Par Hanane Ben

Comme annoncé il y a quelques jours, le groupe Jabaroot a mis ses menaces à exécution et vient d'administrer un coup de massue dévastateur à l'appareil sécuritaire marocain. En publiant les données personnelles de 70 000 agents des services de renseignement et de sécurité, dont ceux de la DGST, le collectif pulvérise l'un des secrets d'État les mieux gardés du royaume. Noms, dates de naissance et numéros d'identification sont publiés sur la plateforme sociale Telegram.

L'exposition est totale et constitue un véritable scandale pour Rabat, tout en offrant aux chancelleries européennes, notamment l'Espagne, un cadeau diplomatique et sécuritaire inestimable.

Cette fuite massive ne se contente pas de briser la couverture d'opérateurs déployés à travers le continent ; elle lève le voile sur des décennies de manœuvres de l'ombre. Espionnage ciblé, pose de systèmes d'écoute, corruption et chantage de responsables politiques, économiques et financiers au sein même des institutions européennes, pression sur les journalistes. Les méthodes de barbouzes révélées sont aussi vastes que sordides.

Plus grave encore, ces documents révèlent l'implication d'agents dans la traque, l'élimination et l'assassinat d'opposants et d'activistes politiques marocains, opérant sous la supervision directe des patrons du renseignement, à savoir Yassine Mansouri et Abdellatif Hamouchi. Alors que le groupe promet déjà de nouvelles révélations sur les opérations de sécurité dans la région, cette onde de choc ne fait que commencer.

Dans la foulée de cette première offensive contre les services secrets, les pirates franchissent un nouveau cap en s'attaquant cette fois-ci aux infrastructures sociales du pays. Jabaroot affirme avoir piraté la base de données du RAMED, le Régime d’Assistance Médicale historiquement conçu pour fournir des soins gratuits ou à faible coût aux citoyens vulnérables, aujourd'hui fusionné au sein de l'AMO-Tadamon.

Le volume de données siphonné est colossal, le registre complet comptant plus de 17 millions d'entrées. Pour prouver l'authenticité du piratage et faire pression sur Rabat, le groupe a choisi de fuiter immédiatement un premier lot d'un million de dossiers personnels. Jabaroot brandit la menace de publier tout le reste le moment opportun.

Pour prendre la pleine mesure de cette intrusion, Jabaroot rappelle que la Direction générale de la surveillance territoriale (DGST) constitue le cœur du renseignement intérieur civil marocain, chargé de traquer et d'anticiper toute activité jugée subversive. L'impact est d'autant plus dévastateur que son patron, Abdellatif Hammouchi, dirige également la Sûreté Nationale (DGSN), concentrant ainsi les plus hautes fonctions sécuritaires du pays.

En réalité, ces services ont été profondément infectés et les bases de données déjà révélées ne représentent qu'une infime partie de l'ensemble des fichiers exfiltrés par les hackers. Au-delà des simples identités, la fuite expose des détails intimes et opérationnels d'une précision chirurgicale : année de recrutement, rang, numéros de PPR, mais aussi les coordonnées bancaires et RIB des agents, achevant d'infiltrer la mécanique interne de l'appareil d'État.

En ciblant cette armée de l'ombre, Jabaroot entend porter un coup d'arrêt aux manœuvres géopolitiques du royaume. Le groupe affirme en effet que cette fuite massive apporte la preuve que les récentes vagues migratoires depuis Ceuta vers l'Espagne ne relèvent pas du hasard, mais d'un schéma officiel directement orchestré par le royaume voyou du Maroc. Pour étayer ces accusations, les hackers annoncent la publication imminente de la liste nominale des cadres sécuritaires ayant encadré cette opération, révélant être déjà en possession de copies d'ordres de mission et de registres hôteliers d'agents déployés sur place avant et pendant les événements. Une mise à nu qui transforme l'affaire en un séisme diplomatique sans précédent pour Rabat.

Pensant piéger la terre entière dans l'ombre de son logiciel espion, le Maroc s'est finalement fait pirater ses propres systèmes au grand jour. La roue tourne et la leçon est exemplaire ; tel est pris qui croyait prendre.