Par Dr. Arslan Chikhaoui
Le MoU (Memorandum of Understanding - Memoransum d'Entente) entre les USA et l'Iran devrait être signé le 19 juin 2026 à Lucerne, Suisse.
Que contient réellement le protocole d'accord (MoU) secret signé entre les États-Unis et l'Iran pour mettre fin au conflit ?
Le MoU conclu entre les États-Unis et l’Iran contient avant tout des garanties de paix. Il impose la cessation immédiate des opérations militaires, quels que soient les fronts incluant le Liban. Le texte prévoit également la levée du blocus naval imposé par Washington depuis le 13 avril 2026 ainsi que le retrait des forces militaires du voisinage iranien. Par ailleurs, les sanctions sur la vente de pétrole iranien, de produits pétrochimiques et de leurs dérivés seront suspendues afin de relancer les exportations.
Selon nombre d'observateurs avertis, il est trop tôt pour reprendre la navigation dans le détroit d’Ormuz. Les acteurs du transport maritime demeurent sceptiques face à l’accord américano-iranien.
Enfin, sur le plan financier, le texte acte la libération de 24 milliards d'USD d’avoirs iraniens gelés pendant une période de 60 jours.
Il est à noter que le texte de l’accord n’a pas été rendu public, laissant planer des doutes sur des points de divergence entre les deux parties après de laborieuses négociations pour mettre fin au conflit. Le document fait environ « une page et demie » et est « très général », a révélé sur CNN le Vice-Président américain, JD Vance.
Au-delà des déclarations de principe, quels sont les véritables chantiers et obstacles qui restent à surmonter ?
Comme dit l'adage: «il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué». D’autant que l’administration américaine n’a pas encore confirmé le déblocage de ces avoirs iraniens bloqués. « Ils ne recevront jamais le moindre dollar du contribuable américain. Jamais », a insisté JD Vance sur Fox News. Si le MoU est signé, les 60 prochains jours seront dédiés aux questions les plus importantes, où les divergences restent fortes, comme le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions américaines qui asphyxient l’économie du pays.
Pour la Chine, qui s’est exprimée à travers son ministre chinois des Affaires Etrangères, la prochaine phase des négociations serait «plus difficile».
En somme et selon des observateurs avertis, à ce stade il ne s’agit pas d’une avancée majeure au sens large du terme. Il ne rapproche pas les discours américains et iraniens, qui semblent irréconciliables, ne règle pas le différend nucléaire et n'augure pas un ordre régional paisible et serein sur le long terme. Ce MoU offre simplement un répit permettant à la diplomatie de tenter de prendre du souffle et de se remettre des ondes de choc de la violence de cette guerre hybride de 6ème génération.
Au-delà des combats, quels sont les véritables objectifs stratégiques et transactionnels de Washington dans le Golfe ?
Il est utile de remettre cette guerre dans le Golfe persique et le détroit d'Ormuz dans un contexte où l’Administration Trump 2 et sa constellation MAGA ont opté pour une politique étrangère axée sur la stratégie des 3D : Déconstruction, Désengagement, Deal. Par voie de conséquence la finalité de ce conflit de haute intensité est transactionnelle. De mon point de vue, il apparaît que les objectifs de cette guerre sont à trois niveaux :
- L’affirmation à l’ensemble de la superpuissance américaine des technologies de guerre de 6ème Génération.
- Le containment (endiguement) des capacités balistiques et nucléaires de l’Iran et la réduction de la probabilité d’une régénérescence à court terme.
- La décapitation par strate des élites gouvernantes et le soutien non-pas d’un changement de régime mais plutôt de l’émergence d’élites acquises aux principes du « Deal ».
- La transaction.
Comme je l’avais dit à maintes reprises, dans des analyses prospectives, cette guerre était inéluctable depuis la prise des otages de l’Ambassade américaine à Téhéran en 1979 que les américains avaient considérés comme un « acte de guerre » et surtout au regard des précédentes guerres du Golfe et de la stratégie à temps long poursuivie. La recomposition de la cartographie géopolitique de la région est en marche depuis la chute du Mur de Berlin en 1989.
