Par Hanane Ben
L'Espagne et la presse ibérique vivent au rythme des révélations depuis ce que les médias espagnols qualifient d’invasion de Ceuta par plus de 70 000 Marocains fin juillet. Chaque jour apporte son lot d'exclusivités rapportées par les journaux espagnols, qui continuent de décortiquer les relations entre Madrid et Rabat sous le prisme de ces crises récurrentes. Un mode opératoire par lequel le Makhzen punit l'Espagne à chaque fois que cette dernière fait preuve d'intransigeance envers le Royaume.
Le journal ABC a révélé que c’est l’ancien numéro 2 du service secret du renseignement extérieur du Maroc, Mehdi Hijaouy, qui a dirigé les opérations d’espionnage menées via le logiciel espion Pegasus. Désigné comme l’architecte technique de l’opération, le journal indique que cet agent a dérobé l’ensemble des informations concernant l’infection des téléphones du gouvernement espagnol avant de quitter le Maroc en 2024.
C’est via l’entourage de cet ancien des services secrets marocains qu’ABC a réussi à mettre la main sur le document original que ce cadre de la DGED a mis en lieu sûr auprès de personnes de confiance ayant facilité sa fuite d’Espagne en février 2025. Identifié comme celui qui a piraté le téléphone du Premier ministre espagnol, l’agent s’est enfui en emportant avec lui d’autres informations sensibles qui touchent à tous les acteurs du Makhzen, à l’affaire Marocgate ainsi qu'aux opérations d’espionnage visant des dirigeants européens.
Avec ce document exclusif, le média affirme apporter la preuve des révélations publiées par d’autres confrères sur l’unité en charge du cyber-espionnage de dirigeants en Europe et en Afrique. Il est attesté que Mehdi Hijaoui n'était pas un simple escroc comme l'affirmait Rabat, mais un haut cadre de la DGED (chef de la sécurité et commandant d'élite). Sous la direction de Yassine Mansouri, il était chargé de former les agents menant les opérations clandestines d'espionnage (2020-2022) visant à faire plier la diplomatie internationale sur la question du Sahara Occidental.
Ancien commandant de l'unité d'élite ATLAS, ex- contrôleur général de la DGED et chargé de mission auprès du conseiller royal Fouad Ali El Himma, le document secret révèle que Mehdi Hijaoui possède 20 ans d'expérience au sommet du renseignement marocain.
Formé par la CIA et le Mossad, il contrôlait l'ensemble des opérations sensibles, ce qui en fait aujourd'hui une véritable bombe à retardement. Surveillé par des agents marocains en France puis piégé par le CNI en Espagne, il a fui vers une destination inconnue en février 2025 sans jamais faire confiance aux services espagnols, qu'il jugeait trop soumis à Rabat.
Il a emporté avec lui son ultime « bouée de sauvetage » : l'intégralité des données sur le piratage du téléphone de Pedro Sánchez via Pegasus. Il utilise ce moyen de pression documentaire pour bloquer la procédure d'extradition lancée contre lui par l'Audiencia Nacional.
Les révélations de Mehdi Hijaoui confirment la responsabilité directe du royaume voyou du Maroc dans l'espionnage par Pegasus de Pedro Sánchez (2,6 Go de données dérobées), de plusieurs ministres clés, et surtout de l'ex- ministre des Affaires étrangères Arancha González Laya, un cas jamais reconnu par Madrid.
Ce piratage, survenu lors de l'accueil humanitaire du chef du Polisario Brahim Ghali, a marqué le début d'une forte pression de Rabat : assaut migratoire à Ceuta en mai 2021, limogeage de González Laya, puis alignement historique de l'Espagne sur la position marocaine au Sahara Occidental, révèle encore le média espagnol pour qui l'ancien espion — également derrière le piratage massif du groupe Jabaroot ayant exposé 70 381 agents marocains — détient les preuves techniques de ces opérations.
La possession de ces preuves d'espionnage (et la menace de leur publication) expose la vulnérabilité de Madrid et suggère que le gouvernement espagnol a dû faire d'immenses concessions diplomatiques face au Makhzen.