Par Hanane Ben

Au risque de heurter les sensibilités des soutiens aux criminels dirigeants de l’entité sioniste, le génocide en cours à Gaza et en Cisjordanie, les bombardements sur le Liban et l’Iran, ont été planifiés depuis des décennies.

L’écrivain et journaliste britannique, Jonathan Cook, le fait savoir dans un article en publiant les témoignages de quatre soldats israéliens ayant servi à Gaza, qui datent d’il y a près de 60 ans, sortis des tiroirs par le journal israélien Haaretz sous le titre « On nous a ordonné de tuer ».

Leurs témoignages est glaçant. Le premier dira que « la vie humaine n'avait aucune valeur. On pouvait tuer, il n'y avait pas de loi. Personne ne vous disait rien. Mais c'est une sensation horrible. On perd toute humanité ». « Au début, je ne voulais pas exécuter les Arabes qui ne résistaient pas [c'est-à-dire les civils]. Puis nous avons conclu que nous devions tuer. Nous avons fini par ne plus les considérer comme des êtres humains », a renchéri le deuxième. Pour le soldat n°3, « On attrapait des gars, on les alignait et on les éliminait. Avec le recul, ça ressemble à un meurtre » et le quatrième finira par « nous parcourions les camps de réfugiés de Gaza et procédions à des purges… Chaque soldat présent sur place créait un véritable camp de concentration, et ils n’hésitaient pas à tuer ceux qui causaient le moindre trouble ».

Ces soldats et bien d’autres, ont été interrogés juste après la guerre des Six Jours, 1967, rassemblés dans un livre, « Le Septième Jour : Témoignages de soldats sur la guerre des Six Jours », d’Avraham Shapira. Les témoignes sont unanimes pour dire que les crimes commis contre les Palestiniens ont été commis sur ordre des supérieurs militaires de Tsahal.  

Selon Cook, ce narratif historique aide à comprendre le génocide que subi les Palestiniens depuis 2023. « Raser maisons, hôpitaux, écoles, universités, boulangeries et bâtiments administratifs ; assassiner des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers, de civils palestiniens ; bloquer l'aide humanitaire et affamer la population – s'inscrivent dans une stratégie militaire israélienne vieille de plusieurs décennies », a-t-il étayé, notant que le sort des Palestiniens de Gaza est décrit à partir du quatrième témoignage et que la brève brèche perpétrée par le Hamas dans le camp de concentration de Gaza n’est seulement qu’un prétexte pour « raviver une vieille histoire ». « La principale différence, cette fois-ci, réside dans l'ampleur et la durée », a-t-il précisé.

« Washington et d'autres capitales occidentales ont donné à Israël le temps et l'espace nécessaires pour achever à Gaza ce qu'il n'avait pu réaliser auparavant que partiellement. La puissance de feu bien supérieure dont dispose aujourd’hui Israël, grâce aux munitions modernes fournies par les États-Unis, lui a permis de réaliser ce dont il ne pouvait auparavant que rêver : rayer Gaza de la carte », a souligné l’écrivain britannique.

Selon l'auteur, l'objectif historique de l’entité sioniste depuis la guerre de 1967 n'est pas de combattre un ennemi, mais de terroriser et d'expulser les Palestiniens afin de parachever le « nettoyage ethnique » débuté en 1948 et de coloniser l'intégralité du territoire.

Il a souligné que dès 1967, les dirigeants sionistes israéliens ont ciblé Gaza en planifiant son dépeuplement par des méthodes d'asphyxie et de privation (notamment d'eau). Cette stratégie de soumission s'est traduite au fil des décennies par un blocus strict et un rationnement calorique calculé (« mettre les Palestiniens au régime »), pour aboutir aujourd'hui, selon le journaliste, à une politique délibérée de famine totale et de blocus absolu à Gaza. Exposant la brutalité des expulsions de 1967, au cours desquelles environ 300 000 civils ont été chassés de Cisjordanie, de Gaza et du Golan par des méthodes de terreur, de pillages et de meurtres, les témoignages récoltés ont affirmé que l'armée israélienne avait pour consigne de tirer à vue sur les familles tentant de traverser la frontière, certifiant l'exécution systématique des survivants, y compris les femmes, les enfants et les blessés qui tentaient de revenir.

L'auteur a soutenu que les médias et responsables politiques occidentaux effacent délibérément l'histoire pour masquer le fait que les actions actuelles de l’entité sioniste s'inscrivent dans une stratégie continue de nettoyage ethnique débutée il y a 80 ans. En citant des dirigeants historiques comme David Ben Gourion ou Levi Eshkol, il a affirmé que l'armée sioniste a toujours planifié et instrumentalisé la terreur, les massacres et les viols pour chasser les civils de leurs terres. Sans ce contexte historique, l'attaque du Hamas d'octobre 2023 est présentée à tort comme le point de départ du conflit, alors qu'elle constitue une réaction désespérée à des décennies d'oppression.

L'auteur a attesté que l'usage du viol et de la torture par l’entité génocidaire, y compris contre des militants internationaux récents, s'inscrit dans une stratégie de terreur continue que les gouvernements et médias occidentaux dissimulent pour masquer leur complicité, dénonçant cette censure qui vise à maintenir l'ignorance du public pour préserver une élite politique et financière enrichie par l'industrie de la guerre et des énergies fossiles.

Pour Cook, l'Occident est ainsi enfermé dans une prison d'ignorance ou d'impuissance qui détruit sa propre humanité, et appelle à briser ce confinement au même titre que les Palestiniens. « Nous constatons que notre humanité s'est éteinte. Nos cœurs sont endurcis ou brisés. Le défi auquel nous sommes confrontés est le même que celui des Palestiniens : trouver une issue à notre enfermement ».