Les considérations économiques jouent évidemment un rôle majeur. A ce stade, c'est les Etats Unis d’Amérique qui tiennent le « Tempo » de la recomposition aussi bien géopolitique que géoéconomique, les autres acteurs de puissance extra régional sont en mode « sourdine ». Le Président Donald Trump semble donc répéter la doctrine Nixon-Kissinger : « L’Amérique n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents, seulement des intérêts ». À cet égard, son administration pourrait forger des relations avec l’Iran du « Day After » comme Nixon l’avait fait avec la Chine. Dans la région MENA, nous assistons à une nouvelle phase des relations entre les États-Unis d’Amérique et les Etats du Golfe.
Le nouvel agenda politique des États-Unis est désormais plus large que le soutien inconditionnel à Israël, et l’alignement avec les partenaires du CCG est également essentiel. L’Arabie Saoudite, le Qatar et les Émirats Arabes Unis, le Sultanat d’Oman sont clairement devenus d’une importance en même temps stratégique et tactique pour les États-Unis d’Amérique, avec des accords financiers importants à l’horizon et la promesse d’étendre ces relations. L’annonce de liens commerciaux plus étroits s’est également accompagnée de déclarations politiques qui, dans l’ensemble, ont représenté de nouveaux développements pour la région. En bref, c’est un billard à trois bandes.
Ce conflit repose- t-il sur de nouveaux paradigmes géoéconomiques propres à l'ère post-Covid ?
Une guerre longue dépassant les 100 jours dans la région aurait comme effet de convulsionner l’économie mondiale. Les facteurs militaires et politiques exogènes influencent directement le commerce international. Par conséquent, l’Administration Trump 2 ne souhaitait pas une guerre prolongée et l'avait clairement annoncé publiquement. Ce qui était donc recherché c’est le « Deal sous tension ». La voie diplomatique transactionnelle s'est activée du moment que la diplomatie secrète n’avait jamais cessé depuis le début de cette guerre.
En termes d'analyse, il est important de souligner que cette guerre repose sur de nouveaux paradigmes. Elle s’inscrit dans un processus de redéfinition de la cartographie géopolitique mondiale à l’ère post-Covid. L’impact économique est au cœur de cette guerre. Dans son discours d’investiture en janvier 2025, le Président Trump avait annoncé vouloir faire revenir l’âge d’Or des États-Unis. Cela implique le contrôle des ressources pétrolières et minières du Moyen-Orient, des points de passages maritimes, de la maîtrise des chaînes d’approvisionnement, et de contenir les rivaux économiques majeurs, comme la Chine et l’Inde.
Les stratèges affirment souvent qu’il ne faut jamais laisser « filer » une crise. Chaque crise est une opportunité. C’est une vision pragmatique à logique transactionnelle.
Face à la démonstration des capacités de résistance de l'Iran, comment s'articule le passage de la confrontation militaire à la diplomatie d'après-guerre (Day After) ?
Naturellement l’Iran a démontré ses capacités de résistance, c’est tout simplement le jeu de la guerre. Comme je l'avais précisé à maintes reprises selon mon analyse, un embrasement total de la région n’était pas recherché car il mènerait à une déflagration mondiale. Cette dernière n’était dans l’intérêt d’aucun des belligérants pour le « Day After ». La diplomatie a par voie de conséquence repris le dessus. C’est toujours le cas lors de conflits quel que soit leur intensité. La diplomatie parallèle et secrète ayant été déjà à pied d’œuvre depuis le début de la guerre.
Comme je l'avais exprimé à plusieurs reprises, cette situation conflictuelle dans le Golfe Persique tient son origine dans le contexte d’une saga de plusieurs décennies marquée par des frictions géopolitiques, des sanctions économiques et des démonstrations de force militaires. Présentement, l’approche de l’Administration Trump 2 vis-à-vis de l’Iran confirme une vision stratégique plus large axée sur la « domination énergétique et minière », qui vise à contrôler les marchés mondiaux de l’énergie et des minerais critiques, piliers de la superpuissance américaine.
Les objectifs sous-jacents de l'administration Trump 2, c'est qu'à côté de cette intention assumée par l’administration américaine, il est question également d’empêcher définitivement l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire et des capacités balistiques ainsi que les systèmes d’armes autonomes et par voie de conséquence les revenus pétroliers de l'Iran serviraient sur la prochaine décennie à la reconstruction des infrastructures de bases détruites lors des frappes aéronavales intenses menées durant les 100 jours de guerre.
Dr. Arslan Chikhaoui, expert en relations internationales et géopolitique, membre du Conseil consultatif d’experts du Defence and Security Forum et du comité d’experts « Track-2 Diplomacy » du système des Nations Unies,