Par Hanane Ben
Les aveux de Federico Trillo font tomber le masque d'une géopolitique hypocrite. l'Espagne a été le dindon de la farce, sacrifiée sur l'autel d'une alliance toxique entre Paris et Rabat.
Pendant que Madrid subissait de plein fouet les attentats du 11 mars 2004, de sinistres manœuvres s'opéraient dans l'ombre, orchestrées par des services de renseignement français trop heureux d'utiliser le régime marocain pour redistribuer les cartes en Méditerranée. Ce n'est pas seulement une ingérence, c'est un acte de guerre larvé commis par un voisin colonialiste et un soi-disant allié européen qui a toujours préféré défendre ses intérêts impérialistes en Afrique du Nord.
Aujourd'hui, ce chantage se poursuit sous la forme d'un assaut démographique prémédité. L'ancien ministre accuse sans détour la France d'être l'architecte complice de cette pression migratoire destructrice, fermant les yeux et tirant les ficelles pendant que le Maroc déferle ses hordes sur Ceuta pour déstabiliser l'Espagne.
Face à cette alliance criminelle entre l'Élysée et le Makhzen, et devant l'inutilité flagrante d'un bloc occidental qui abandonne la souveraineté espagnole, Trillo exige fermement que l'Espagne quitte l'OTAN. Comprendre que l'Espagne n'a plus rien à faire dans une alliance qui la réduit au rang de paillasson stratégique et protège ses véritables agresseurs.
C'est dans ce climat de tensions exaspérées que la presse espagnole révèle enfin les coulisses de la riposte : Madrid étudie désormais très sérieusement des mécanismes de sanctions ciblées contre le régime marocain en cas de nouvelles tentatives de déstabilisation aux frontières de ses enclaves.
Dans cette optique de riposte, le secteur énergétique espagnol mène actuellement des analyses exhaustives pour évaluer précisément le degré de dépendance du Maroc envers l'énergie en provenance de la péninsule.
Qu'il s'agisse de la fourniture en électricité via l'interconnexion du détroit de Gibraltar, du re-gazéification du gaz naturel réexpédié en flux inverse par le gazoduc Maghreb-Europe, ou des flux d'hydrocarbures, Rabat dépend directement des infrastructures et du réseau espagnol pour alimenter ses centrales et soutenir son économie.
Le constat de cette vulnérabilité est scientifiquement incontestable. Comme le révèle le média espagnol The Objective, le royaume alaouite dépend à près de 90 % de l'Espagne pour ses approvisionnements en gaz, réexpédiés en flux inverse via le gazoduc du Maghreb depuis que la porte algérienne s'est fermée.
De surcroît, plus de 20 % de l'électricité qui alimente les usines et les villes marocaines traverse directement le détroit de Gibraltar par des câbles sous-marins espagnols. L'Espagne détient littéralement l'interrupteur économique et industriel du Maroc.
La presse marocaine elle-même ne s'y trompe pas : prise d'une panique froide à la simple évocation d'une coupure stratégique, elle avoue que cette dépendance constitue la faille fatale du régime voyou de Rabat.
La question récurrente des médias espagnols est pourquoi le pouvoir espagnol s'enfonce dans une capitulation grotesque au lieu d'utiliser cette arme de dissuasion massive pour faire cesser les agressions ?
Pour la presse ibérique, la Moncloa s'enferme dans un déni ridicule. Le gouvernement espagnol nie farouchement l'existence d'un plan de rétorsion énergétique et va jusqu'à brader des centaines de millions d'euros pour moderniser le réseau électrique de son propre agresseur.
Emprisonnée par les scandales de piratage du logiciel Pegasus, la diplomatie espagnole agit sous la contrainte. Il suffit d'un simple geste vers l'Algérie ou d'un projet de loi favorable au peuple sahraoui pour que le régime marocain réplique aussitôt en envoyant des vagues migratoires à l'assaut des frontières.
En acceptant de renier sa position historique sur le Sahara Occidental sans consultation démocratique, le gouvernement de Pedro Sánchez n'a pas acheté la paix, il a préparé la curée. Comme le soulignent les experts et analystes en renseignement interrogés par The Objective, l'objectif ultime de cette stratégie de pression hybride menée par Rabat n'est rien d'autre que d'imposer, à terme, une co-souveraineté sur Ceuta et Melilla d’ici 2030.
En identifiant ainsi la vulnérabilité énergétique majeure du Maroc, l'Espagne tient entre ses mains un levier de pression dévastateur, capable d'éteindre les capacités économiques si ce dernier persiste à utiliser l'arme migratoire et le chantage géopolitique.
Mais par un aveuglement que ni les experts ni la presse espagnole ne parviennent plus à expliquer, le gouvernement s'obstine dans la capitulation. En refusant de couper les vivres énergétiques à Rabat et en restant soumis aux dictats de l'OTAN, l'Espagne assiste, passive et complice, au démantèlement programmé de sa propre souveraineté territoriale.