Par Hanane Ben
Moins d'un mois après sa signature le 17 juin, le protocole d'accord visant à mettre fin à la guerre entre les États-Unis et l'Iran a volé en éclats.
Lors du sommet de l'OTAN qui se tient actuellement à Ankara, Donald Trump s'est illustré par des déclarations particulièrement agressives et explosives lors d'une conférence de presse aux côtés du secrétaire général de l'Alliance, Mark Rutte, rendant l'ambiance à Ankara extrêmement lourde et électrique.
Le va-t-en-guerre, Donald Trump a officialisé la rupture de ce texte qu'il juge désormais caduc, qualifiant au passage les négociations de « perte de temps ». Il a officiellement déclaré que le protocole d'accord signé en juin avec l'Iran pour mettre fin à la guerre était caduc. « Pour moi, je pense que c'est terminé. Je ne veux plus avoir affaire aux Iraniens. Ce sont des racailles [...] Ce sont des gens malades. [...] Négocier avec eux est une perte de temps. », a-t-il déclaré. Cette déclaration fait suite aux frappes massives menées la nuit précédente par les États-Unis sur plus de 80 objectifs en Iran. Face à cette situation, le ministère iranien des Affaires étrangères a condamné l'offensive américaine, rejetant sur Washington la responsabilité des dangereuses conséquences de cette crise, tandis que le prochain cycle de négociations prévu au Pakistan semble désormais définitivement compromis.
Colère noire contre l'OTAN et tirs groupés sur l'Europe
Au-delà du dossier iranien, Trump s'est présenté à Ankara pour régler ses comptes avec les membres de l'Alliance atlantique. Le président américain s'est dit « très en colère » contre l'OTAN, reprochant vertement à l'Europe son refus d'autoriser l'utilisation de ses bases aériennes pour mener des missions de bombardement contre l'Iran (seul le Royaume-Uni ayant apporté son soutien). Trump a particulièrement ciblé l'Espagne, qu'il a qualifiée de « terrible partenaire » en raison de son refus d'atteindre les nouveaux objectifs de dépenses militaires, menaçant Madrid d'une rupture totale des relations commerciales. Signe de son mépris pour la réunion, il a affirmé que si son « ami » le président turc Erdogan n'avait pas organisé l'événement, il n'aurait même pas pris la peine de traverser l'Atlantique.
Concernant le Groenland, il a relancé sa vieille obsession en affirmant qu'il n'était pas content de l'OTAN parce que les alliés s'étaient opposés à ce que les États-Unis s'emparent de ce territoire danois. Il a insisté sur le fait que ce territoire danois « très important pour les États-Unis » devrait être contrôlé par Washington, ce qui a forcé la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, à répliquer sèchement ce matin que le Groenland n’était « évidemment pas à vendre ».
Et enfin, sur un ton un peu plus mesuré, il a affirmé que le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le président russe Vladimir Poutine « veulent tous les deux » trouver un accord pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Il a surtout fait comprendre que l'Europe devait payer la facture. Les alliés européens ont d'ailleurs dû s'engager en urgence à fournir 70 milliards d'euros d'aide militaire à l'Ukraine (pour 2026 et 2027) pour calmer ses exigences financières., ce qui a conduit l'OTAN à annoncer de nouveaux contrats d'armement de plusieurs milliards de dollars.
Usant du chantage au retrait militaire, Trump a utilisé cette menace comme levier pour forcer les Européens à atteindre les 5 % du PIB en dépenses militaires. En coulisses, son administration (via le secrétaire à la Défense Pete Hegseth) menace de réduire d'un tiers la présence militaire américaine en Europe (avions de chasse F-16, drones, sous-marins).
Panique sur les bourses mondiales : le baril de pétrole s'enflamme, l'armement s'envole
La réaction des marchés financiers internationaux ne s'est pas fait attendre face à la perspective d'une guerre ouverte au Moyen-Orient. Wall Street a immédiatement vu rouge à l'ouverture, le Dow Jones plongeant de plus de 600 points (soit -1,17 %), tandis que le Nasdaq, très sensible à la tech, perdait 1,12 %. En Europe, la tendance a été tout aussi lourde, le CAC 40 parisien lâchant 1,65 % en cours de séance. Les investisseurs ont massivement fui les actifs risqués pour se réfugier vers les valeurs défensives, redoutant l'impact économique à long terme d'un nouveau conflit globalisé.
Sans surprise, c'est le secteur de l'énergie qui a subi les secousses les plus brutales. Le détroit d'Ormuz étant un goulot d'étranglement par lequel transite un cinquième du brut mondial, la reprise des hostilités a fait bondir le cours du baril de Brent de plus de 2 %, repassant la barre des 77,50 dollars. Ce bond a immédiatement profité aux géants pétroliers comme Occidental Petroleum (+5,8 %) ou ExxonMobil (+3,2 %), mais a fait plonger les compagnies aériennes, terrifiées par la hausse future du prix du kérosène. À l'inverse, les valeurs liées à la défense et à l'armement, à l'image du groupe suédois Saab (+4,4 %), ont grimpé en flèche, portées par l'annonce parallèle de l'OTAN de débloquer de nouveaux contrats d'armement géants pour tenter d'apaiser la fureur de Donald Trump.
En fin de compte, l'Europe se retrouve dans une position intenable : elle subit la fureur de Donald Trump à Ankara, tout en étant la première exposée aux retombées d'un embrasement au Moyen-Orient. Entre la flambée des prix du pétrole qui menace son économie, l'obligation de financer sa propre défense à marche forcée sous la pression de Washington, et le risque d'une instabilité régionale majeure à ses portes, la conclusion semble inéluctable : c'est bien l'Europe qui paiera le prix fort de l'échec de la stratégie de Trump au Moyen-Orient.