Par Hanane Ben

Lors d’une déclaration sur la radio espagnole, Cadena COPE, l’analyste et militant politique sahraoui, Taleb Ali Salem, a affirmé que Moulay El Hassan va bientôt accéder au trône pour succéder à son père Mohammed VI et que l'invasion de Ceuta et Melilla fait partie des plans du Maroc afin de réaliser ce que l'on appelle la « baraka du Roi », en référence à une croyance marocaine, qui lient le règne de chaque roi à la réalisation d'un grand accomplissement politique.

Le passage massif de plus de 70 000 personnes en un temps record à Ceuta s'explique par un laisser-faire délibéré et une complicité passive des garde-frontières et des services du royaume voyou du Maroc. Des médias comme The Telegraph ou The Times, ainsi que de nombreux analystes européens, ont qualifié cet événement de provocation politique et de guerre hybride. Le Makhzen a, de tous temps, utilisé le levier migratoire pour mettre la pression sur l'Espagne et l'Union européenne.

Les autorités espagnoles et le président de la ville de Ceuta ont d’ailleurs, ouvertement dénoncé une violation de leur intégrité territoriale et accusé le Maroc d'avoir utilisé ces personnes à des fins politiques.

Taleb Ali Salem a expliqué que le règne de Mohammed V a été associé, selon le récit officiel marocain, à l'obtention de l'indépendance du Maroc qui était sous protectorat français après un accord avec Paris, tandis que le règne de Hassan II a été lié à ce que Rabat considère comme la « récupération des provinces du Sud », en référence à l'occupation du Sahara Occidental. Pour ce qui est du règne de Mohammed VI, il s'est distingué, selon lui, par la prétention du Maroc d'avoir obtenu la reconnaissance de la souveraineté sur le Sahara Occidental par les États-Unis.

Taleb Ali Salem a indiqué que le « grand accomplissement » ou la « baraka du roi » du prince héritier, lors de son accession au trône, consistera « en l'invasion et la récupération de Ceuta et Melilla ». Si cet objectif est réellement inscrit sur les tablettes, du Makhzen — mener une stratégie d'usure à très long terme pour rendre la gestion de Ceuta et Melilla intenable pour l'Espagne sur le plan économique et sécuritaire —, cela, pour le militant sahraoui, « ne se concrétisera pas du jour au lendemain ».

Selon lui, des indicateurs suggèrent « que Rabat s'emploie à tester les réactions et à préparer progressivement le terrain », tout en incitant à lancer le débat sur la souveraineté sur les deux villes de Ceuta et Melilla sous administration espagnole. Ce constat trouve un écho significatif du côté des élus américains : le vote récent d'un plan d'aide financière à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars en faveur du Maroc s'est accompagné, dans les travaux parlementaires, d'orientations favorables aux prétentions de Rabat sur ses frontières territoriales.

Pour les sceptiques, l'Espagne est membre de l'OTAN et de l'Union Européenne. Une tentative de prise de contrôle de Ceuta ou Melilla ferait basculer le Maroc dans un conflit ouvert et ruinerait ses alliances stratégiques majeures avec l'Occident. Cela dit, l'histoire donne aussi raison aux partisans de la thèse du militant sahraoui. Elle montre que la Marche Verte en 1975 a pris tout le monde de court. Pourquoi le Maroc ne préparerait-il pas un coup similaire à l'avenir pour s'emparer des enclaves ?