Dans son édition de ce vendredi 21 août, le média ibérique El Pais, met l'accent sur le commerce juteux à haut risque des réseaux criminels de passeurs, organisateurs de traversées clandestines vers la péninsule ibérique.
Jusqu'à 9000 euros sont réclamés pour traverser le détroit dans de petites embarcations, parfois sans gilets ni carburant suffisant. Cinq suspects ont été interpellés dans deux enquêtes distinctes.
La crise migratoire survenue à Ceuta le 30 juillet dernier a rapidement ouvert un nouveau marché aux réseaux de passeurs. Des milliers de migrants se sont alors retrouvés dans l'enclave espagnole, tandis que certains cherchent désormais à rejoindre clandestinement la péninsule.
La police espagnole a annoncé l'arrestation de cinq individus soupçonnés d'appartenir à deux réseaux distincts. Quatre ont été interpellés dans le cadre d'une première opération, deux à Ceuta et deux à La Línea de la Concepción, sur la côte andalouse. Tous sont de nationalité espagnole et sont notamment soupçonnés d'organisation criminelle et d'aide à l'immigration irrégulière.
La première enquête a commencé après la découverte, près de Benzú à Ceuta, d'une vedette rapide échouée sur des rochers.
Ce type d'embarcation, également utilisé pour le trafic de drogue, portait les traces d'une navigation à grande vitesse et aurait récemment servi au transport clandestin de migrants.
Les enquêtes ont permis de remonter jusqu'à un réseau qui opérait déjà entre Ceuta et La Línea de la Concepción avant les arrivées massives de juillet. Son fonctionnement repose sur une organisation précise.
Depuis l'Andalousie, de petites embarcations étaient envoyées vers Ceuta, où d'autres membres du groupe recherchaient des migrants disposés à payer des sommes considérables pour rejoindre la péninsule. Une fois le prix convenu, les candidats au départ étaient conduits dans des logements, des garages ou d'autres lieux contrôlés par le réseau. Ils y attendaient le moment choisi pour rejoindre la côte.
Les voyages étaient organisés de manière à éviter les secteurs les plus surveillés par la police, dont la présence a été renforcée depuis le début de la crise migratoire. Les migrants embarquaient ensuite dès l'arrivée des bateaux venus d'Andalousie. Sur l'autre rive, d'autres membres de l'organisation les attendaient afin de les disperser rapidement une fois à terre.
Pour piloter les vedettes, le réseau faisait appel à des hommes expérimentés dans la navigation à grande vitesse, capables d'effectuer des manœuvres d'évitement et d'échapper aux contrôles. Ces pilotes recevaient d'importantes sommes pour effectuer ces traversées.
La seconde affaire montre les dangers auxquels les migrants sont exposés pendant ces voyages. D'après El Pais, le 14 août, vers quatre heures du matin, une petite embarcation est arrivée sur la plage d'El Burgo, près de La Línea de la Concepción.
Sept candidats à l'immigration clandestine étaient entassés à bord d'un bateau de seulement cinq mètres de long et deux mètres de large. Parties avant minuit, ils avaient passé près de cinq heures en mer, dans un épais brouillard et un froid intense. Leurs vêtements étaient trempés par les vagues qui entraient dans l'embarcation.
La situation s'est encore aggravée lorsque le bateau est tombé en panne sèche au milieu de la traversée et s'est retrouvé à la dérive. Aucun des passagers ne disposait de gilet de sauvetage, alors que presque aucun ne savait nager. L'embarcation a finalement réussi à atteindre la côte. L'homme soupçonné d'avoir participé à cette traversée a été placé en détention provisoire. Il est notamment poursuivi en raison du but lucratif de l'opération, de la vulnérabilité particulière des passagers et du danger auquel leur vie a été exposée. Selon les dernières estimations officielles, environ 5 000 migrants se trouvent encore à Ceuta, sur plus de 80 000 personnes entrées dans la ville autonome les 30 et 31 juillet. Plus de 2 000 d'entre elles sont mineures.