
Les deux élus exhortent également Rome à renforcer son action au sein des institutions européennes et internationales afin de promouvoir le respect du droit international, la protection des droits de l'homme au Sahara occidental et la mise en œuvre du droit du peuple sahraoui à l'autodétermination.
 
Cette initiative intervient alors que les familles des détenus poursuivent leur mobilisation sur la scène internationale. Claude Mangin, épouse du prisonnier politique sahraoui Naâma Asfari, a indiqué que des députés britanniques et italiens avaient été mobilisés afin d'interpeller leurs gouvernements respectifs et de les appeler à intervenir auprès du Royaume du Maroc.
 
« Nous avons pu mobiliser des députés britanniques et des députés italiens afin qu'ils posent une question à leur gouvernement pour qu'ils interpellent le Royaume du Maroc », a-t-elle déclaré, précisant que cette démarche vise à obtenir une réponse aux revendications des détenus, dont la grève de la faim est entrée dans son vingt-quatrième jour.
 
Selon Claude Mangin, les familles demandent l'application des recommandations formulées par les mécanismes des Nations unies, notamment le Comité des droits de l'homme et le Comité contre la torture, qui se sont prononcés en faveur de la libération des détenus. Elles réclament également leur transfert auprès de leurs familles au Sahara occidental.
 
Les députés européens avaient également appelé à un examen urgent de la situation du prisonnier politique sahraoui Houssein Zawi Nasseri, lui aussi en grève de la faim, exprimant l'espoir que ces démarches parlementaires internationales soient suivies d'effets.
 
« Les familles espèrent que cette mobilisation sera prise en considération par les autorités marocaines. Il s'agit d'une question de droits de l'homme et le Royaume du Maroc peut mettre fin à ces souffrances », explique Claude Mangin.
 
 
De son côté, Fatima Mahfud, représentante du Front Polisario en Italie, a salué cette initiative parlementaire, qu'elle a qualifiée de « soutien politique et institutionnel important » à la cause sahraouie. Elle a remercié Laura Boldrini et Stefano Vaccari pour leur engagement en faveur de la défense des droits humains, du respect du droit international et du droit du peuple sahraoui à l'autodétermination.