Par Rasha Selmi
La réponse espagnole aux revendications marocaines sur Ceuta et Melilla se fait désormais sans ambiguïté. Depuis Ceuta, la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a rappelé avec fermeté que les deux villes sont pleinement espagnoles et qu’elles ne sont pas négociables. Une mise au point qui intervient après la réactivation par Rabat d’une revendication territoriale que Madrid refuse catégoriquement de considérer comme un sujet ouvert.
Dans un article publié ce 13 août, le quotidien espagnol La Voz de Galicia, sous le titre « Robles répond à l’aspiration marocaine sur Ceuta et Melilla : “Elles sont espagnolissimes” », rapporte la réponse particulièrement ferme de Margarita Robles aux déclarations du ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi. La ministre de la Défense a affirmé que « Ceuta et Melilla sont espagnolissimes » et qu’« on ne les touche pas ». Elle a également averti que toute agression contre les deux villes constituerait une agression contre l’Espagne dans son ensemble.
Cette prise de position intervient après qu’Abdellatif Ouahbi a remis publiquement sur la table la question de la souveraineté sur Ceuta et Melilla. Dans une interview citée par plusieurs médias, le ministre marocain a présenté le statut des deux villes comme une question toujours « en suspens » dans les discussions entre Madrid et Rabat.
Face à cette revendication, Madrid a choisi de clarifier sa position. La souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla ne constitue pas un dossier à négocier, et la coopération avec le Maroc dans les domaines de la sécurité ou de l’immigration ne saurait remettre en cause l’intégrité territoriale espagnole.
Madrid défend une souveraineté historiquement incontestable
La réaction de Margarita Robles ne se limite pas à une déclaration politique. En se rendant à Ceuta et en rencontrant les autorités locales ainsi que les militaires déployés dans la ville, la ministre a voulu envoyer un message de soutien direct à la population.
RTVE rapporte que Robles a insisté sur le fait que Ceuta et Melilla sont « espagnolísimas » et que les événements du 30 juillet ne pouvaient pas se reproduire. La ministre a également assuré que les forces armées resteraient présentes à Ceuta afin de contribuer à la sécurité et à la dissuasion.
Le message adressé aux habitants est donc clair : l’État espagnol entend assumer pleinement ses responsabilités à Ceuta et ne laissera pas la ville confrontée seule à une nouvelle situation de pression à sa frontière.
Une réponse directe à Rabat
Le timing de la déclaration espagnole est particulièrement significatif. Alors que Madrid et Rabat ont développé ces dernières années une coopération étroite en matière de contrôle migratoire et de sécurité, la réapparition de la revendication marocaine vient rappeler les limites de cette relation.
Le ministre marocain de la Justice a non seulement relancé le dossier de Ceuta et Melilla, mais a également évoqué la possibilité de suspendre l’accord d’extradition entre les deux pays. Selon des informations rapportées par EFE et reprises par plusieurs médias, Rabat reproche notamment à Madrid sa politique migratoire et les difficultés rencontrées dans le cadre des procédures d’extradition.
Pour l’Espagne, ces questions ne sauraient toutefois être mélangées à celle de sa souveraineté territoriale. Madrid peut coopérer avec Rabat sur les dossiers d’intérêt commun, mais entend conserver une ligne rouge absolue lorsqu’il s’agit de son territoire.
Ceuta, une frontière espagnole au cœur de l’Europe
La position espagnole prend également une dimension européenne. Ceuta et Melilla constituent des territoires espagnols situés sur la rive africaine de la Méditerranée et représentent, à ce titre, un point particulièrement sensible de la frontière extérieure de l’Union européenne.
La récente crise migratoire à Ceuta a d’ailleurs montré la vulnérabilité de cette frontière. RTVE rapporte que les autorités locales demandaient encore des mesures supplémentaires pour permettre à la ville de retrouver une situation normale, tandis que le gouvernement espagnol annonçait le renforcement des effectifs de sécurité.
Cette situation explique en partie la fermeté désormais affichée par Madrid. Pour le gouvernement espagnol, la protection de Ceuta ne relève pas seulement d’une question diplomatique avec Rabat : elle concerne directement la sécurité de ses citoyens et la maîtrise de sa frontière.
Madrid refuse de laisser s’installer l’ambiguïté
La réponse espagnole tranche également avec les appels à maintenir une coopération étroite avec Rabat. Le gouvernement espagnol continue de considérer le Maroc comme un partenaire important dans la lutte contre l’immigration irrégulière et les réseaux criminels. Mais cette coopération ne signifie pas que Madrid accepte de discuter de ses frontières.
Des sources diplomatiques espagnoles citées par Euronews ont ainsi réaffirmé le 13 août que la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla était « au-delà de tout doute » et que l’intégrité territoriale de l’Espagne n’avait jamais été et ne serait jamais discutée avec quiconque.
Cette position rejoint directement le message de Margarita Robles : coopérer avec le Maroc, oui ; négocier la souveraineté espagnole, non.
Une mise en garde qui se veut définitive
En se rendant à Ceuta au moment où Rabat réactive sa revendication, la ministre espagnole de la Défense a donc choisi de répondre sur le terrain politique, mais aussi symbolique.
« À Ceuta et Melilla, on ne les touche pas », a-t-elle martelé, en affirmant que toute agression contre ces villes serait une agression contre l’Espagne dans son ensemble.
Derrière cette formule volontairement ferme se dessine une nouvelle doctrine de Madrid : la coopération hispano-marocaine peut se poursuivre, mais elle ne saurait servir de cadre à une remise en cause de la souveraineté espagnole.
Alors que Rabat entend maintenir ses revendications sur Ceuta et Melilla, Madrid vient de rappeler que, pour l’Espagne, le dossier est clos. Les deux enclaves sont espagnoles, leur population est sous la protection de l’État espagnol et leur intégrité territoriale constitue une ligne rouge que le gouvernement ne semble désormais plus disposé à laisser dans l’ambiguïté.